Myanmar-Birmanie, qui es-tu?

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Petite fiche politique d’un pays qui fait couler beaucoup d’encre et de papiers depuis des décennies, sans engendrer de réelles sanctions contre la junte militaire qui gouverne depuis trop longtemps la Birmanie. Merci au Routard 2010-2011 et ses journalistes pour toutes leurs explications claires et détaillées.

La Birmanie prend ce nom au temps des colons anglais, au début du 19 ème siècle quand ces messieurs-dames Britanniques gouvernaient l’Empire des Indes jusqu’au début du 20 ème siècle. Je ne vous conseille que trop le roman de Georges Orwell « Une histoire birmane », afin de vous imprégner de l’ambiance et de la mentalité en Birmanie, comme presque partout dans le monde, sous l’égide des Blancs.

Durant la seconde guerre mondiale, la Birmanie tombe aux mains des Japonais, considérés comme les sauveurs de l’Asie contre la domination occidentale. Cependant, les Anglais seront soutenus par des factions chinoises, anglo-indienne et par une poignée d’Américains afin de rétablir l’ordre. C’est en mars 1945 que la figure de proue de Birmanie va émerger en la personne d’Aung San, qui va conférer l’indépendance au pays. Il mourra assassiné par un rival en 1947, son cabinet subira le même sort. Jusqu’en 1962, l’équilibre est plus qu’instable, la démocratie mise en place est plus que fragile, les communistes et les minorités ethniques se rebellent contre le gouvernement, qui ne contrôle que la moitié du territoire. C’est ainsi que Ne Win, chef d’Etat major de l’armée va prendre le pouvoir en 1962. Voilà la Birmanie tombée aux mains des militaires. L’élite intellectuelle du pays émigre dans d’autres contrées, l’économie s’effondre du fait de son isolement par rapport au reste du monde. Les étudiants, mécontents, seront violemment combattus par l’armée lors de deux révoltes, en 1962 et en 1974. En 1987, la Birmanie est en cessation de payement et ne sait même plus rationner sa propre population. S’ensuivront d’autres révoltes en 1988, réprimées par le général Sein Lwin, qui va succéder à Ne Win. Le 8 août 1988 est une des dates les plus sanglantes de la répression militaire que ce soit à Yangon ou ailleurs. Mais en 1988, Aung San Suu Kyi revient au pays et prend la relève de son père dans le combat pour la démocratie en Birmanie. Le 27 mai 1990, le SLORC (State Law and Order Restoration Council, la branche la plus réactionnaire de l’armée), organise des élections, sûr de gagner. Or, c’est la Ligue Nationale pour la démocratie d’Aung San Suu Kyi qui l’emporte, raflant 392 sièges sur 485. Mais l’armée conserve le pouvoir, au mépris le plus total de la décision populaire. Elle s’appuie, très malheureusement, sur une loi qu’avait fait voter en 1947 Aung San lui-même, précisant qu’un candidat à la République devait vivre depuis au moins 20 ans dans le pays. De plus, Aug San Suu Kyi est mariée à un Anglais, dont elle a deux enfants, ce qui ajoute encore à son « discrédit » aux yeux de la loi de son propre père. Elle sera assignée à résidence, ses partisans arrêtés. En octobre 1991, elle obtient le prix Nobel de la paix, sans pouvoir aller le chercher à Oslo.
Dès 1989 cependant, la junte ouvre le pays aux capitaux et aux investissements étrangers, afin de redonner une dynamique à l’économie. La junte conclut des trêves avec les minorités ethniques (qui fuyaient en masse vers la Thaïlande et le Bangladesh) et « libère » Aung San Suu Kyi le 10 juillet 1995. Elle est interdite de meeting et ne restera pas très longtemps libre de ses mouvements. La junte veut faire bonne figure sur la scène internationale mais la dame de Yangon ne laisse pas le monde oublier à quel point ils sont dangereux et corrompus. De plus, la crise économique ne vient pas rehausser le niveau comme la junte le souhaitait.
En novembre 1997, c’est un nouveau coup d’Etat qui dissout le SLORC, remplacé par le SPDC ( State peace and Development council, remarquez la stratégie des mots…) En mai 2002, Aung San Suu Kyi est libérée à nouveau, après 19 mois supplémentaire de résidence surveillée. La junte tente la diplomatie, montre patte blanche à la communauté internationale en libérant des détenus politiques et en ouvrant le pays aux journalistes. Ce ne durera pas, le 31 mai 2003, la dame est à nouveau enfermée et son parti dissout, les bureaux mis sous scellés. Le Congrès Américain réagit cette fois violemment, interdisant de territoire USA les dirigeants birmans, gelant les avoirs dans les banques et en proposant de soutenir les militants démocratiques. L’UE n’est pas en reste en menaçant de sanctions économiques la junte militaire si Aung San Suu Kyi n’est pas libérée. Un boycott général de la Birmanie est proclamée. Rien n’y fera, au contraire, cela va s’aggraver.
En 2006, Yangon est détrônée de son titre de capitale (trop dangereuse pour les rébellions). La junte va construire une nouvelle ville, Naypyidauw à 400 km au nord de Yangon, au coeur de la jungle pour éviter toute manifestation. Preuve supplémentaire, s’il en est besoin, de la rupture entre la junte et la population.
En 2007, c’est la révolte des bonzes. Durant tout le mois de septembre, suite à une hausse vertigineuse des prix sur l’alimentation et le carburant, la population, acculée, descend dans la rue. Une première répression va conduire les militaires à battre des moines, le 5 septembre à Pakkoku. En signe de représailles, les moines refuseront les offrandes des militaires et des policiers, grave offense lorsque vous êtes bouddhiste, et exigent des excuses du gouvernement. Mais la junte persiste dans son mépris, le 17 septembre, les moines et les religieuses bouddhistes clament leur fureur dans les rues de Yangon. Le 23 septembre, la junte, ulcérée, réprime violemment la révolte, le bilan sera de 30 morts. Le reste du monde pousse de hauts cris d’indignation et durcissent encore leurs sanctions.
En 2008, c’est la nature qui s’en mêle. Dans un pays déjà plus que durement touché au niveau social et politique, le cyclone Nargis va encore aggraver la situation en dévastant la région de Yangon et le delta de l’Irrawady, grenier à riz de la Birmanie. Le bilan est de 140.000 morts, 800.000 déplacés et plus de 2.000.000 de personnes sans abri. L’Inde avait pourtant prévenu le gouvernement 48h auparavant.
L’aide internationale se mobilise, les ONG font le pied de grue dans le Golfe du Bengale mais la junte, paranoïaque à l’extrême, refuse de les laisser entrer, de peur qu’ils ne prennent le pouvoir sur le pays. La communauté bouddhiste du pays remplit le rôle du gouvernement en aidant tant bien que mal la population à survivre. Le tollé mondial est tellement énorme que même la Chine s’en mêle, les généraux finiront par ouvrir leurs portes, au compte-goutte, aux ONG. Un an plus tard, on comptera toujours plus de 300.000 personnes dépendantes de l’aide alimentaire. La FAO, section des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture est présente depuis 30 ans et abat un travail considérable.
Le comble est le maintien du vote pour le référendum de la nouvelle Constitution, une semaine après le drame. Bien évidemment, ce sera un oui, dûment corrompu par la junte, pendant que la population meurt de faim. Voici la teneur de la « feuille de route vers la démocratie »
1) Sera président de la République celui qui a servi dans l’armée pendant au moins 15 ans.
2) Une personne marié à un étranger et ayant une descendance étrangère ne pourra postuler au poste de président.

Exit donc Aung San Suu Kyi, flagellée par la loi de son propre père en 1947.

3) La junte conserve le droit de véto sur toutes les décisions et a le droit d’élire des militaires aux postes-clés du gouvernement. Elle reprendra le pouvoir total en cas d’urgence.

En 2010, avant les élections législatives, le LPD (parti de la Dame) est dissout et elle-même emprisonnée sous un prétexte ridicule, afin de l’empêcher de faire campagne. Elle sera libérée juste après les votes. Depuis février 2011, c’est Thein Sein qui gouverne le pays.

La Birmanie s’appelle le Myanmar depuis, officiellement, 1989, la junte voulant rompre avec la tradition colonialiste anglaise. Mais les minorités ethniques se reconnaissent encore dans le nom Birmanie, une réaction sans doute au gouvernement.
Le Myanmar-Birmanie est un pays riche, plaque tournante de l’opium, du gaz naturel et des pierres précieuses. Son allié principal est la Chine qui a formé la junte et continue à lui fournir des armes. L’Inde, la Thaïlande, la Malaisie et la Corée du Nord profitent également du riche sol birman et ne sont donc pas pressés de renverser le pouvoir en place. La junte militaire est pourrie jusqu’à l’âme et blanchit l’argent des hydrocarbures dans les grands hôtels. Personne ne semble réellement s’attaquer à cela.
La société Total est également moralement responsable de ses investissements en Birmanie mais s’en défend, arguant que les paradis fiscaux existent partout et qu’ils ne peuvent rien contre cela, ajoutant qu’ils possèdent leurs propres équipes et ne frayent pas avec les militaires. Langue de bois toujours.

La religion bouddhiste est très importante en Birmanie, comme dans le reste de l’Asie. Le bouddhisme birman relève de la branche Theravada, tout comme en Thaïlande et au Cambodge. Je rappelle les traits caractéristiques: doctrine la plus ancienne, qui ne reconnaît aucun dieu créateur (à l’opposé du bouddhisme Mahayana). Pas d’intermédiaire donc, entre l’homme et son salut. La voie de l’Eveil s’obtient par la contemplation et l’abstinence. Il n’y a pas de transformation de l’environnement, l’Eveil s’obtient par des actes individuels, la discipline et l’abstinence.

Le bouddhisme en Birmanie, est associée à la culture des nat. C’est une particularité qui vaut la peine que je me replonge dans le Routard pour vous l’expliquer:

« Le culte animiste des nat provient d’Inde. La croyance est fondée sur le principe suivant: tout être, vivant ou non, est animé par un esprit. Le culte des nat consiste à se concilier les esprits par des sacrifices, plutôt qu’à les adorer.
Ce culte de nats, étranger au bouddhisme, a beaucoup choqué les chefs du bouddhisme Theravada, lorsque le roi Anawratha instaura cette religion en Birmanie en 1044. Afin de satisfaire la Shanga- la communauté bouddhique- le souverain ordonna la destruction de tous les sanctuaires dédiés aux nats et interdit leur culte. Mais cette pratique ayant trait au surnaturel, trop ancrée dans les moeurs, continua à exister tout de même et le peuple n’abandonna pas les nats. Anawratha eut alors l’idée géniale de les réintégrer dans l’univers spirituel du peuple, mais en les soumettant à l’autorité d’un roi, Thangya Min qui n’était autre que l’âme d’Indra, disciple de Bouddha. Ce même souverain eut l’idée de déplacer la demeure des esprits. Du mont Popa où elle était installée, il choisit son nouvel emplacement à l’extérieur de la pagode Shwezigon de Bagan. Depuis cette date, ce monument joue un rôle protecteur essentiel dans la pensée des Birmans.
Une fois par an, en avril, Thangya Min descend sur terre pour recenser les bonnes et mauvaises actions des hommes, les bonnes sont inscrites sur un livre aux feuilles d’or, les mauvaises sur un livre relié en peau de chien.
Il existe deux sortes de nat. Les nats supérieurs sont les esprits des êtres humains « supérieurs »: les anciens rois, les nobles, les moines, qui ont fait preuve dans leur vie de courage et de générosité. Ce sont des êtres exemplaires, souvent victime d’une mort injuste et brutale. Ils n’ont pu se préparer à leur renaissance. Dans cette attente, ils sont condamnés à errer sur terre. Pour les sédentariser, les Birmans leur construisent des petits sanctuaires. Ainsi, par leur présence, protègent-ils les lieux. Ces nats supérieurs ont naturellement le droit aux plus beaux sanctuaires.
Les nats inférieurs habitent les terres, les forêts, les montagnes, les sources, les maisons. Chaque esprit a un petit sanctuaire, qui lui sert de refuge. Ils ne sont pas tous gentils, et leurs prouesses dans l’art d’aider ou d’embêter les vivants font partie des légendes retransmises au fil des siècles. »
Le Guide du routard 2010-2011 Birmanie (Myanmar) p. 101 Editions Hachette.

La censure au niveau des médias est au même niveau que la Chine, le Laos ou le Vietnam. Tout est contrôlé, les informations internationales sont triées, fichées avant d’être distribuées.

Voyager en Birmanie implique de savoir tout cela, et que vos yeux voient au-delà de ce que la population peut vous montrer, ce que les militaires vous permettront de visiter. C’est avec une haine farouche du régime et le coeur tout entier tourné vers les locaux et les paysages que nous nous y sommes rendus, pour 12 jours. Bienvenue au Myanmar!

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Catégories : Birmanie (Myanmar) | Un commentaire

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Une réflexion sur “Myanmar-Birmanie, qui es-tu?

  1. jean-claude leroy

    Ce serait vraiment une idée géniale d’écrire un bouquin sur ce que vous avez vécu ! Quelle richesse de détails ! C’est un réel voyage que de vous lire et de suivre votre périple ! Magnifique !

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