Premiers pas dans le sud, le vrai!

 

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Nous sommes le 13/11, il est 7h34, nous voilà partis pour le second grand voyage de notre vie. En train tout d’abord de Tournai jusqu’à Bruxelles, puis jusqu’à Zaventem pour atteindre le premier de nos trois (!) avions. Hé oui, ne va pas à Ushuaïa qui veut, c’est exactement de l’autre côté du monde, à l’opposé de chez nous. Nous ferons une première escale à Rome pour ensuite voler jusqu’à Buenos Aires en 13h30 environ. Nous embarquons avec un groupe de jeunes Argentins qui rentrent au pays et qui sont très heureux de partager leur sentiment d’allégresse à l’avion tout entier: tant que nous sommes au sol c’est guitare, chants et cris de joie à nos côtés… AYAYAYAYAYA Argentina et ton peuple au grand sourire et à l’énergie débordante! Au milieu de la nuit et entre quelques zones de turbulences- je ne m’y ferai jamais, tout le monde dort et moi je suis là en train de cogiter sur les crashs d’avion, la seule solution c’est de regarder les étoiles pour me calmer. Durant 5 secondes- nous voici en dessous de l’Equateur, ça y est, on est de l’autre côté, les étoiles ont changé et nous regardons avec avidité ce nouveau monde qui approche à grands coups d’ailes.

Première grosse étape, nous sommes à Buenos Aires le 14/11 durant quelques heures, il fait jour très vite (l’été austral approche à grand pas dans le sud de l’Equateur) -nous atterrissons à 4H30 heure locale, une heure plus tard la lumière fut- et nous attendons notre vol pour Ushuaïa sous un grand soleil et de la bonne humeur. A près de 10h, nous nous envolons pour la troisième fois (je commence à me dire que j’ai mon quota d’avion pour les 10 ans à venir) et « plus que » 3h de vol et nous y voilà, on aperçoit les montagnes du bout du monde, le canal de Beagle et aaaaah, on dirait qu’on va se poser sur l’eau, la piste est minuscule, heureusement le pilote est un as et on se pose en douceur (je l’applaudis de tout mon coeur!) Bref, l’épopée du voyage en avion se termine, à mon grand soulagement et ouf oooooh que c’est beau, on peut respirer et marcher, les vacances commencent!

Ushuaïa, c’est tout d’abord un endroit avant d’être une ville. Les montagnes encerclent ce bout de terre qui n’a plus de de continuité, à près de 1000 km au sud on touche l’Antarctique, continent sacré que nul n’a le droit d’abîmer. Au milieu des sommets enneigés (qui ne sont pas bien hauts, ne dépassant pas les 1000m) s’étend le canal de Beagle, d’où partent les expéditions pour gens-très-très-riches vers l’Antarctique, où encore les bateaux de commerce remplis d’immenses containers. Le paysage est splendide mais le temps change vite, très vite, en 30 secondes vous pouvez passer du soleil à la neige, d’une vue imprenable à un brouillard complet sur le paysage. C’est assez fou à expérimenter et on se dit que les gens d’ici doivent être complètement blasés des changements climatiques.

Ushuaïa, en tant que ville, attriste beaucoup. Non pas que ce soit moche, mais l’industrie du tourisme a complètement envahi ce qui devait être à l’origine un charmant petit village du bout du monde. Pour le dépaysement, on repassera, la rue principale est un appel aux vêtements de sport: North Face par ci, Jack Wolfskin par là, plus d’autres marques qui attirent le regard, ce sera à celle qui attirera le plus les distraits ou les richards qui veulent se doter de vêtements chauds pour leurs expéditions dans le pôle sud. Et evidemment, tout cela au prix de quelques centaines d’euros. Car Ushuaïa, on le remarque très vite, c’est cher. Très cher. Autre dérive du tourisme de masse, les habitants et les grandes marques ont bien compris le profit à tirer des amateurs du pôle sud (en oubliant les pauvres petits backpakers qui ont travaillé dur pour pouvoir s’offrir deux trois jours de bout du monde en toute simplicité). Pour vous donner une idée, les prix sont pareils que chez nous avec une hausse approximative de 5 euros pour chaque payement. Nous logeons à l’extérieur du centre, dans un petit hostel de quelques chambres pour la modique somme de 30 euros/personne (!!) Nous voulions une chambre privée pour nous reposer, ceci étant les dortoirs coûtent une vingtaine d’euros… Le confort est cependant nickel, la propriétaire est juste adorable, une vraie petite maman! Le seul bémol c’est l’isolation des pièces- nulle- et qui vous donne l’agréable sensation de partager chaque moment bruyant de la maison. Y compris à 3h du matin quand le chien a décidé de réveiller tout le monde (il a du renifler un intrus-comprenez un autre chien-devant la porte), ou quand le bébé a faim (également vers 3h du matin). Mais bon, ça fait partie du voyage!

Quand nous sommes arrivés, en début d’après-midi, nous avons trouvé le courage de marcher jusqu’au centre-où nous avons découvert tous ces merveilleux magasins- de boire un chocolat, de manger un bout et puis nous sommes rentrés nous coucher, complètement épuisés. Le soleil brillait encore (à 21h) et nous, on dormait.
Le lendemain, on décide de se balader tran-quil-le-ment dans la ville et ses alentours. Oui sauf qu’Ushuaïa est construite un peu comme San Fransisco (dixit le Routard) et donc ça grimpe et ça descend dans tous les sens. Nous marchons toute la matinée, en longeant le canal de Beagle. Après un moment de neige, le soleil se montre et décide de rester, nous pouvons ainsi profiter du magnifique panorama qui s’étend tout autour d’Ushuaïa. On se pose ensuite de ci, de là, partageant notre journée entre tribulations et formalités, dont la plus importante est l’achat d’un billet de bus pour Puerto Natales (au Chili) pour le lundi. Ca coûte cher, trèèèès cher (50 euros/personne ayayayayaya) mais pas le choix, il n’y a qu’une compagnie qui fait ce trajet et donc on ne négocie pas!
Tant qu’à faire qu’on « craque notre slip », on va continuer en s’offrant une randonnée d’une journée dans le Parc Nacional del terra del Fuego, à une dizaine de kilomètres d’Ushuaïa. Ben oui, tant qu’à faire! Ce sera pour le lendemain, le dimanche donc. Alors, plus sérieusement, on a beaucoup hésité à se rendre là bas, principalement parce que c’est LA big attraction touristique du coin et que les attractions touristiques où l’on se suit gentiment à la queue-leu-leu entre 1000 gamins hurlants et des parents qui s’extasient toutes les 30 secondes devant la moindre poussière, on connaît et on a pas envie de réitérer l’expérience. Ensuite, parce que c’est payant mais tous les parcs (ou presque) sont payants en Amérique du Sud, il faudra s’y faire et c’est aussi comme cela qu’on préserve l’environnement. Et puis, cela paraît vraiment très beau, au vu des commentaires lus à gauche, à droite alors allons y!

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Le dimanche matin à 9h, après un excellent petit déjeuner à l’hostel, nous voilà partis en navette jusqu’au parc. Nous sommes très aimablement conseillés dès l’entrée par une guide parlant le français. A la base, nous voulions le sentier le plus difficile (celui où il y a le moins de risques de croiser gamins hurlants et parents extasiés), celui qui grimpe jusqu’en haut du Cerro Guanaco et qui offre une magnifique vue sur l’ensemble du parc et la cordillère dite Darwin. Mais non, c’est fermé il a neigé. Damned. Nous nous rabattons donc sur toutes les promenades dites « moyennes » et qui font le tour du parc accessible au public, un bon 7 heures de marche en tout. Et bien, non seulement on a croisé très peu de gens (ce n’est pas encore tout à fait la saison haute) mais en plus c’était magnifique. Effectivement, les sommets enneigés ne sont pas hauts de plusieurs milliers de mètres (un bon millier tout au plus), il n’y a pas de cascade frissonnante, ni de puma bondissant au détour d’un sentier mais cela reste splendide car préservé dans sa majeure partie. Nous avons marché dans la forêt qui bordait en permanence la baie Lapataia toute la matinée et longé le lac Roga une partie de l’après-midi avant de nous rabattre sur les sentiers menant à la réserve de castors et le bout de la Ruta 3 (le bout du bout, de l’autre côté c’est le Chili). C’est vrai que l’on a vu très peu d’animaux, les castors étant chassés abondamment car ils détruisent tout l’écosystème du parc (merci le gouvernement de les avoir introduit sans réfléchir il y a quelques années). Cependant, nous avons eu la « chance » de voir un léopard des mers échoué sur le rivage, au matin. Il n’avait pas l’air en forme et est sans doute venu mourir là, la pauvre bête. Ne sachant que faire, nous l’avons pris en photo (sans savoir d’ailleurs exactement ce qu’il était) et nous l’avons signalé à notre arrivée au bureau du tourisme central du parc. Notre guide française y travaille et c’est elle qui nous a expliqué que le léopard des mer est en fait dangereux pour l’homme. Ahem et moi qui voulait le remettre à l’eau (oui oui à deux une bestiole de plusieurs centaines de kilos mais je ne supporte pas de voir un animal malade)… Mais les autorités du parc étaient déjà au courant et il n’y avait plus grand chose à faire, malheureusement…
Ceci étant, nous nous permettons de signaler l’immense défaut du parc: le fait qu’il soit permis aux voitures de s’y déplacer sur toute une partie (celle qui rejoint la fin de la ruta 3). Même si la plupart des sentiers vous préservent de la route, nous avons quand même marché à côté de véhicules puants, conduits par des paresseux qui, clic-clac, descendent tous les 100 mètres prendre des photos, en laissant le moteur tourner, bien entendu. Cela reste le grand bémol de notre journée là bas. Pour le reste, nous avons passé une belle journée, au milieu de la forêt, face aux montagnes et le long de l’eau, en compagnie des canards et d’autres oiseaux. Et le fait que nous n’ayons croisé pratiquement personne ajoute bien sûr cachet du côté « bout du monde ».
Après cette grosse journée, nous sommes rentrés sur Ushuaïa manger un bout et ensuite, dodo jusqu’au lendemain.

Bilan d’Ushuaïa: on y a plutôt pour le côté symbolique que la découverte de nouveaux paysages (même si cela reste vraiment magnifique). De plus, c’est (vraiment) trop cher, et je comprend que la majeure partie des backpakers boudent le coin. Nicolas Hulot le premier l’a dit, Ushuaïa ne ressemble plus à ce qu’il était il y a une bonne vingtaine d’années… Machine à fric, quand tu fais tourner le monde…

Le lundi, nous prenons le bus à 6h30 du matin, direction le Chili, 13 heures de trajet approximativement. Nous traversons toute la région de la terre de feu en bus et, wouhahou, c’est là aussi qu’on se rend compte que c’est immense, esseulé, solitaire et unique au monde. Il n’y a rien que des plaines, des steppes, des troupeaux de mouton, de lamas, à perte de vue, juste la terre qui se marie au ciel en toute sérénité et sauvagerie. A peine quelques habitations sur plusieurs centaines de kilomètres. Les cadavres d’animaux ne sont pas rares au bord de la route, ici la nature est reine, les êtres vivants pourrissent là où ils tombent. C’est l’état sauvage et je me dis que pour survivre là dedans, il s’agit d’avoir une carte des points d’eau et être prêt à bouffer de l’herbe ou à écharper vif un mouton qui passe. Nature nature.
Nous passerons la frontière tout tranquillement (ici, on vous salue, on vous sourit, deux trois coups de tampon et passez messieurs-dames). Le seul point: le Chili n’accepte pas que vous passiez sa frontière avec des fruits ou légumes, viandes, fromages, laits etc etc (consulter leur liste) provenant d’Argentine. J’ai donc vu certains de nos co-voyageurs mâcher avidement leur stock de fruits avant la frontière… (ayayayaya la descente aux intestins…) . Mais l’eau et les biscuits et pain sont permis! Cependant, nous, on n’avait rien prévu (parce qu’on était prévenu et on a pris le conseil au pied de la lettre) et en Patagonie, hein, Elodie et Bruno ne se sont pas dits qu’il n’existe PAS de restaurants de route, ou de fritkot au coin d’un virage. Résultat, on a faim! Et soif! Mais voici qu’arrive le passage en bateau du détroit de Magellan, avec peut-être la promesse d’une collation à bord…

Tout d’abord, je dois signaler que c’est là, exactement, qu’on s’est rendu compte du sens du mot « raffale » avant le mot « vent ». Ca soufflait déjà sévère à Ushuaïa mais ayayayaya, du côté chilien ça ne rigole pas du tout: j’ai cru que j’allais décoller direction l’eau à 0 degré avant d’embarquer… On nous hurle (à cause du vent) de nous réfugier vite-vite- dans les compartiments pour les passagers, chose faite mais on a toujours faim. Et voilà qu’apparaît une affiche signalant la présence de pain saucisse à bord. En cas de survie, je bouffe de la bête tant pis! (non non je n’exagère pas), nous voilà changeant de compartiment direction le pain saucisse. Et nous avons l’explication de pourquoi les marins à bord portent des casques et des gros manteaux: SPLACH les embruns poussés par des vents à 100km/heure s’abattent sur nos dignes têtes affamés… On s’en fout, vive le pain saucisse et la sauce mayo! On a même pris un coca parce que, et bien non, ils ne vendent PAS d’eau à bord. Je savais l’Amérique du Sud sous le joug Monsanto pour la plupart des pays mais là alors… Mais tant pis on a soif! Et le thé et le café (seules autres alternatives) ne nous rafraîchiront pas…
Tout ça pour arriver, après une étape à Puerto Arenas, à Puerto Natales, le soir à 21h. Nous comptons passer deux jours à nous reposer avant de nous diriger pour un trek de plusieurs jours dans l’admirable parc Torres del Paine, à trois heures de bus d’ici. Le vent souffle comme un fou et la pluie est possible à tout moment donc, nous aviserons ce que nous pouvons faire comme sentier…

La suite au prochain épisode, chers amis-famille, Hasta luego, ciao ciao!!

Photos:

Ushuaia

Parc Terra del Fuego

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Catégories : Patagonie | 7 Commentaires

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7 réflexions sur “Premiers pas dans le sud, le vrai!

  1. Et voilà un début qui promet ! Je sens le vent sur mes épaules et frissonne sous la pluie. On y est avec vous… et les photos sont vraiment superbes.

  2. Maman d'Elodie

    Voilà un début de voyage décoiffant! « El fin del mundo » se mérite! Et vous l’avez bien mérité…Les photos sont très belles, on a l’impression de respirer à pleins poumons l’air tonique de là-bas rien qu’à les regarder. Bisous.

  3. Michèle Stockman

    Bon et beau voyage Elodie et Bruno.
    Bisous

    • stockmanelodie

      Merci Michèle!! Des gros bisous chez toi aussi aux grands, moyens et petits 😉

  4. Anne et Jean-Luc

    Je vous reconnais bien là… c’est formidable de repartir et de nous partager toutes vos découvertes !

    Bonnes Vacances, nous vous suivrons avec grand intérêt.

    Anne & Jean-Luc

    • stockmanelodie

      Merci à vous deux de nous suivre depuis notre mémorable rencontre sur les sentiers népalais… On espère que vous allez bien (ainsi que Monique et Franck) on pense souvent à vous! Gros bisous de nous!

  5. Bientôt l’anniversaire d’Elodie, Et oui, c’est ce 26 novembre. Un petit mot, un dessin, une carte,… lui feront certainement plaisir. Et si vous souhaitez lui offrir un cadeau, vous pouvez prendre contact avec Bruno, Catherine (sa maman) ou moi. Nous sommes tous les trois sur FB. Merci à tous

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