Billet d’humeur du 7 et 8 janvier 2015

Un billet d’humeur. J’aime bien ces mots. Cela fait quelques semaines que je songe à étrenner la rubrique « actualité » par un billet d’humeur sur le massacre de 17 personnes le 7 et 8 janvier, dans les rues de Paris et au journal satirique « Charlie Hebdo ».
Cela fait bientôt un mois et la psychose ne fait que commencer. Cependant, c’est surtout les réactions de l’homme en tant que tel qui ne laissent jamais de m’étonner. Dès qu’une tragédie a lieu, on entend tout et n’importe quoi, on s’insurge, on condamne, on philosophe, on réclame plus de sécurité, plus de culture… au choix. Mais on attend toujours qu’une tragédie ait lieu pour réagir. Le terrorisme, ce n’est pas nouveau. Ca a même plutôt toujours existé, suivant la définition que l’on donne à un tel mot.
Je ne vais pas me réclamer de tel ou telle auteur(e), économiste, philosophe, sociologue, anthropologue. Je vais juste utiliser, moi aussi, ma liberté d’expression.
La tragédie se déroule en deux parties : l’une contre des journalistes aux grandes gueules, l’autre contre des juifs anonymes. Au milieu, des flics qui ont juste essayé de faire leur boulot et un pauvre gardien de maintenance dont c’était le premier jour de travail. Une analyse en deux parties, en soi.
La première réaction, très humaine, qui a suivi ce massacre a été la descente, pacifique et citoyenne, de millions de Français dans les rues. Simplement, uniquement parce qu’ils étaient choqués, outrés, horrifiés qu’un tel malheur soit arrivé chez eux. La seconde réaction est la protesation « Vous ne toucherez pas à notre liberté d’expression! », ce qui a permis la naissance du très célèbre mouvement « Je suis Charlie ». Soudainement, quasi unanimement, des millions de personnes de notre planète se sont sentis « Charlie », par solidarité, par tristesse, par rébellion. Et, quoi qu’on en dise, je pense que cela reste un très beau mouvement de départ.
Bien entendu, les critiques et détournements d’un tel mouvement ne se sont pas fait attendre. Que serait l’humain s’il ne pouvait pas ouvrir sa grande gu… et vitupérer dans tous les sens. C’est une qualité et un défaut à la fois.
Les critiques les plus virulentes ont d’abord été que les politiques s’empressaient de dénoncer les attentats en s’attribuant les premières places. Ils se prennent en gros pour des « Charlie »de la nation alors même que les dessinateurs du journal les tournaient en dérision dès qu’ils le pouvaient. Mais, me suis je dit, pensons naivement: pourquoi cela étonne-t-il encore les gens? La fonction première de nos politiciens n’est telle pas justement de se mettre en avant dès qu’ils le peuvent? Ne sont-ils pas là pour représenter le peuple, par le peuple? Ne sont-ils pas élus pour justement représenter nos aspirations, nos envies, nos colères, nos frustrations? J’ai trouvé, par les critiques virulentes, que cette colère contre les politiciens représente bien que quelque chose pourrit au royaume du monde. On ne s’identifie presque plus à ceux que l’on a élu, la jeunesse française est même depuis plusieurs années complètement déçue et ne va plus voter. Personnellement, je trouve que c’est un tort très grave car cela permet aux extrêmes de monter. Les imbéciles ont ceci d’intelligent qu’ils utiliseront toujours leurs droits pour se faire entendre. Cependant, même les partis modérés ne remplissent plus leur fonction. Nous les regardons comme des nantis, des gens avides de pouvoir et de profit, juste bon à se déclencher des guerres économiques, avec toujours plus de profit à la clé, au détriment des 3/4 de l’humanité. Eux-mêmes sont à la botte des multinationales, avec de grands accords dont la majorité de la planète ne veut plus, qui se négocient sans le peuple mais dont nous serons les premiers à trinquer. Oui, tout cela est un autre débat mais quand je vois les réactions en chaîne lors du défilement de la « marche républicaine » je n’ai pu m’empêcher de me dire  » Tout est lié ».
Ma pensée à moi? Toutes les marches pacifistes sont belles, peu importe qui s’y mêle, chacun a le droit d’y aller. Le fait d’accorder plus d’importance à la fonction politique qu’à l’homme qui marche est une dérive de jugement qui fait que l’homme n’ « est » que par ce qu’il « fait » comme travail. Nous jugeons toujours les autres sur leurs actes et cela est bien légitime. Mais si on décidait d’accorder moins d’importance, lors d’évènements comme ceux là, à la présence de politique au sein d’une marche pacifiste, non seulement je suis persuadée que cela les détrônerait de leur piedestal mais en plus, nous nous sentirions heureux de n’avoir pas « joué leur jeu » comme on dit si souvent. Mais non, on râle, on bouscule, on met le tout en une des journaux pour encore mieux critiquer sur les réseaux sociaux. Du coup, le mouvement « Je suis Charlie » perd de sa superbe et passe carrément du côté de l’hypocrisie. Dommage. A la base, il s’agissait d’un mouvement citoyen, d’un défilement pour des idées, des convictions, tel que la France n’en a plus connu depuis bien longtemps. Et le fait que trop de gens se soient centrés sur les politiciens du premier rang a gâché une belle partie de l’idée. Vraiment dommage. Si j’avais le talent d’un caricaturiste de Charlie hebdo, je n’aurai pas manqué de les rendre transparents, avec le peuple éclatant de couleur en arrière plan. Une marche par le peuple et pour le peuple. Au nom de la culture, de l’éducation.
La critique la plus virulente, et sans aucun doute pertinente, est également que ces caricaturistes morts se battaient contre ce système, contre l’hypocrisie politique, contre le pouvoir des religions. Et, d’un coup, des millions de gens de toutes confessions, de toutes nations, de toutes classes sociales se sont découverts un élan commun de solidarité avec eux. Alors que de leurs vivants, les gens prenaient leurs distances avec de tels hurluberlus. « Qu’ils s’expriment soit, mais nous n’avons rien à voir avec eux! » est sans doute un exemple type d’un bien pensant.
Mais, comme je l’introduisais plus haut, l’être humain « moyen » se montre toujours au sommet de son art lorsqu’il a à faire face à une tragédie qui le touche de près. Je suis en effet persuadée que ce mouvement d’unité nationale est étroitement lié à une troisième critique, que je trouve toujours bizzarement naïve. Celle qui fait dire « 17 morts à Paris, cela donne des millions de personne dans les rues, mais des milliers de mort au Nigeria/Somalie/Lybie/Cameroun/Congo etc etc (liste asolument non exhaustive) là par contre cela n’intéresse personne! »
Vrai. En majeure partie (beaucoup de gens travaillent dur et dans l’ombre tous les jours pour la sauvegarde d’humains en détresse). Mais c’est parce que nous nions un côté inévitable et irrémédiablement ancré en nous: l’égocentrisme. Que des atrocités se passent de l’autre côté du monde, cela nous fera mal au coeur le temps du JT de 20 heures ou à la lecture du journal du matin. C’est triste, c’est affreux mais enfin « On ne peut pas sauver tout le monde n’est ce pas! » ou encore « Mais que pourrions nous bien faire, on est si loin » ou alors, la pire « Chacun sa merde! » (je hais cette expression,tellement révélatrice de notre nombrillisme).
Mais. Mais. Mais. Que cela arrive « par chez nous », dans le pays voisin, sur nos terres, près de notre maison, alors là c’est branle bas de combat. Avec beaucoup de cynisme, je pense que l’être humain réfléchit inconsciemment comme ceci « Comment, on a osé nous attaquer nous aussi! » « Mais mais, cela aurait pu être nous, abattu dans les rues, ma mère, mon père, ma soeur, mon cousin, mon chien, mon singe en peluche » etc etc etc…
Nous sommes outrés. Horrifiés, éberlués. Sur le cul comme on dit chez nous. Parce que, et bien non, on ne pense pas que cela peut arriver aussi « chez nous », chez les bien pensants, dans les sociétés dites « évoluées ». Nous avons survécu à la seconde guerre mondiale, plus jamais ça, nous écrions nous! Le 11 septembre, ah oui c’est vrai. Mais enfin, c’était toujours de l’autre côté du monde et puis hein les Etats-Unis font partie des toutes puissances mondiales et en plus ils fourrent toujours leur nez partout, pas étonnant qu’on les attaque. Quand aux attaques dans les métros anglais et espagnols, c’est loin aussi tout ça, c’était quand déjà?
C’est méchant? Peut-être. Réaliste? Peut-être aussi. Tout dépend de ce que vous êtes prêts à entendre.
Mais ces deux données mises ensemble: notre nombrillisme exacerbé, ajouté à la proximité des attaques a donné lieu à la plus grande manifestation depuis au moins 50 ans (je prend manifestation au sens large, il y en a eu dans beaucoup d’endroits). Que Marine Lepen soit élue présidente de la République ne jetterait pas plus de monde dans les rues.
Je ne lisais pas Charlie Hebdo, à quelques rares exceptions faites. Je ne connaissais même pas bien le parcours de chacun d’entre eux. Mais je sais une chose, c’est que je suis humaine et pourvue des mêmes défauts que beaucoup d’entre nous. Que des hommes, puits de haine et de stupidité (pour reprendre une expression de Sylvain Tesson sur un des auteurs de l’attentat du 11 septembre), aient assassiné froidement et dans la joie 17 personnes me remplit de consternation et de tristesse. Oui, c’est arrivé près de chez nous. Et oui, je l’assume, cela me touche plus profondément que les milliers de morts de Boko Haram. Alors que je me revendique humaniste et solidaire du monde. Mais c’est ainsi. Et ce massacre en règle me donne encore plus envie de brandir ma plume virtuelle ou réelle et d’écrire, toujours plus.

Mais je n’ai pas fini, car le 8 janvier, c’est une attaque ciblée contre des Juifs qui a tourné au massacre. 4 morts, dont la presse a relativement peu parlé, ce qui fait vendre c’est Charlie et ses figures de proue.
4 personnes anonymes, massacré par un idiot de plus, au nom du racisme alors même que le Judaisme et l’Islam se rejoignent sur bien des points. Mais la guerre incessante Israel Palestine ne cessent de réveiller des vocations de « soldats de Dieu » et il faut tuer pour obtenir son paradis sans juifs. Ce qui est encore plus consternant dans ce cas ci, c’est que les meurtres ont été gratuits. Un « bonus » en somme. Si la « mission divine » des frères machin fut d’éliminer quelques caricaturistes du prophète au nom du blasphème, le meurtre de 4 Juifs fut totalement et complètement gratuit. Un peu plus de violence pour montrer aux infidèles la force des imbéciles.
J’ai lu beaucoup de rancoeur sur les réseaux sociaux de la part de personnes juives quant au presqu' »oubli » de ces morts et je les comprend pour cela. Ils se sont fondus dans la masse Charlie, au même titre que les policiers abattus. Cela a donné lieu à beaucoup de réactions très vives, sur la minimisation des agressions apparemment très fréquentes des Juifs en France.
C’est evidemment grave et consternant mais on peut se poser la question du pourquoi? Pourquoi ce sentiment d’insécurité provenant de la communauté juive en France et ailleurs? Je pense qu’une partie de l’explication réside dans la guerre Israel Palestine, qui remporte dans nos pays une large adhésion pour les Palestiniens, privés de leur terre par la colonisation il y a plus de 50 ans et annihilé de leur culture, de leurs droits, durant toutes les années qui sont suivi. Israel nous énerve et nous emmerde. Nous sommes très nombreux à le penser et il faut pouvoir le dire. Autant que les Juifs ont le droit de défendre leur mère patrie, face au Hamas qui n’est pas non plus un parti qui prône l’ouverture d’esprit (Il est loin le temps d’Arafat et Yitzak Rabin). Cette guerre incessante et sans fin créent chez les Islamistes radicaux beaucoup de vocations de « soldats de Dieu » à l’encontre des Juifs et provoquent des réactions très grave comme le négationnisme du génocide juif de la seconde guerre Mondiale (ce qui fait que des types comme Dieudonné font office de parole d’Evangile aujourd’hui.) A moindre réaction, il existe quasiment depuis toujours un climat de tension entre « juifs et arabes », une méfiance réciproque, basée sur des histoires de religion (qui pourtant se rejoignent sur bien des points) et la colonisation de la Palestine. Or, en France il y a environ 5.000.000 de Musulmans pour environ trois fois moins de Juifs. Cette communauté se sent-elle en sous effectifs en comparaison de leurs frères ennemis? Est ce là d’où leur vient leur sentiment d’insécurité? Mais que dire dans ce cas des millions de Musulmans qui sont désormais assimilés à de potentiels terroristes sur la terre qui les a vu naître? Eux aussi souffrent des stéréotypes, de préjugés. La solution la plus évidente et la plus simple serait la création de lieu de débats entre juifs et musulmans, de lieux d’échanges, d’éducation, de partage d’idées (probablement que cela existe déjà mais il en faudrait tellement plus, surtout pour l’éducation des enfants). On est pas obligé d’être d’accord mais on devrait se sentir obligé de se mettre à la place de l’autre et de balayer devant notre porte. Cela vaut aussi pour nous, personnes bien pensantes qui ne nous salissons les mains que lorsque l’urgence s’en fait ressentir. Ouvrons notre esprit et nos actes à plus de solidarité et d’échanges, eu lieu de nous enfermer devant nos JT et l’internet aux infinis publications. Sortons, parlons, échangeons, voyageons. Soyons d’accord pour ne pas être d’accord mais pour nous respecter, toujours. Et surtout, sachons rire de nous.

Un billet d’humeur donc. Et je vois la psychose qui s’installe, je vois les gouvernements investir dans l’armée, la sécurité, la peur, le repli sur soi au lieu d’ouvrir des écoles, des lieux de débats sur les religions, les cultures, la tolérance, l’ouverture. On joue le jeu du terrorisme, on tue, on suspecte, on veut dresser des listes de Musulmans, contrôler chaque personne au faciès suspect. Quelle pitié. On nous prend pour des cons, on nous entretient la peur de l’Autre, de la différence. C’est à nous de ne plus nous laisser faire, d’agir différemment. Bien sûr qu’il faut de la sécurité, un contrôle du territoire. Mais la véritable sécurité viendra du fait de se comprendre, de se côtoyer, tous autant que nous sommes. Elle viendra d’écoles où un Juif, Un Musulman, un Athé, un Catholique, un Bouddhiste, peuvent tous se parler sans se faire insulter ni menacer de mort pour un dessin, une pique, une remise en question. Je me dis que décidément non, les politiciens ne nous représentent plus, nous, les gens qui veulent « autre chose ».

Commençons par nous même et nous changerons ce monde. En tout cas, c’est ce en quoi, moi, je crois. C’est ma foi. J’assume que l’on me traite de naïve, de pacifiste à la noix. Je préfère ça plutôt que la violence et la peur qui règne en ce moment.
Libre à vous d’en débattre avec nous!

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Catégories : Actualité | 2 Commentaires

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2 réflexions sur “Billet d’humeur du 7 et 8 janvier 2015

  1. Xavier Stockman

    Un billet d’une humeur bien contagieuse, crois moi. Bisous

  2. Pas si naïve que cela. Entre l’espoir d’un monde qui tourne un peu plus rond et la prise de conscience des obstacles qui se dressent; Une réflexion qui est partagée par beaucoup..

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