Valparaiso à travers les yeux de Tom! Attention, talent!

C’est avec grand plaisir que je réponds à l’invitation d’Elodie et Bruno qui m’ont proposé d’écrire à propos de Valparaiso… Et j’en profite pour dire encore une fois combien ce fut un bonheur de voyager en leur compagnie du sud au nord du Chili pendant un petit mois ! Parce que voyager est un bonheur et que ces deux-là incarnent une joie de vivre quotidienne, simple et vraie. Très chers vous deux, merci du fond du cœur pour ce si beau bout de chemin en votre compagnie…

Bien qu’amoureux éperdu des grands espaces aux horizons flous et au calme profond, les grandes villes me fascinent. A l’inverse des désert et des montagnes, une ville est à la fois une concentration outrancière de matériaux froids et durs, et un amas organique d’existences dont chacune possède son battement propre.

Valparaiso pourrait être une cousine de Lisbonne, deux villes portuaires construites sur des collines où s’entassent de petites maisons colorées qui vues de loin semblent tout simplement posées les unes sur les autres comme des gros Duplo. Mais bien que la cousine chilienne accueille (officiellement du moins) deux fois moins d’habitants que la portugaise, elle étale ses reliefs sur sept fois plus de collines, 45 en tout.

Quand je me retrouve juste trois jours dans une ville inconnue, le plaisir est de m’y perdre sans plan en main. De toutes façons c’est trop court pour en découvrir toutes les facettes donc autant plonger sans but précis dans ses rues et se laisser guider par l’instinct…
Le premier jour ce fut simplement l’occasion de se poser en bas de notre hostal à une petite terrasse et de se rendre compte qu’en regardant à 360° autour de nous et bien pas une façade n’avait la même couleur que l’autre.

Dit en passant, il faudrait m’expliquer pourquoi il n’y a que dans les pays ensoleillés qu’on égaie le paysage en bigarrant les façades ? A Tournai, par exemple, il faut batailler avec la commune pour pouvoir peindre sa maison en rose et je pense vraiment que dans un pays si grisonnant que le nôtre et bien ça remonterait le moral de la population de marcher au milieu de bâtiments rouge fauve, bleu pastel ou orange vif. Imaginez un instant une ville comme Bruxelles un jour glauque de novembre dont tous les angles brilleraient de mille couleurs, ce serait autre chose quand même non ? Les couleurs sont des sources d’énergie pure…

Van Gogh, Rothko, Monet : merci de nous le rappeler !
En plus de ça, Valparaiso est un véritable musée à ciel ouvert de street art. Les murs et les parois en sont pleins, tags et fresques tantôt immenses, tantôt subtils. Tous ces dessins créent comme une vie parallèle vivotant dans les artères de la ville, une vie métaphorique et mystérieuse qui vient titiller l’imaginaire et les rêves. La couche immatériel en somme.
Côté matériel c’est du lourd par contre : en descendant vers le Pacifique, on débouche sur un port industriel en plein développement, en passant par de grandes rues assourdissantes aux immeubles à bureaux moches comme partout et pleines de banques. Pas de plage ni de terrasse en bord de mer, non, une grande place carrée et un amas de gigantesques paquebots croulants sous les conteneurs. Et pour encercler ce charmant paysage capitaliste, de gros et sinistres navires de guerre. Quelle belle perspective..

Décidemment on est bien mieux à se retourner vers la ville et ses collines.
Allons faire un petit tour par des quartiers sans valeur touristique ajoutée, un de ceux où il y a la vraie vie populaire. Au premier abord, c’est sale et plein de maisons à l’abandon, comme dans toutes les villes… Et pourtant il y a cette petite place où les gens s’asseyent pour deviser ou regarder passer les bus, ce grand bâtiment dont ne reste que les façades de briques à moitié démolies et où un père entraîne son fils à la boxe dans les gravats, il y a ces regards souriant ou curieux des passants qui changent de l’ignorance pressée du nord de l’Europe, il y a ces vieux ascenseurs et téléphériques qui vous emmènent vers le haut d’une colline, ces lingeries où seuls travaillent des hommes dans la vapeur, ces maçons qui doivent inventer des escaliers anti-conventionnels devant s’adapter aux reliefs, ces bancs où se reposent les passant entre deux volées d’escalier,…
Le lendemain matin je pars assez tôt avec l’idée de me paumer quelques heures et de tenter de rejoindre à un moment le sommet d’une des plus hautes collines. Au petit déjeuner, je goûte une purée indienne de piment appelée merken, délicieuse sur un toast mais dont les effets volcaniques m’ont donnés de sacrés coup de chaud quand il a s’agit de grimper les rues escarpées (et le qualificatif est faible) ! Le matin, à cause du froid des eaux du Pacifique, Valparaiso est souvent nuageuse et ne commence à s’activer que vers 10h, mais son ciel se dégage souvent dans l’après-midi. A cette heure, il fait donc bien calme dans les rues et la ville s’éveille tranquillement. Très vite je me rends compte que pour aller d’un point à un autre il va falloir grimper et descendre mais rarement marcher sur du plat. Cette ville est un véritable labyrinthe vallonné et les escaliers étroits qui slaloment au coeur de certains pâtés de maison sont souvent des raccourcis bienvenus, mais bien pentus ! Je choisis donc une haute colline et me lance dans son ascension d’un pas décidé comme s’il s’agissait d’une montagne. Et c’est sportif. Les rues ont parfois plus de 30° d’inclinaison et chaque pas permet de s’élever peu à peu au-dessus des clameurs du centre et du port. Les vieux me regardent comme un extra-terrestre en attendant le taxi pour ne pas se fatiguer. Et les descentes d’escargot des camions poubelles piquant leur nez vers moi dans une de ces rues fait froid dans le dos (ce qui tombe bien vu l’éruption demerken qui m’enflamme l’organisme), mais ils sont habitués les habitants des hauteurs. J’imagine qu’ils changent leurs freins tous les trimestres cela dit. Et là, et bien si vous n’avez pas déposé de poubelle dehors, un éboueur vient sonner chez vous, comme ça, au cas où vous auriez oublié… Sympa non ?
Pour la petite histoire, on nous avait prévenu que certains lieux de Valparaiso étaient à éviter à cause des agressions et des vols, surtout le port la nuit. Me voilà presqu’en haut quand je me fais arrêter par un petit groupe de femmes du quartier qui me disent de ne pas aller plus loin, il y a des mecs pas très sympa qui risqueraient de tout me voler. Ils attendent aux sommets car ils savent que quelques touristes isolés y pointent leur appareil photos, loin des groupes et des flics. Je commence donc à taper causette à ces dames quand une amie à elle de loin les interpellent Has dicho a questo joven che no debe ir por ahia ? Es peligroso ! Puis quelques minutes plus tard une abuela nous réinvective de la même manière. Je n’ai pas vu le sommet mais la vue était déjà belle et surtout le moment unique et drôle. On a papoté quinze minutes sur le pas de leur porte et j’en ai tiré un beau portrait, prétextant qu’il fallait absolument que je garde une photo d’elles comme talisman étant donné qu’elles avaient veillé sur moi…

Le soir on se retrouve dans une vieille brasserie chilienne avec deux amis belges croisés par le plus grand des hasard (ou pas ?) pendant notre trek dans le parc Huerquehue. Et bien j’en ai goûté pas mal de ces cervoises chiliennes et il faut bien avouer qu’ils ont un sacré savoir faire dans les bières artisanales là-bas ! C’est l’occasion d’une première approche de la vie nocturne bien vivace de Valparaiso, culturellement ça bouge énormément.

Et puis surtout c’est la découverte d’un super groupe argentin Los Cuentos de la Buona Pipa ! Malheureusement on arrive pour le dernier morceau mais ça envoie beaucoup d’énergie. Le concert a lieu sur une placette entourée d’un muret et le groupe a tendu une toile derrière eux sur laquelle sont projetées des couleurs mouvantes et un vieil homme chauve et barbu danse dans les faisceaux avec une cape blanche et des lunettes lumineuses… Assez psychédélique ! Mais je retrouverai ce groupe au hasard des rues (ou pas ?), le lendemain…
Le deuxième jour nous partons avec Bruno par les grandes avenues afin d’acheter les billets de bus pour la suite du voyage. Nous passons sur la placette du concert de la veille et le mur sur lequel se projetaient les couleurs hier soir est devenue l’échoppe d’un fleuriste. Les villes ont plusieurs visages selon l’heure…

Une fois notre mission remplie, près à rentrer d’un pas décidé vers l’hostal nous voilà littéralement tirés par le bout du nez comme accrochés à l’hameçon en pleine course par… le doux et chaud parfum de… Quoi en fait ? Oignons ? Epices ? Viande ? Pain ? Et bien tout ça en même temps ! On passe la porte, curieux de savoir d’où provient cet alléchant fumet et nous voilà dans un petit endroit typique pour manger des empeñadas à peine sorties du four. Et qu’est-ce que c’était bon !! Il faut décidément toujours suivre son instinct, ou son nez, ou les deux à la fois. L’endroit est chaleureux et l’on y mange debout sur un rebord posé contre les vitres ouvert sur le carrefour où marchent les passants sous le soleil. N’y travaillent que des hommes dont un vieux monsieur élégant au traits fins tenant la caisse.

A première vue c’est attendrissant mais il faut savoir qu’au Chili, la pension est à peu près inexistante et si les gens travaillent jusqu’à un âge avancé et bien c’est qu’ils n’ont pas le choix.

En dégustant nos empeñadas nous remarquons que dans les petites maquettes de bateaux en vitrine, il y en a un avec des croix gammées… Et plus tard dans l’après-midi je verrai de vieux livres et journaux nazis sur l’étalage d’un marché aux puces. Une amie nous en avait déjà parlé. Détail étrange dans ce lieu mais qui rappelle simplement que dans l’après-guerre il y eu beaucoup de nazis qui ont migré vers l’Amérique Latine pour se refaire une nouvelle vie et fuir la justice. Avaient-ils embarqué quelques souvenirs au cas où la mélancolie les saisiraient ?
Dans l’après-midi je prends le métro qui longe l’océan et le port industriel pour aller chercher les plages. Sur chacune d’elle il y a un panneau interdisant la baignade, le vent est fort et l’eau froide. Au large des baigneurs (qui bien heureusement se baignent malgré l’interdiction), un gros bateau de transport. C’est assez surréaliste et un peu triste aussi. Mais qu’à cela ne tienne, j’en profite pour partir à pied dans des rues et des avenues peu avenantes à la balade de prime abord mais il y a un quelque chose dans ces lieux de passage, de vie quotidienne ou à l’abandon qui me plait. Les no man’s land sont hors du temps et c’est bon de trouver des espaces vides qui n’appartiennent qu’à eux-mêmes là où les perspectives se resserrent.
Sur une grand place carrée près du port il y a un petit marché aux puces, quelques échoppes, un club du troisième âge en nombre tapant les cartes à l’ombre des arbres et… Los Cuentos de la Buona Pipa ! Encore eux, cette fois pour les trois derniers morceaux et l’occasion de leur acheter deux albums histoire de ramener quelques airs en Belgique.
Je les retrouve le soir sur la placette en concert complet cette fois. Ca danse, ça sourit, ça picole et c’est joyeux ! Après le concert on discute un peu avec le chanteur et on rigole parce que ça fait trois fois que je les vois en deux jours et qu’il m’a reconnu.

Voici leur blog pour ceux que ça intéresserait – http://loscuentosdelabuenapipa.bandcamp.com/

En rentrant dormir on s’arrête un instant pour regarder de haut et de loin les mille lumières de la ville scintillant dans la nuit. On dirait le public, briquets en main, d’un concert au moment de la chanson romantique super connue…

A noter aussi qu’à Valparaiso le Monde Diplomatique (version chilienne) est mis en avant dans tous les kiosques.

C’est une ville dynamique et mystérieuse qui demanderait pas mal de temps pour la connaître.

Mais ce fut déjà bien vivifiant de s’y perdre et d’y repasser à l’occasion d’un de ses nombreux festivals d’art, pourquoi pas ?

Photos de Tom (wouaaaaah) 

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2 réflexions sur “Valparaiso à travers les yeux de Tom! Attention, talent!

  1. Maman (d'Elodie)

    Une superbe visite guidée de Valparaiso avec les couleurs, les odeurs, les sons, les goûts… Merci Thomas pour ce beau texte et pour les photos associées.

  2. Une autre approche mais toute aussi intéressante que celle d’Élodie et Bruno, riche en couleurs et très bien illustrée. On aime à se balader avec Thomas dans ces ruelles et ces quartiers aux multiples facettes.

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