Fin de Patagonia, entre fauna y flora…

 

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Nous voici donc en route vers Puerto Madryn en ce 8 décembre… Ce fut long: trois jours de bus avec deux étapes. Le premier jour, nous roulons environ 12h jusque Perito Moreno, petit village argentin, dont l’attraction touristique principale est les grottes aux dessins rupestres, à quelques kilomètres du lieu-dit. On fera l’impasse, c’est cher (ah bon?) Nous passons la nuit dans une auberge avant de reprendre un bus, le lendemain après-midi pour Comodoro Rivadavia, capitale du pétrole patagonien… Si notre première journée de bus suivait la carretera 40, aux décors splendides et préservés, nous voici cette fois embarqués dans le bus-pas-pour-les-touristes (personne ne fait l’itinéraire que nous avons choisi, hormis les business man de la city et les mineurs, les touristes préfèrent remonter à Barriloche et ses discothèques olé olé, raison d’ailleurs pourquoi nous avons fui de l’autre côté). Cette fois donc, nous traversons la province de Santa Cruz, province du pétrole (ce sont les panneaux qui le disent) et le décor change: si ce sont toujours des steppes à perte de vue, elles sont à présent parsemées de centaines de puits de pétrole. Nous traversons des villages qui ont plus que des accents carolos: c’est sale, pollué, les gens ici ont l’air d’avoir été oublié , ils sont la main d’oeuvre pétrolifère mais vivent dans des conditions de misère. Le film « The wall » de Pink Floyd me traverse l’esprit et j’en vois le dessin sur un mur quelques mètres plus loin. Cela met mal à l’aise, partout des slogans de révolutions, des gens au regard dur, des enfants qui jouent au milieu de plastiques tourbillonnant dans le vent. Des gens des mines, des gens des machines. En même temps, il est bon de se rendre compte de ce côté du pays également. Nous savons l’Argentine en crise économique majeure et comme partout, il semble que ce soit les petits revenus qui trinquent…

Comodoro Rivadavia est une grosse ville dans la province de Chubut (nous vivons proche de la nature depuis presqu’un mois alors, cela fait un choc), elle a le bon goût de se trouver au bord de mer, ce qui adoucit sa fonction: un centre névralgique de l’exraction du pétrole. Des milliers de gens travaillent ici dans ce but unique, ce qui en fait une ville essentiellement industrielle. Nous y passons une nuit avant d’enfin reprendre l’ultime bus jusque Puerto Madryn, où nous arriverons vers 18h, complètement crevés… trois jours de bus à cogiter, ça vous bouffe le cerveau et les jambes ont grand besoin de se dégourdir sur la terre ferme!

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Le lendemain, pas de repos au bord de l’eau, on saute dans un mini bus avec une dizaine d’autre touristes, direction: la péninsule Valdes! Un endroit préservé, où vous avez loisir d’observer une faune marine incroyable avec en vedette: les baleines!! Ces énormes animaux de 14 mètres de long en taille adulte, sont aussi d’une sociabilité incroyable. Nous prenons un petit bateau, pouvant contenir une trentaine de personnes et nous voici, tressautant au rythme des vagues- les montagnes russes de l’océan Atlantique- à la recherche de ces animaux. Il faut de la patience car nous sommes le 9 décembre et leur migration vers le sud s’effectue début décembre. En juillet et août, période de reproduction, vous pouvez par contre en apercevoir une cinquantaine, les femelles s’accouplant à de multiples partenaires dans le seul but d’être enceinte. En ce jour, seuls quelques couples maman-enfant, sont encore présents, afin que le petit s’habitue à nager et évoluer dans le monde marin avant la grande migration. Nous naviguons plusieurs minutes et puis ça y est, elles se dévoilent: d’abord une nageoire dorsale, caudale et puis, la tête qui émerge à intervalles réguliers, suivant le mouvement de plongée… c’est absolument magique et indescriptible. Le capitaine en second demande à une poignée d’entre nous de s’avancer au maximum sur le pont avant. Nous fonçons, je suis en première place et je ne décroche pas mon regard des ces incroyables cétacés qui, pour le plaisir de nos yeux, effectuent un ballet familial en toute sérénité. Nous verrons trois ou quatre couples, dont deux baleinaux seuls. Loin d’être farouches, les baleines se rapprochent, passent sous le bateau, ressurgissent de l’autre côté. Elles respirent en libérant leur air sous forme de goutelettes d’eau dans un « pschhhhhhhhhht » impossible à imiter (j’ai essayé). Elles sont immenses. Les petits doivent mesurer 5 à 6 mètres et longent le flanc de leur mère, effectuant les mêmes gestes presqu’au même moment. Nous ne les avons pas vu sauter mais c’était tout aussi beau. Merci à elles de s’être dévoilées ainsi. La dernière que j’ai aperçue a fait un ballet complet de nageoires, en terminant par la caudale, qui s’élève dans les airs avant de regagner l’océan. J’ai pris cela pour un adieu.
Nous avons poursuivi notre découverte de la péninsule en allant observer, de loin, les lions et éléphants de mer qui se sont échoués, peinards, le long de l’Atlantique pour muer, et se sécher. Ils ne bougent pas d’un iota, conservant ainsi leur précieuse énergie leur permettant d’aller chasser. Des différences notables sont à discerner entre ces deux espèces. Pour ceux que cela intéresse, en voici les principales:
Elephants de mer: famille des phoques. Le mâle pèse 4t pour 6mètres, la femelle 700kg pour 3 mètres. La femelle possède un utérus en deux parties (!!): dans l’une, le foetus se développe, dans l’autre l’ovule fécondé est en attente. Elle est donc la seule femelle au monde a être toujours enceinte!! (Absolument horrible selon mon point de vue, qu’a donc fait cette pauvre bête pour être punie de la sorte?) Les mâles possèdent une trompe nasale qui gonfle en période de reproduction; ils restent entre eux excepté durant ce laps de temps. Leur appareil génital est interne. La période de « drague » commence en août et avant cela, les mâles sont restés en mer, à s’empiffrer. En août, chaque mâle possède son harem pouvant aller jusqu’à 40 femelles! Une fois satisfaits, ils s’échouent sur le sable et ne bougent plus durant trois mois, perdant ainsi jusqu’à 12 kg par jour (vous voyez mesdames, la recette miracle pour maigrir?). De plus, une période de mue pour une nouvelle peau est essentielle afin qu’ils tiennent les grands courants froids. Ils peuvent plonger jusqu’à 1500m et rester sous l’eau durant 1h30. La période de gestation de la femelle est de 350 jours, pour un petit.

Lions de mer: famille des otaries. Les mâles possèdent une corolle autour de leur tête à l’âge adulte, une espèce de fourrure jaune. Ils pèsent 350kg pour 2,50m et leur appareil génital est externe. La femelle, elle, pèse 70kg pour 1,50m. La période de reproduction commence en août et le mâle possède, lui aussi, son petit harem. Les petits naissent entre janvier et février après une gestation de 11 mois. Le lion de mer effectue plusieurs allers retours dans l’océan pour se nourrir et vivent plutôt sur les côtes de juin à mars.

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Et enfin, nous rendrons visite aux manchots de Magellan, un tout petit oiseau de mer qui n’a strictement rien à voir avec les pingouins du Nord. Il mesure 55 cm pour 4 à 5 kg et vit très bien dans le désert et sous la chaleur de la péninsule. Nous les avons observés, se séchant au soleil et bougeant à peine. Leurs petites ailes sont écartés, leur plumage est noir et blanc, ils incarnent la gentleman attitude de l’île car en plus, ils sont monogames et très fidèles… La période des amours s’étend de septembre à début octobre et auparavant, les mâles creusent le terrier où a femelle pondra ses oeufs, qu’ils vont couvrir à tour de rôle durant 30 à 40 jours.Messieurs les machos, ces animaux ne sont pas faits pour vous, vous l’aurez compris! Quant aux petits, ils restent auprès de leurs parents durant 11 semaines. En février, la période de mue est terminée et tous se retirent vers la mer, pour le périple migratoire qui les amène vers le nord. Notre guide prétent qu’ils se rendent au carnaval de Rio mais nous avons émis quelques doutes (peut être sommes nous trop cartésiens?) L’année d’après, près de 40% des mâles reviendront au même endroit pour récupérer leur nid.
Une très belle journée passée en compagnie des animaux. Sur la route,nous avons également croisé des guanacos (cousins des lamas), des nandous (petites autruches) et des tatous (absolument indescriptible, vous comprendrez car je l’ai pris en photo. Au mieux c’est un hérisson mutant) Nous rentrerons dans la joie et la bonne humeur à notre petite auberge.
Le lendemain, nous allons flâner au bord de l’Atlantique, il fait beau et chaud et cela fait du bien de ne rien faire. Juste de profiter de la petite ville et du temps qui passe.

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Peninsula Valdes

Puerto Madryn

Le 11 décembre, nous partons vers Esquel, notre dernière étape d’Argentine, petit village qui borde la frontière chilienne..
Esquel, après une nuit de bus étoilée, nous apparaît dans le soleil et la rosée du matin. Nous sommes fatigués et nous avons établi domicile dans un camping absolument parfait! Sous des arbres fruitiers, en haut du village, il n’y a personne ou presque et nous allons en profiter! Esquel est niché entre les collines et plus loin, les montagnes des Andes, les lointains pélerins ont investi l’endroit pour se protéger du vent (et on les comprend!!)

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Nous effectuerons deux petites randonnées, l’une jusqu’en haut du « cerro de la cruz » colline qui culmine le village. Il fait chaud, mais c’est toujours aussi beau, on ne s’en lasse pas. La Patagonie, c’est comme la mer, ce n’est pas vous qui la prenez, c’est elle qui vous attrape. Le lendemain, c’est dimanche et nous irons nous balader du côté de la laguna de la zeta, très prisée par les gens du coin. Nous nous ferons pourchasser par des taons pendant la première moitié du chemin, des sales bêtes on ne leur avait pourtant rien demandé! Puis, la chaleur aidant, nous irons nous réfugier sous des abres, le reste du temps… Deux belles journées qui ne coûtent rien, si ce n’est l’énergie des jambes pour se balader. Il existe un parc pas loin d’Esquel « el parque de los alerces » mais nous décidons de trekker plutôt du côté chilien, au parc Pumalin, juste à une petite journée de bus de là.

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Cerro de la cruz

Laguna la Zata
C’est donc le 15 décembre que nous nous mettons en route pour le Chili. En deux heures, on y est, formalité accomplie (toujours pas de fruits, pas de viande, pas de fromage au passage de frontière). La route est superbe, nous traversons des paysages toujours aussi sauvage et éclatant de couleur (on va avoir du mal à se déshabituer de tant de beauté). D’abord, arrêt à Futaleufu, petite bourgade pour les amateurs de rafting. Que nous ne sommes pas, nous allons donc poursuivre directement vers Chaiten (3 heures de route supplémentaire) et ses promesses de parc et de volcan. Pour la petite histoire, le volcan est entré en éruption en 2008, après des milliers d’années d’hibernation. Tous les habitants dans un rayon de 50 km ont été évacué et l’aéroport de Buenos Aires a même été fermé. Chaiten donc, a été un village fantôme jusqu’au moment où une centaine d’habitants ont décidé de réinvestir « leur » lieu. Ils sont environ 900 aujourd’hui contre 4000 avant l’éruption. En arrivant là bas, c’est très étrange. Personne dans les rues, personne à l’arrivée, personne. A se demander si il n’y a pas eu une éruption subite la nuit d’avant ou si on a pas fait un petit voyage dans le temps… Mais non, c’est juste qu’on est en plein milieu d’après midi et l’après midi en Amérique du Sud, on dort. Nous dégotterons une petite hospedaje où nous serons les seuls clients et nous trouvons ça un peu bizarre, avec toutes les excursions possibles à faire dans le coin. Mais aha, la réponse n’est pas loin. En effet, la seule agence du village qui peut nous conduire au parc nous fournit le pourquoi du comment: les sentiers sont fermés! Et bien oui, ce n’est pas la haute saison (elle commence en janvier) donc ils en profitent pour tout nettoyer, balayer, épousseter, bref c’est le grand ménage de la nature et tant pis pour les amoureux de la marche qui veulent trekker hors période. On est un peu (beaucoup) dégoûté. Si on avait su, on aurait été marcher en Argentine, là au moins c’est ouvert toute l’année. Bref, on boude. La seule option c’est une journée en voiture avec un guide dans le parc et encore, le guide nous précise que comme les sentiers principaux sont fermés, il faudra improviser. Nous, on comprend que ça veut dire glander en bord de route pour regarder de loin les montagnes en écoutant une leçon de botanique. C’est sans doute intéressant mais-pardon monsieur le guide-on s’en fout, nous on veut marcher. Bref, nous ne traînerons pas à Chaiten, tout au plus nous baladerons nous en bord de mer en traînaillant dans le village. Je me dois de préciser qu’il est étrange de marcher devant des maisons vides et encore recouvertes de traces de cendre. C’est une ambiance étrange mais les gens d’ici sont profondément attachés à leur terre, ce qui est compréhensible: devant la mer, derrière, la végétation et encore plus loin, les montagnes et le volcan maintenant éteint. D’où notre immense frustration d’être soumis à des règles de nettoyage.
Avec plusieurs jours d’avance sur le planning, nous nous rendons donc sur l’île de Chiloé, porte d’une culture chilienne à part. C’est aussi la fin de la Patagonie et le début de la région des Lacs. La route jusque là est parsemé de bateaux à prendre et, quitte à n’avoir pas pu marcher dans le parc Pumalin, nous en sillonnerons les bords en bateau. Evidemment c’est magnifique (on redouble de frustration) et nous profiterons du soleil pour admirer le panorama du pont supérieur. Même des dauphins se sont profilés à l’horizon!
Nous sommes toujours actuellement à Chiloé, en attendant Thomas qui nous rejoint pour un petit mois, le 29 décembre. Chiloé, c’est l’île aux églises en bois (16 sont classées au patrimoine mondial de l’UNESCO), de toutes couleurs et de toute beauté. Il n’y en a nul part ailleurs dans toute l’Amérique du sud, influence des jésuites au 18ème siècle et puis de la préservation du catholicisme sur ce continent. Nous nous sommes arrêtés à Castro, sa capitale pendant quatre jours, et nous avons visité les alentours durant une journée, accompagné d’un guide et d’un petit groupe bien sympathique. Beaucoup de pluie, beaucoup d’églises, de ports, d’eau, de chiens et de rencontres sympas: voilà en gros le résumé de ces journées! Sans oublier l’hospitalité généreuse des chilotes: nous avons été hébergé chez un monsieur qui partage sa maison avec les voyageurs. Un amour de grand-père, qui parle espagnol à la vitesse d’un spoutnik russe. On avait l’impression d’être chez nos grands-parents tant il a pris soin de nous.
Mais je vous en raconterai plus lors de la prochaine édition, car nous y sommes toujours, pour la Noël qui approche à grand pas. Effervescence dans les magasins, emballage cadeaux et décorations de Père Noël sont notre aperçu du genre humain du moment… Et on vous souhaite (quand même hein) de très belles fêtes de l’autre côté du monde!

Hasta luego chicos! Feliz Navidad y buen ano 2015 de BruElo 😉

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Catégories : Patagonie | 7 Commentaires

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7 réflexions sur “Fin de Patagonia, entre fauna y flora…

  1. Xavier

    Merci pour ce texte instructif et les très belles photos. Bon séjour et joyeux Noël !

  2. Je me souviens très bien de l’éruption de Chaiten que j’avais suivi presque quotidiennement à l’époque. J’ai toujours été passionné par les volcans.

    Je suis très étonné que certains habitants s’y réinstallent. Le village (y compris le port) a été détruit par les très dangereux lahars (coulées de boues volcaniques) et le gouvernement avait décidé de l’abandonner pour le reconstruire (sous un autre nom?) à quelques kilomètres de là dans une zone moins dangereuse.

    Chaiten est probablement toujours sous la menace de coulées de boues pour de très nombreuses années, tant que la végétation n’aura pas entièrement reconquis les pentes du volcan pour stabiliser les cendres.

    Dommage que vous n’ayez pas pu le voir de plus près 😦

    • stockmanelodie

      En effet, on était déçu! Mais le village n’a pas été détruit, seulement enseveli à moitié sous les coulées de boues. Le gouvernement a effectivement souhaité déplacer la population mais des gens n’en ont eu cure et sont revenus chez eux, déblayant les maisons. Le port est en reconstruction et d’ailleurs la promenade le long de l’eau est très sympa (y’a personne!) L’ambiance est fort particulière et tu peux encore sentir l’odeur de cendre dans l’air. Sur un resto, une plaque rend hommage à ceux qui ont eu l’amour de revenir et de faire revivre le village.. Le volcan, nous l’avons vu de loin mais de loin seulement! Si tu aimes les volcancs, le Chili est un pays pour toi 😉 gros bisous!

  3. Xavier

    Merci pour ce texte instructif et les très belle photos. Bon séjour, heureux Noël !

  4. Oui dommage mais vous avez encore tant à découvrir que vous oublierez vite cette désillusion. Et puis pour Noël vous êtes entourés d’églises colorées. A nouveau, comme en 2012, une ambiance très particulière vous accompagne. Dépaysement garanti pour une fête assurément très catholique, 80% de la population l’étant. La messe du coq (la messe de Noël) y est même célébrée dans les écoles paraît-il. Nous serons en pensée avec vous. JOYEUX NOËL et gros bisous de nous deux.

  5. et comme partout, il semble que ce soit les petits revenus qui trinquent… : Normal ! Ici, là-bas où ailleurs, ceux qui sont éligibles ne sont pas des « petits revenus ». CQFD.

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