Laos, Laos: présentation politique.


IMG_1872 (1024x768)

Bienvenue au Laos chers amis-famille! Je commencerai par une petite présentation du pays, au niveau politique et religieux, afin de vous faire saisir l’essence de ce beau pays.

Le Laos a une histoire politique compliquée, comme beaucoup de ses voisins. Le sud du pays fut tout d’abord, jusqu’au 11ème siècle, la propriété des Chams et ensuite des Khmers. Les deux populations furent indianisées et se convertirent donc au bouddhisme. Ensuite, la population Thaï apparut et parmi eux, les Lao actuels. Apparemment, le premier royaume du Laos émerge au 14 ème siècle, sous le roi Fa Ngum, sous le nom de « Lan Xang » dont la traduction signifie « Royaume des millions d’éléphants ». Lan Xang était plus grand encore que le Laos actuel et pendant des siècles il subit les invasions Vietnamiennes et Birmanes. Au 18 ème siècle, le pays est divisé en trois grandes parties: le Royaume de Luang Prabang, le Royaume de Vientiane et le Royaume de Champasak. Luang Prabang et Vientiane tomberont aux mains des Siamois, après le renversement du roi Fa Ngum, succédé par son fils, connu sous le nom de Samsaentai, qui signifie « chef des 300.000 Thai », représentant le nombre de thai dans l’armée. Il épousera une princesse thaï et règnera pendant 42 ans. Les Siamois assoiront leur autorité en dérobant le bouddha d’Emeraude à Vientiane, il est aujourd’hui encore à Bangkok. Jusqu’à l’arrivée des colonies françaises, au 19 ème siècle, les trois royaumes se disputeront cependant, malgré la domination siamoise, afin de tenter de donner une indépendance au Laos.

Les Français cependant, s’ils n’arriveront pas à conquérir le royaume de Siam, déroberont cependant le Laos au Siamois. Un accord est signé pour assoir un protectorat français sur l’ensemble des territoires du Laos (qui ne constitue toujours pas un pays à part entière).

Jusqu’en 1945, la domination française reste primordiale, bien qu’elle se fasse au fil des années plus administrative que réellement présente, les Français se concentrant essentiellement sur le VietNam, lieu principal du royaume d’Indochine. Si Ho Chi Minh éveille les consciences dès 1930 sur une nationalisation vietnamienne, le Laos reste endormi. Peu de scolarisation, peu de population et une certaine léthargie du peuple en sont les causes.  De plus, l’aristocratie du Laos voyait la présence française d’un bon oeil car elle les protégeait des invasions Siamo-thaïlandaises. Le roi Sisavang Vong, qui règne jusqu’à la fin des années 50 est fidèle au Français. Lors de la deuxième guerre mondiale cependant, les grandes puissances coloniales ont trop à faire par chez nous et relâchent leur protectorat. La Thailande en profite pour tenter de reconquérir le Laos. Les Japonais, qui étaient d’abord liés avec les Français sur le domination laotienne, lorsqu’ils sentiront qu’ils perdent la guerre, vont retourner leur veste et seconder les puissances siamoises dans leur conquête.  Sous la pression, le roi Sisavang, proclame l’indépendance du Laos le 8 juin 1945, qui devient le Lao Issara (Laos libre). Le cousin du roi, le Prince Phetsarat tentera d’unifier le pays en installant un gouvernement intérimaire. Cela ne durera pas, la présence française se renforce et en 1949, la France accorde au Laos l’autonomie au sein des territoires français. Le gouvernement Lao Issara a été contraint de s’enfuir à Bangkok, et les Français récupèrent les territoires de l’Ouest appartenant à la Thailande. Le Laos est aux mains des Français de Luang Prabang jusqu’au sud (le royaume de Champasak). Le Royaume du Laos sous le protectorat (relativement lointain) français est né, reconnu au sein des Nations Unis et du Royaume Britannique (présent en Inde).  Si une partie des indépendantistes du Laos s’en satisfait, dont le Prince Phetsarat (qui était revenu sur sa décision d’un Laos indépendant) et son jeune frère Souvanna Phouma (qui devient premier Ministre à son retour d’exil en Thaïlande). Il n’en sera pas de même pour le prince Souphanouvong, le troisième frère.  Celui-ci est à l’origine de l’alliance entre les Viet Minh (rappel: les communistes du Nord Vietnam)  et le Lao Issara dès 1945. Comme ses frères ne le suivent pas sur le chemin du communisme, Souphanavong se sépare d’eux et devient la figure de proue de la guérilla et du communisme Laotien. Le Lao Issara n’a plus d’unité et Souphanavong crée le Phatet Lao (le pays du Laos) dont les leitmotiv principaux sont l’expulsion des Français et l’instauration du communisme.  En 1953, les Viet-Minhs envahissent le nord du Laos, cherchant à conquérir Luang Prabang. Les Français, surpris par l’invasion, se replient à Dien Bien Phu, près de la frontière du Laos, voulant empêcher une autre attaque de ce genre. La suite, je vous l’ai déjà expliqué, se croyant plus armés que les Vietnamiens, qui vont les encercler dans la jungle, les Français capitulent le 7 mai. Les accords de Genève de 1954 permettent au Phatet Lao de se faire reconnaître en tant que groupe politique. C’est la fin de ce que beaucoup appellent « la première guerre d’Indochine ». Durant les années qui suivirent, les deux partis principaux du Laos, le Phatet Lao, reconverti en Lao People’s party (communiste et allié du Nord Vietnam), et le Royal Lao Governement ( dépendant des Etats-Unis), tentèrent de trouver un accord afin de réunir leurs différentes provinces. Ce fut le cas en 1958, et les Américains, furieux, cessèrent d’approvisionner le Laos, considérant qu’ils trahissaient la politique de neutralité du pays. Il en résulta une crise financière et politique, la coalition échoua. Les années 60 apportèrent le début de la « seconde guerre d’Indochine ». Le président Kennedy signa de nouveaux accords de Genève avec le Laos, faisant du pays un état neutre. Souphanouvong, cependant, ne l’entendait pas de cette oreille bien que son frère Souvanna Phouma accepta la politique de neutralité. Les années qui suivirent, jusqu’en 1975, furent un lent morcellement de cette façade de neutralité. L’endroit stratégique du Laos se nomme la Plaine des Jarres, qui donnait accès au chemin Ho Chi Minh, la hantise des Américains. Contrôler cette zone empêchait toute atteinte des Viet Cong.  Un Laos neutre devait empêcher toute présence militaire, tant Vietnamienne qu’ Américaine mais bien entendu rien ne sera respecté. Les deux factions, pourvues en armes, portèrent leur haine à leur paroxysme en 1964, lorsque les Etats-Unis commencèrent à bombarder le Laos, ciblant la plaine des Jarres, nid des Nord Vietnamiens. Le Laos entra cette année-là dans l’histoire comme étant le pays le plus bombardé de toute l’histoire de l’Indochine. Selon des chiffres officiels, les Etats-Unis larguèrent 2.093.000 tonnes de bombes sur 581 sorties. Le coût total de cette guerre  fut de 7.2 billions de dollars, soit 2 millions par jour pendant les neuf années que dura la seconde guerre d’Indochine. Il n’existe pas de recensement des pertes humaines mais 1/3 des 2.1 millions de Laotiens devinrent des réfugiés.

Mais aucun bombardement n’arrêta les Vietnamiens du gouvernement d’ Ho Chi Minh qui étendirent le pouvoir communiste à son apogée. Les mouvements pacifistes éclatèrent dans le monde entier et en 1974, la guerre prit fin. Le communisme prospéra en Asie. Les Américains quittèrent le Laos et le gouvernement Royaliste de Souvanna Phouma s’allia avec le Phatet Lao afin d’éviter d’autres effusions de sang. En 1975, Souphanouvong et son bras droit Kaysone Phomvihane  prirent le pouvoir et forcèrent le roi Savang Vatthana  à abdiquer le 2 décembre 1975, mettant fin à des siècles de monarchie. Le Lao People’s Democratic Republic est né. Lié étroitement au Nord Vietnam, le parti eut fort à faire sans l’aide américaine pour redresser l’économie. Ils commencèrent, comme tous les communistes, par prôner le travail partout, et bêtement (oui bêtement). Ils enfermèrent les anciens royalistes dans des camps d' »apprentissage », ce qui eut pour effet que 10% de la population partit en exil dans les pays voisins. Les H’Mongs, tribus du nord qui ont collaboré avec les Etats-Unis durant la guerre, sont également persécutés par le gouvernement, jusqu’à très récemment. Ils sont toujours mal considérés par le gouvernement. Kaysone, Secrétaire Général du Parti et qui en devient la figure de proue, finira par comprendre que la politique doit changer et, suivant l’exemple de la Chine, ouvrira l’économie au marché mondial, en acceptant l’aide de l’Ouest pour restructurer le pays. Il meurt en 1992, peu après la création d’une Constitution, 15 ans après la création de l’Etat communiste. Actuellement, le secrétaire général du LPRP est toujours le chef de l’Etat tandis que le premier Ministre est le chef du gouvernement. Il existe de profondes inégalités, toujours de plus en plus vastes au Laos entre les factions riches et pauvres du pays. Le Parti est pourri par la corruption et ne semble guère s’intéresser au manque de scolarisation et du niveau extrêmement bas d’éducation des classes moins favorisées. Il y a de profondes différences entre la vie des campagnes et la vie des citadins. Cependant, le pays s’est ouvert grandement au tourisme et tente de protéger son patrimoine culturel, comme Luang Prabang et naturel, le pays est couvert par 44% environ de jungle. Mais les ressources restent pauvres. Les tribus du Nord vivent à part du reste du pays, chacune ayant son langage et sa culture et se nourrissant d’opium tout au long de la journée. La cohésion sociale manque au pays, du au fossé qui sépare les différentes factions de la population. Les Chinois ne cessent d’investir et malheureusement commencent aussi à procéder à une déforestation au Nord du pays.

Un mot chers amis-famille, sur la religion du Laos, qui est le bouddhisme Theravada. Je vous l’ai déjà brièvement explicité dans mon article sur le Cambodge, pour rappel, cette branche du bouddhisme prône l’élitisme de quelques bodhissatvas, qui atteindront l’Eveil par la Voie intérieure. Le gouvernement n’a jamais tenté, contrairement aux horribles Khmers Rouges, d’éradiquer complètement la religion et ils ont vite réinstauré les fêtes religieuses devant le mécontentement de la population.

De tout cet héritage historique et religieux en découle la mentalité du Laotien moyen qui est… « Ne jamais en faire trop ». Les colons français ont de leur temps été profondément atterrés par la nonchalance des habitants. Ces brillants messieurs dames de nos contrées ont même repeuplé le Laos avec des Vietnamiens, plus travailleurs et plus sérieux. Le Laotien en effet croit profondément au kharma plus qu’au travail et plaint en effet ceux qui doivent travailler dur, cela n’est pas bon pour la santé. Un proverbe colon français disait « Si les Vietnamiens font pousser le riz, les Cambodgiens le regardent grandir et les Laotiens ne font que l’écouter ». Ahahaha. Mais il est vrai que nous avons été marqués par la mentalité plus que tranquille du Laos.

Maintenant que je vous ai présenté le pays chers amis-famille… Place à nos aventures! C’est parti pour un tour du dernier pays de l’ancienne Indochine!
haut de page

Publicités
Catégories : Laos | 3 Commentaires

Navigation des articles

3 réflexions sur “Laos, Laos: présentation politique.

  1. Voilà un beau cours d’Histoire. On la connaît nettement moins que celle du Vietnam et pourtant celle du Laos lui a été fort liée. Merci Elo (et Bruno)

  2. Xavier (papa d'Elodie)

    Cest bien dommage que mes cours d’histoire ne fassent plus partie de ma vie quotidienne; avec une telle prof. j’aurais « cassé la baraque » !
    Bravo, c’est super !

  3. elodiestockman

    C’est bien gentil mais je rends au Lonely Planet ce qui lui appartient. Je n’ai fait « que » résumer et traduire ce que notre précieux guide et ses journalistes ont sans doute mis des années à assembler. Donc, le vrai prof d’histoire c’est Lonely, merci à lui!!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :