Dans le port d’Amsterdaaaam, y’a des Belges qui chaaaaantent!

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Petit récit, petite épopée de nos deux journées en terre basse, en terre des moulins à vents, des napoléons Zwart en Wit (petit clin d’oeil à ma collègue 😉 ), en terre où l’herbe est aussi douce sous les pas que fumée avec allégresse… Bref, bienvenu(es) aux Pays-Bas, et plus précisément Amsterdam, notre city trip du week-end passé!

Amsterdam, c’est pratique, c’est deux heures de train dans un Talhys, pas si cher que ça lorsqu’on réserve à l’avance (plus ou moins 60 euros aller retour par personne, oui ça reste cher mais moins qu’en voiture! Et nous n’avions pas le temps de tenter le stop). Nous voici donc, en ce samedi midi, dans la gare centrale d’Amsterdam, fatigués et réveillés à la fois. Fatigués d’une semaine de boulot, réveillés par la perspective d’un petit voyage.

Amsterdam, c’est beau. Je veux dire, vraiment beau. J’avais oublié à quel point (je n’étais qu’une petite fille la dernière fois qu’on y a mis les pieds et l’émerveillement n’était certes pas le même). Les canaux, les cours d’eau que l’on enjambe de pont en pont à chaque coin de rue. Les milliers de vélos qui reposent, passent, filent devant vous en permanence. Même la grisaille ne réussit pas à altérer le charme particulier de cette ville. Nous logeons dans une guesthouse absolument géniale (à 15 minutes à pied de la gare). Nous qui avons vécu un an dans des chambres toutes plus petites et plus spartiates les une que les autres (économie et vie de nomade quand tu nous tiens, mais qu’est ce que ça manque quand même!), bref nous voilà devant un monsieur absolument charmant, à l’anglais impeccable (les germanophones me donneront toujours des complexes) qui nous guide dans notre « chambre ». En fait de chambre, nous avons deux étages, comprenant un salon, un coin évier, des plantes partout et du thé, du café juste pour nous. Au deuxième en mezzanine, la chambre avec petit évier. La salle de bains privée est juste à part, au rez de chaussée mais qu’à cela ne tienne! C’est juste génial (et plus grand que chez nous!). Devant mon air ravi, le monsieur a souri (il doit être habitué) donc nous avions déjà décidé: si c’est comme ça, on vivrait bien ici une partie de l’année!! Avant nos balades, nous allons prendre grand plaisir à savourer une bonne tasse de thé, le nez à la fenêtre avec les plantes comme compagnes de chambre. Trop bien.

Ensuite, c’est parti pour déambuler, un petit plan dans la main. Nous dirigeons, tranquillement, nos pas vers le musée Van Gogh cet après midi là. De canaux en canaux, de vélos en vélos, nous marchons, le nez au vent et la tête sous le bonnet parce que oui c’est l’hiver et oui ça caille sévère. Mais toujours pas de neige (enfer et damnation!). Nous ne connaissions pas bien les oeuvres de Van Gogh, pour notre plus grand plaisir nous allons découvrir en une grosse heure de temps, ces influences, les peintres qui l’ont accompagné, formé, tout au long de sa courte vie. Van Gogh était dessinateur avant de se diriger vers la peinture et sur trois étages, vous pouvez suivre avec intérêt l’évolution de sa vie à travers ses peintures. Des patates, des fruits, des gens, des paysages, des fleurs, des tournoiements incertains (vers la fin de sa vie, lorsqu’il fut interné), tout cela nous parle. Et bien entendu, nous ne sommes pas les seuls. Un samedi après midi dans un musée ça ne loupe pas: on fait la file devant chaque oeuvre. Mais patience, car nous comprenons parfaitement que l’on puisse rester trois heures devant une oeuvre à juste contempler. Enfin lorsqu’il s’agit de Van Gogh (je ne partage pas cette attitude devant Miro, mais c’est juste mon avis.) Bref, Bruno accroche devant les patates et les paysages au fil de l’eau, j’accroche définitivement aux visages peints et aux paysages en tout genre. Van Gogh on kiffe, n’en déplaise à sa postérité!

Une fois sorti de là, on se trouve face à l’immense, le gigantesque, le gargantuesque « rijksmuseum » comprenez le muée des arts. Une semaine entière ne suffirait pas pour réellement apprécier tout ce qu’il y a là dedans, nous abandonnons donc cette part d’Amsterdam, au profit d’une autre balade, par le quartier touristique et sa rue neuve. On l’a pas fait exprès, horreur malheur nous voilà au milieu des magasins un samedi en fin d’après midi. J’ai l’oeil rivé sur le sac à dos, on bifurque dans les petites rues, on se retrouve de nouveau dans rue neuve, on nous tend des sachés de thé bio (merci madame, avec le sourire et c’est gratuit!) nous accélérons, jusqu’à arriver sur la « grand place » d’Amsterdam, là où tous les bâtiments sont plus grands les uns que les autres et où tous les magasins souvenirs triplent leur prix pour payer leur loyer. Mais c’est joli. Après cela, et sur les conseils de notre hôte, nous irons farfouiller dans notre quartier non touristique pour dénicher un restaurant sympa où on mange hollandais. Mais il fait froid, tous les vieux cafés sont déjà bondés, nous dénicherons cependant un petit restaurant, bondé d’Hollandais et de quelques touristes, c’est parfait, on s’y logera pour la soirée. Fromage et boulettes, chouffe au fût (oui pas moyen de résister), viande pour Bruno, re fromage pour moi en plat, miam autant dire que nous sommes calés. Sans parler de la mousse au chocolat en dessert, légère comme il se doit. Ce soir-là on s’endort tôt et on fait le tour du cadran jusqu’au lendemain. Dormir ailleurs, ça fait du bien.

Le lendemain, Bruno se cale devant le match Nadal- Wawrinka, la finale en direct « Pour une fois qu’on peut regarder!! » Bon il a raison et je me cale devant la télé avec lui. Il n’est que dix heures du matin, petit déjeuner et tasse de thé, c’est le week end à Amsterdam. Ouaiiiis. Et nous sortirons encore plus heureux que Nadal se soit incliné. ( Certes, il n’était pas en grande forme). Nous déambulerons de plus belle jusqu’au quartier rouge cet après midi là. Je n’avais jamais vu de prostituées en vitrine, ni même de rues consacrées au sexe et à la prostitution c’est donc un baptême pour moi. La plupart des gens sont là par curiosité, comme nous et d’ailleurs il est trop tôt pour que les hommes osent s’avancer ( Chéri  c’est dimanche,pense aux enfants!). Nous reconnaissons une ambiance assez sympa en fait, pour ceux qui ont de l’humour: des préservatifs en couleur, des articles sado maso (je n’ai toujours pas compris à quoi servaient certains… trucs bidules!), des affiches de spectacle toutes plus drôles les une que les autres (oui je suis désolée mais moi Monsieur Muscle en train de peloter une petite blonde aux gros seins ça me fait rire!). Et puis surtout des portiers qui doivent conserver l’air sérieux propre à remballer les petites frappes sans argent qui essayeraient de rentrer dans les salles. Cependant je trouve que ces dames mériteraient plus d’espace en vitrine. Aux Pays-Bas, la législation les protège, autant qu’elles travaillent dans un cadre plus sympa! A quand une belle et pulpeuse demoiselle se reposant dans un divin sofa plutôt que sur une vieille chaise croulante?? Enfin bon…

Nous passerons ensuite par l’incontournable quartier des coffee shops, je m’émerveille tout de même de la liberté de vente et d’expression aux Pays-Bas. Autoriser, c’est mieux contrôler, ainsi soit-il (et j’adhère au principe!). Dans un magasin, je nous retrouve en Inde, avec des sofas pour fumer tranquille au fond de la salle, les propriétaires apprenant à leur enfant à jouer avec une petite balle aux effigies du cannabis. Grass power when you got it!

La fin de notre dimanche sera dédié à la maison d’Anne Franck. Petit conseil (toujours grâce à notre hôte), pensez à réserver vos places sur internet, avant de vous y rendre. Il y a TOUJOURS une file pas possible et si comme moi, vous n’avez aucune patience (surtout quand le temps vous est compté) alors cette solution est faite pour vous! Prenez votre tablette avec (pas besoin d’imprimer), la réservation est acceptée pour une heure bien précise, et vous passez vite fait bien fait devant les gens qui grelottent dehors. Comme à chaque fois que nous nous trouvons dans ce genre d’endroit, une émotion bien légitime nous noue la gorge et l’imagination nous emmène 65 ans en arrière, lorsqu’Amsterdam était aux mains des nazis, aux mains des délateurs, des gens qui ont peur. La famille Franck entre en clandestinité le 6juillet 1942. Chaque pièce est conservée en état, seuls les meubles ont disparu, à la demande du père d’Anne Franck, seul rescapé de sa famille au camp d’Auschwitz. Les témoignages sont foison, dans cette maison aux cachettes. Une bibliothèque qui s’ouvre, un escalier dérobé…des photos de cinéma, d’histoire sur les murs d’Anne. Un vieil évier… Je touche du bout des doigts cette armoire à connaissance, authentique et je m’imagine le nombre de fois que les gens ont risqué leur vie pour passer de l’autre côté. Des témoignages sur le silence qui régnait, du côté obscur, durant toute la journée. Interdiction aux huit clandestins (la famille d’Anne Franck et leurs amis) de bouger, d’utiliser les toilettes, la douche durant toute la journée. C’est qu’à l’avant de la maison, cela travaille et les employés ne sont bien sûr pas au courant de la présence de huit juifs dans les murs. Interdiction d’ouvrir les rideaux, de rire, de parler trop fort. Interdiction de vivre mais permission de survivre. Jusqu’au jour fatidique de la dénonciation, du bruit des bottes nazies derrière la bibliothèque, le 4 août 1944. Seul Otto Franck survivra aux terribles camps d’extermination. Après bien des hésitations, il publiera le journal de sa fille en juin 1947 (édition néerlandaise). Anne, depuis ses treize ans écrivait, dans des cahiers, sur des pages volantes, partout où elle le pouvait. Cette jeune fille courageuse et intelligente nous fait vivre l’espace de quelques temps, l’aperçu de la vie sous un régime de terreur et d’intolérance.

Après cette visite dure et historique, nous nous rendrons d’un pas pas si léger dans un vieux café, le temps de boire une bière et de discuter de ce que nous venons encore d’apprendre et de ressentir. Le devoir de mémoire veille, Bruno et moi avons tous les deux un grand-père qui a combattu en ce temps contre ce régime et qui a connu les camps. Par devoir de filiation, par empathie naturelle, nous nous répétons que nous n’oublierons pas. Et que nous transmettrons.

La soirée se terminera dans un petit restaurant sympa, à se détendre et respirer les dernières bouffées d’Amsterdam avant le retour sur Bruxelles, le lendemain matin…

La chanson de Jacques Brel en tête, nous vous conseillons, vivement, de vous y rendre pour une journée, un week-end et plus si affinités. C’est une magnifique ville qui vaut plus que le détour.

Chers amis-famille, je laisse à la famille Franck la conclusion de notre week-end, la conclusion d’une vision de vie que nous partageons, dans ce monde prétendument évolué où la mémoire est parfois si courte concernant le passé…

 » Quand j’écris, je me débarrasse de tout. Mon chagrin disparaît, mon courage renaît! »

Anne Franck, 5 avril 1944.

« Nous ne pouvons pas changer ce qui s’est passé. La seule chose que nous puissions faire, c’est de tirer des leçons du passé et prendre conscience de ce que signifient la discrimination et la persécution d’innocents. Mon opinion, c’est que tout le monde a le devoir de combattre les préjugés. »

Otto Franck, 1970.

Les photos

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Catégories : Pays Bas | 4 Commentaires

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4 réflexions sur “Dans le port d’Amsterdaaaam, y’a des Belges qui chaaaaantent!

  1. Amsterdam évoquée avec tout le talent d’Elodie ne peut que rappeler à ceux qui ont eu l’occasion de s’y rendre, le charme des canaux, les contradictions d’une ville qui se veut libre et les souvenirs d’un temps pas si révolu que ça

  2. C’est incroyable comme tes commentaires de voyage me donnent envie de faire de même (et je suis sûre que je ne suis pas la seule)! Dès que j’arrive à persuader mon homme (à peine remis du voyage à Cuba…), on y court, on y vole!!!! Yeeeeeees!!!

  3. Irma

    Très joli texte Elo, mes félicitations ! Ca me donne envie de retourner sur les pas de mes ancêtres 🙂
    PS : merci pour les Napoléons Swart en Wit !

  4. Isabelle

    Je partage Elo, on a fait aussi. Et la maison d’Anne Franck me laisse un souvenir inoubliable. On a aussi visité la maison de Rembrandt, ce que j’ai aussi apprécié. Tout cela bercé par une certaine philosophie de vie, parfumée ou pas;-) mais qui m’interpelle toujours par sa tolérance!

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