Ciao Chile, entre lago y desierto…

DSCF3477 (Copier) Et voici venue… la dernière partie du Chili! Je vous avais laissés à Pucon, lors de notre retour de randonnée en forêt. Nous resterons dans le petit village encore deux nuits, ce qui nous permet de nous reposer et aussi de rencontrer beaucoup de gens avec lesquels nous passons une excellente soirée, dans un petit bar-resto tenu par les tenanciers de notre auberge. Entre chants des habitants d’ici, musique à la guitare, nous discutons sous les étoiles, le verre de vin à la main (bien entendu, il n’y en eut pas qu’un… ) Ensuite, c’est parti pour deux jours de voiture, afin de remonter jusqu’à Valparaiso, une vraie ville remplie de 300.000 habitants (et encore on est certain qu’ils se sont multipliés depuis la publication du Routard!) La première journée de voiture fut assez éprouvante pour Thom et moi qui avons souffert de la chaleur: envie de vomir, plus d’énergie… lorsque nous sommes enfin arrivés, après plus de 8h de route sous un cagnard abrutissant, dans un camping typiquement chilien, nous ressemblions à deux zombies, juste bon à s’effronder à terre, à côté du lac. Bruno lui, s’en sort à merveille et gazouille, monte la tente, prend des bières… bref, on est pas né avec les mêmes capacités c’est certain! L’étape du soir est néanmoins très agréable, avec le vent qui se lève et nous rafraîchit enfin. Il forcira même durant la nuit, nous donnant l’impression de dormir au milieu du lac… Le matin, ce sont les vols silencieux des hérons, qui frôlent le lac à la recherche de poissons, qui nous accueilleront… poésie du Chili…

La deuxième journée se passe bien, il y a moins d’heure de route et nous faisons une halte à la isla negra, endroit où est enterré le très célèbre poète Pablo Neruda, dans le jardin de sa maison qui fait face à l’océan Pacifique. C’est lundi, et le lundi, la maison-musée et bien c’est fermé! Mais ce n’est pas bien grave car on l’aperçoit très bien de la plage… Nous contemplerons l’océan, qui n’a de Pacifique que le nom car il est déchaîné et ce sont des vagues immenses qui viennent se fracasser sur les rochers… Interdit à la baignade, vous seriez emportés avant même d’avoir eu le temps de crier! Cependant, le spectacle est toujours aussi fascinant… Quand les éléments se déchaînent, l’homme n’a plus qu’à se taire et observer… DSCF3431 (Copier) Photos: Casa Pablo Neruda

Ensuite, nous arrivons à Valparaiso. C’est un choc, c’est une vraie ville et je dois reconnaître que nous n’aimons pas trop ça Bruno et moi. Ceci étant, Valparaiso possède un charme certain, juchée sur des collines et bourrée de street art. Nous nous baladerons le premier après-midi dans le quartier de notre auberge, en déambulant au hasard des rues et nous aboutirons sur le port, antre du capitalisme, au milieu de containers et de bateaux gigantesques, voués au ballet incessant des imports-exports… Le soir, nous retrouvons Julie, une amie de Thom rencontrée complètement par hasard au sortir du parc d’Huerquehue (le monde est petit hé oui) et son copain, Joachim. Nous passerons la soirée encore une fois bien accompagnés, à boire de la bière et à discuter… J’ai par contre la « chance » d’assister à une descente de flics, juste en face du bar et c’est là que je me suis dit qu’on avait vraiment remis les pieds dans les endroits dits « civilisés ». Apparemment, Valparaiso n’est absolument pas sûre en certains endroits, surtout pour les touristes et mieux vaut éviter de se balader dans certains quartiers, même en journée. Ceci mis de côté, il est très agréable d’y déambuler à son rythme, car ça grimpe sec! Mais Thom vous en dira plus car c’est lui qui s’y est le plus promené, à la recherche de points de vue, d’arts et de beauté… Il a fait de jolies rencontres, mais je lui laisse le soin d’écrire quelques mots lui-même, que j’intègrerai ensuite à mon récit… DSCF3524 (Copier)   Photos: Valparaiso

Valparaiso, c’est surtout pour nous la ville des rerencontres car nous retrouverons Jérémy, Français du Nouvel An, qui sillonne le continent à vélo depuis deux ans et demi (un dur, un vrai!)… Là par contre, il a joué de malchance en se faisant voler passeport, cartes et argent dans un bar de Puerto Montt. Il est donc bloqué ici en attendant de tout récupérer…via la France! Nous passerons néanmoins une chouette soirée en sa compagnie.

Le lendemain, nous partons direction la Serena, avant d’atteindre Vicuna et l’observatoire des étoiles! Un grand moment que nous attendons avec impatience… La voiture est rendue à Valparaiso, c’est donc en bus (trajet de 8h) que nous ferons d’abord étape à la Serena, une très vieille ville chilienne, qui borde le Pacifique, où nous planterons nos tentes dans le jardin d’une auberge. Le lendemain, petit bus d’une heure et nous arrivons, sous le soleil et un ciel pur à Vicuna, petit village perdu. Et bien, nous on s’y sent très bien! Il est évident que Bruno et moi en tout cas nous ne sommes pas faits pour les villes, nous ne trouvons de réel charme que dans la nature… Nous n’y resterons qu’une nuit malheureusement… mais c’est le 16 janvier, anniversaire de Bruno et pour couronner cette journée, on apprend que notre visite se fait finalement le soir même! (Initialement prévue pour le 17 mais ils n’ont jamais enregistré notre réservation…petit conseil au Chili: pour réserver, privilégiez le téléphone!! Les mails, ils les oublient!) Après un repas concocté par nos 6 mains solidaires (steak/purée/salade pour honorer Brubru!), nous nous rendrons, à 22h, à l’observatoire qui est juché à plus de 2000 mètres d’altitude. Nous sommes un petit groupe de 10 personnes et tout le monde est excité comme des enfants en attente des cadeaux de Noël… Un rendez vous avec l’univers, c’est pas tous les jours!

Et ce fut… magique, fabuleux, extraordinaire, unique, lyrique, poétique, scientifique… Je manque de superlatifs pour décrire cette soirée… Notre astronome s’exprime en français, d’une voix douce dans le noir de la nuit… Nous regarderons tour à tour dans le téléscope géant, qui grossit jusqu’à 150 fois les merveilles que nous avons sous les yeux: nous commencerons par Uranus, qui n’est situé « qu’à » 3 années lumière de nous… ensuite nous plongerons nos yeux dans 2.000.000 d’étoiles (véridique!) un concentré extraordinaire de lumière, très loin, là bas dans l’univers… en levant la tête, on aperçoit des dizaines et des dizaines de constellations, Sirius, la Croix du Sud, Orion… et bien entendu des étoiles filantes… Ensuite, on replonge dans le téléscope qui nous montre une supernova (étoile morte qui crache toute sa matière), qui date de 1054… La dernière en date… et nous verrons par la suite, la suivante, celle qui est prévu d’exploser dans les 4 siècles à venir… Mais accrochez vous car c’est un fantôme que nous regardons, à 7500 années lumière de nous… En effet, quand on regarde les étoiles, c’est le passé qui nous entoure. La lumière met tellement de temps à nous arriver que ce n’est jamais ce qui est, mais bien ce qui était, que nous avons sous les yeux… La supernova, a en effet explosé il y a déjà 7000 ans et il faudra encore environ 4 siècles pour qu’elle nous parvienne… les lueurs déchireront la nuit durant plusieurs jours, laissant la terre baignée dans une lumière constante… Un spectacle que rêvent d’observer les astronomes… (et nous aussi!) Nous observerons une galaxie identique à la nôtre, à plusieurs millions d’années lumière nous, nous plongerons dans les nuages de Magellan afin d’observer une nébuleuse (endroit où se forment les étoiles), nous en verrons trois sur la soirée (dont une charmante que l’on nomme tarentule…) les trois plus belles… sans oublier la comète qui s’approche de la terre, drapée d’une traînée blanche…On vous rassure, il n’y a pas d’impact prévu avec notre planète! Et j’en profite pour préciser que la méthode « Armageddon » de Bruce Willis et bien, ça ne fonctionne pas! Sachez, amateurs du ciel, que toute comète que l’on pulvérise garde sa trajectoire, même en millions de petits morceaux… en gros c’est pire que mieux! Et puis, nous finirons par Jupiter… qui se lève derrière les montagnes, immense, brillante, traversé de ses nuages tropicaux (Jupiter tourne sur lui même en 9h seulement! Tout y est extrême!!) et entouré de ses 4 lunes parfaitement alignées (dont l’une créée une éclipse solaire sur la planète au moment où nous l’observons) … Notre astronome à la voix si douce répond à toutes nos questions, et semble enchanté de nos réactions d’enfant… Il nous apprend qu’un projet vise à installer de la vie sur une des lunes de Jupiter, un jour… (horreur et damnation, nous n’arrêterons jamais de coloniser!) Mais voilà, le temps est venu de se quitter, il est 1h du matin et nous nous séparons dans la nuit presque noire… en effet, nous sommes à un endroit de la terre où le ciel n’est pas noir à 100%, la poussière cosmique de l’univers nous permet quelques pâles éclaircies…

Et puis cette phrase de notre astronome, en nous séparant: « c’est bien que vous soyez venus, trop de gens oublient que nous avons des étoiles au dessus de nos têtes… » nous c’est promis jamais jamais on oubliera, au contraire, on va s’y intéresser encore plus! C’est la tête remplie de rêves et d’étoiles que nous rentrons à l’auberge, pour finir la soirée à la lueur des bougies et du ciel, un verre de rouge à la main… 32 ans pour Bruno et une soirée absolument inoubliable…   DSCF3565 (Copier) Le lendemain, 17 janvier, nous rentrons à la Serena pour attraper le bus de 16h, direction San Pedro de Attacama, notre ultime destination au Chili et l’endroit où nous quittons Thomas. Nous y arriverons le lendemain vers 9h. Bienvenus dans le désert, il fait chaud, il fait poussiéreux et la ville est à l’image de son environnement: couleur sable, poussiéreuse, chaude et attractive… c’est une ville touristique mais pas autant qu’on peut l’imaginer, hormis les rues principales bondées d’agences et de restaurants, il suffit de s’éloigner un peu pour profiter du calme et de la vie d’ici. D’ailleurs, notre auberge très routarde (10 euros/nuit en dortoir, ce qui n’est pas cher pour le Chili, surtout ici!) se situe au dessus de l’arrêt de bus et nous donne une vue imprenable sur la chaine de volcans de la cordillera del Sal. Face à nous, le Licancabur (haut de 5960m) se dresse et ne cesse de changer de couleur, au fur et à mesure des heures. Le désert a un côté magique et envoutant que nous avions déjà très fort ressenti en Inde. Il se confirme ici. Le lendemain, nous passerons une grosse matinée sur nos vélos (4 euros environs pour 6 heures de location), à pédaler dans la vallée de la Luna (dénommée ainsi par un curé Belge Gustave Le Paige, amoureux de cette contrée en des temps coloniaux). Nous avons fait la connaissance d’Erwan, un jeune Français qui voyage pendant 1 an sur le continent et il nous accompagnera durant la durée de notre séjour ici. Nous nous rendons donc à 4 dans le désert et…c’est magnifique, nous sommes presque seuls au milieu d’une immensité désertique, à pédaler sous une chaleur de plus en plus écrasante.

Comment décrire le désert… même les photos ne rendent jamais assez compte de la magie d’un tel endroit: des rochers, des dunes, des étendues à perte de vue couleur sable, couleur sel… au prix d’une route horriblement cabossée (je mets pied à terre plus d’une fois en pestant comme je sais si bien le faire) nous découvrirons une authentique mine de sel, avec les cavités creusées pour recueillir le précieux minéral… et des vues, des vues, à perte d’oeil…

Pour Bruno et moi, ce sera la seule activité que nous pratiquerons ici. Tout est très cher (le Chili n’en finit pas d’augmenter ses prix) et nous tenons à garder nos économies pour la Bolivie et le Pérou. Ainsi, le lendemain nous reprenons de vieilles bonnes habitudes et nous nous rendrons au musée de San Pedro, fondée par notre bon curé Belge, le musée porte d’ailleurs son nom et son ancienne maison est située juste à côté. C’est un petit musée très intéressant, qui nous apprend le temps du nomadisme préhistorique, les premiers pas vers le sédentarisme, l’influence Bolivienne et les invasions Inca du Pérou, qui ont façonné leurs céramiques, leurs croyances (le culte du soleil vient des Incas), leurs modes de vie… San Pedro existe depuis 12000 ans BC autant vous dire qu’on se balade dans un endroit ancestral et chargé d’histoire (qu’on ne ressent pas toujours trop, merci le tourisme de masse dont nous faisons malheureusement partie…) Une chouette petit matinée. Thomas quant à lui se met en tête d’escalader le volcan Lascar (oui oui) à 5600m d’altitude, départ à 4800m environ (une voiture se hisse jusque là). Si ça vous tente, soyez prêt à débourser une centaine d’euros et surtout, prenez le temps de trouver un (très) bon guide, car on ne rigole pas avec l’altitude et vous vous prenez plus de 3000 mètres de dénivellé dans la tronche sur toute la journée, San Pedro étant perché à 2500m. Thomas a très bien survécu à sa journée, avec un excellent guide et des photos absolument magnifiques (je lui laisse le soin de poster un mot lui même sur son expérience). Néanmoins, l’altitude agit de façon différente sur chacun et il existe beaucoup d’agences à San Pedro, certains étant amateurs, j’insiste donc vraiment sur le fait d’être prudent et de prendre son temps pour choisir son guide. Le soir du 20 janvier, nous nous offrons un resto digne de ce nom, c’est à dire une addition où le prix des bouteilles de vin a largement dépassé celui du repas en lui même… Erwan nous quitte le lendemain et nous prolongerons donc notre soirée par un (ou deux, ou trois…) bons digestifs dans un autre bar. Sachez qu’à San Pedro, les bars ferment à 1H en semaine et que la plupart des fêtards du coin terminent la soirée dans un coin baptisé « La playa » quelque part dans le désert… avis aux amateurs, nous on y a pas été (on avait largement notre compte et Thom s’était quand même levé aux aurores pour son Lascar).

C’est ainsi que notre dernière journée au Chili se passe sous l’astre communément appelé « gueule de bois » et donc on est bon à rien, à part traînailler et manger des glaces dans un endroit absolument génial: semi ranch, semi maison de thé et tenu par une Française et un Chilien: les glaces sont faites maison et par 35 degrés à l’ombre croyez bien que ça passe comme un verre de Pisco/Whisky en soirée: pas de problème on en redemande! Thom, lui, boucle son ultime excursion: deux jours de cheval dans le désert avant de reprendre l’avion direction l’Europe le 23 au soir… Je lui laisse également le soin de raconter son périple qu’il nous a décrit « merveilleux et empli de sérénité ». Quant à nous, nous avons bouclé un tour jusqu’à Uyuni, en Bolivie, qui démarre le 22 au matin, de San Pedro, on passe la frontière et ensuite, c’est parti pour en prendre plein les yeux de l’autre côté… Pero eso, queridos amigos y familia, es una otra historia que voy a racontar la proxima vez… Abrazo grande ciao ciaoooo!

Photos: San Pedro de Atacama

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Catégories : Chili | 4 Commentaires

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4 réflexions sur “Ciao Chile, entre lago y desierto…

  1. Les yeux plein d’étoiles et les pieds couverts de sable, telle est l’impression retenue de cette partie du voyage. Encore de belles découvertes et des instants que vous n’oublierez pas.
    PS : les photos de vous deux sont très belles, les autres aussi bien entendu

  2. Xavier Stockman

    Des commentaires et des photos remarquables, comme d’hab.; nous sommes très contents pour vous de ce très beau voyage et d’une très belle expérience.

  3. Maman (d'Elodie)

    Le désert, le ciel rempli d’étoiles , la nature éblouissante mais « inhumaine  » aussi et puis…. l’humaine Valparaiso avec ses beautés et ses dangers… sujets de réflexion interminables. Les questions se posent, parfois trouvent une réponse ne fût-ce que partielle mais c’est cela qui nous permet d’ avancer, nous les hommes. Un tel voyage apporte sûrement beaucoup de questions mais , je vous le souhaite, beaucoup de réponses aussi, à brève ou longue échéance d’ailleurs.

  4. Bonjour ! Vos récits et images me confortent dans l’idée qu’il est « nécessaire » que je m’impose (sic) ce voyage … salaud de Magellan qui m’a contaminé, relayé par Zweig…

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