Birmanie (Myanmar)

Burma, Burma, Ming La Ba!

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Vous voilà embarqués pour douze jours en Birmanie chers amis-famille, attention mesdames et messieurs veuillez attacher votre ceinture, le décollage est imminent… C’est partiiii!

Mon entrée en matière n’est pas si innocente, car la première chose que vous apprendrez sur la Birmanie, c’est qu’il vous est impossible d’y entrer autrement que par voie aérienne. On s’est donc fendu de deux petits billets d’avion, qui ont alourdi le budget mais on y tient à ce pays! On atterrit à Yangon, le 9 mars en fin d’après-midi. Tout de suite, on s’y sent bien, nous revoilà en terrain « connu »: des vieilles voitures, des vieilles routes, des petites échoppes et des gens au grand sourire nous attendent à chaque coin de rue.
Nous nous fendons d’un taxi pour atteindre l’hôtel, qui se situe à une heure de marche du centre de Yagon. Mais nous n’avons pas eu beaucoup de choix car, en effet, la deuxième chose que vous apprendrez sur ce pays c’est que les guesthouses sont en sous-nombre par rapport au pourcentage de touristes qui s’y rendent. D’une part car le tourisme augmente trop vite pour les infrastructures et d’autre part (et principalement) parce que la junte militaire interdit à beaucoup d’ hôtels d’héberger des étrangers (paranoïa quand tu nous tiens). Le gouvernement contrôle d’un oeil tout militaire la répartition des touristes et, de par ce fait, les prix pour se loger sont très chers, pour l’Asie et ont même triplé en trois ans. Là où en 2010, il y avait moyen de faire dodo pour 6 dollars, vous compterez désormais 18 dollars pour la même chose. Nous payons donc 30 dollars la nuit à Yangon. Aaaaaaaaaaaaaaarghhhhhh (agonie du budget).
Le premier soir, nous ne faisons pas grand chose car il est tard, nous sommes complètement excentrés, donc on échoue dans un restaurant thaï, juste à côté de notre hôtel. La nourriture y est très bonne mais l’addition nous fait grimacer lorsqu’on constate l’ajout de « 500 kyats (argent birman): taxe gouvernementale ». Aaaaaaaaarghhhhh. On entretient la junte berk berk berk. Je ne sais toujours pas comment fonctionnent leurs taxes, mais je pense qu’ils ciblent les restaurants ayant une gamme de prix « moyenne » à très élevée. Ils pressent le touriste là où ils peuvent et tout le monde doit bien manger n’est ce pas! Nous aurions bien été dans un petit restaurant local mais il n’y en a pas dans cette partie de Yangon.

Le lendemain, nous nous attelons tout d’abord à réserver tous les hôtels pour la suite du voyage. Une grande première depuis le début de notre périple mais si vous ne prévoyez pas vos réservations en Birmanie, vous risquez de vous trouver face à deux solutions: l’une étant de payer honteusement cher, ou alors d’aller dormir dans un monastère ( 5 dollars par nuit, vous dormez à 50 dans la même pièce, deux douches disponibles, option envisageable en dernier recours). Mais le téléphone ne fonctionne apparemment pas, nous partons en balade jusqu’au centre de Yangon à la recherche de téléphone public. Y arriver nous met déjà une bonne heure et il fait chaud! Une fois dans le centre, nous déambulons parmi le marché et les petites rues. Il flotte un parfum de Moyen-Orient à Yangon, avec les mosquées et les pâtisseries sucrées-salées-absolument délicieuses- qui nous serviront de dîner. L’architecture a des relents de colonies mais cela confère un charme certain maintenant que les colons anglais n’y sont plus. On va se balader durant deux heures, avant de rentrer à l’hôtel. Les téléphones publics n’arrivent pas non plus à contacter les autres hôtels, ce sont donc nos numéros qui sont faux. Grr. Le désavantage d’avoir un guide vieux de trois ans! S’ensuivent quelques heures d’internet intensives pour résoudre nos problèmes et trouver des numéros valides. On y arrivera, ouf ça y est, ce sera cher mais toujours moins que si on ne réservait rien.
La fin de l’après-midi, nous allons la dédier à l’attraction principale de Yangon, la pagode Shwedagon, plus grande pagode du monde et une des plus belles qu’il nous ait été donné de voir. Elle se dresse en haut d’une colline, à 20 minutes de notre hôtel. Nous allons y rester jusqu’au soleil couchant. Et nous allons assister au spectacle de centaines de Birmans venant se recueillir, peu de touristes en comparaison (ce qui nous ravit), les gens prient, marchent sereinement, les moines discutent entre eux ou avec les gens. Autour de nous, des centaines de dorures, des cloches, des bouddhas. Nous sommes dans le haut lieu du Bouddhisme birman. La légende raconte que la pagode renferme quatre reliques de différents bouddhas et abrite aussi 8 cheveux du Bouddha Gautama, qu’il confia jadis à deux frères qui étaient venus le nourrir sous son arbre de méditation.
Cette soirée est superbe, comment vous expliquer le charme de ces endroits? Cela m’est difficile, il faudrait, comme toujours, que vous veniez vous y balader vous-même pour en saisir toute la saveur. C’est un mélange de religion, de gens, de sensations. Des moines bienveillants mais distants, des gens profondément croyants aux touristes curieux… Tout cela au milieu d’or, de drapeaux bouddhistes, de cloches royales, un patchwork qui représente si bien la vie en Asie: beaucoup de richesse au salut de l’âme pour peu de biens dans cette vie sur terre. Mais le peu de biens est surtout du au fait de gouvernements corrompus, assoiffés de pouvoir et de domination. Cela est le revers de la médaille asiatique. Mais dans ces lieux de spiritualité, vous le ressentez moins et nous ne nous lassons pas d’observer ce peuple qui prie, qui rit. Certains viennent même avec leur pique-nique, assis sur des vieilles couvertures par terre, ils mangent de bon coeur, en famille, après leurs prières.
Nous retournerons de cet endroit le coeur apaisé et empli de couleurs et de musiques. Nous retournerons à notre restaurant Thaï (il n’y a vraiment rien d’autre dans le coin hormis un restaurant chinois qui pratique les mêmes prix et donc les mêmes taxes, de plus je préfère de loin la nourriture thaï).

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Le lendemain, nous passerons la journée dans les parcs! Comme en Chine, une petite taxe gouvernementale à l’entrée de l’un deux (arrrghhhh. Berk. Vous me comprenez) mais la balade est superbe, pas de touristes ou presque, les Birmans sont ravis de nous voir et nous saluent à tout bout de champ. Nous retrouvons dans ce pays la chaleur humaine et les yeux accueillants du Cambodge, la curiosité pas encore pourrie par l’appât du gain des blancs. Dans notre second parc, celui qui jouxte la pagode Shwedagon, nous allons d’ailleurs papoter avec un jeune Birman, qui vient s’assoir exprès à côté de nous pour discuter. Il est serveur comme nous, et nous voilà en train de parler du coût de la vie chez nous et chez lui. Il porte en lui, nous en sommes persuadés, l’aspiration de beaucoup de ses semblables, car il aimerait voyager, découvrir, apprendre. Il ose dire que le gouvernement n’est pas bon- nous n’osions pas lui poser de questions car il est apparemment dangereux pour les Birmans de discuter politique avec les étrangers, passible de prison et les espions du gouvernement sont apparemment partout. Il n’a pas été à l’école, comme tant d’autres il apprend les langues sur le tas, seule porte de sortie pour un jour échapper à son pays. Ce garçon nous touche, nous lui donnons beaucoup de renseignements sur chez nous, il a tout noté consciencieusement. Lui et sa copine sont dans un coin de nos mémoires, nous gardons le contact par le monde virtuel, qui sait si un jour nous pourrions l’héberger ou l’aider…

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Yangon

Le soir, nous prenons un bus de nuit pour notre seconde destination, l’Angkor birman j’ai nommé Bagan!
La troisième chose que vous retiendrez en Birmanie, ce sont leurs horaires de bus la nuit. En effet, lorsque nous quittons Yangon pour Bagan, nous embarquons à 7h00 du soir, le gérant de l’hostel nous prévient que nous arriverons vers 5h00, nous savons déjà qu’il est plus qu’optimiste… En effet, à 4h00 du mat, nous voilà arrivés et fraîchement débarqués sur le macadam de Bagan. Vlan. Il fait noir comme dans un four, les calèches et les taxis nous sautent dessus, mmm toujours une joie lorsque que, comme moi, vous êtes d’une humeur de dogue lorsque qu’on vous réveille trop tôt, avec des lumières aveuglantes et qu’ensuite on vous tournicote autour pour vous emmener et avoir des sous-sous. Le fait que les Birmans pratiquent ces drôles d’horaires reste un mystère pour l’ensemble des touristes. Pourquoi ne pas partir plus tard et arriver à une heure décente dans les villes? Mystère et boule de bétel. ( ndlr: Le bétel est une graine que les Birmans, et beaucoup d’autres ethnies asiatiques mâchent en permanence, leur donnant les dents et les lèvres rouges bordeaux, à l’image des meilleurs vampires. Au début, ça surprend,serait-on tombés par inadvertance dans le royaume de Dracula? Après on s’y fait.) Mais l’Asie m’a appris à relativiser au fil des mois. Je ne mange donc pas de Birman pour le petit déjeuner, on sourit et on indique notre hôtel à 10km de notre point de chute. Nous choisirons la calèche, moins chère que le taxi (et les Birmans ne négocient pas les prix des transports. Damned.) mais c’est assez onéreux tout de même ( 10.000 kyats, c’est-à-dire environs 10 euros. Argh.)

Cependant, le fait de se laisser emmener tel à l’ancien temps, dans une petite calèche avec le cheval qui trotte docilement pendant que le jour se lève tout doucement, avec tout au long de votre route les innombrables temples, pour la plupart éclairés… et bien oui on peut dire que le charme de l’endroit nous envahit… Nous attendrons deux petites heures à l’hôtel pour que notre chambre soit prête. De nouveau, nous payons 30 dollars la nuit mais cette fois-ci, l’endroit le vaut largement. Il s’agit d’ailleurs du plus bel hostel (ou en tout cas dans le top 3) où nous soyons restés. La terrasse sur le toit- où l’on prend son petit déjeuner et son souper si on le souhaite-donne une vue superbe sur quelques dizaines de temples, l’endroit est calme, loin de la route et le service est impeccable de sourires, de rapidité et de professionnalisme (ce que, nous sommes au regret de le remarquer, n’est pas légion en Asie, à part pour les sourires.) Nous nous y sentirons tellement bien que nous allons y rester toute la première journée, à écrire, lire et surtout dormir! Le lendemain, nous sommes d’attaque, sous une chaleur étouffante, pour visiter le maximum de temples. Nous optons pour les vélos, à la grande joie de Bruno qui adore pédaler, et au plus c’est dur, au plus il est content! Tout l’inverse de moi en somme. (J’ai déjà fait remarquer que le vélo et moi, on est pas pote. Sauf quand c’est plat, plat, et encore plat. Et sans trous béants sur la route. Bref, je n’ai pas la fibre belge du vélo).

Le site de Bagan se divise en trois zones, il recèle plus de 2000 temples. Quand nous avons été débarqués-vlan-à-4h00-du-mat, nous étions dans le village de Nyaung Oo, apparemment très animé la journée, le point de chute des routards. Vous avancez de quelques kilomètres et vous arriverez à Old Bagan, là où se regroupent la plupart des temples importants (et les hôtels de luxe,là où on blanchit l’argent pour rappel). La junte a d’ailleurs déporté tous les habitant de Old Bagan, soit-disant pour préserver la beauté du lieu, les critiques songent plutôt que c’est pour éviter que les locaux discutent trop avec les touristes. Encore quelques kilomètres et vous arrivez « ‘chez nous » à New Bagan, mélange de locaux, d’hôtels « bons marchés (pour la Birmanie) » et d’hôtels de luxe (pour les charmantes personnes qui placent leur luxe et leur sale fric au-dessus de leur moralité). Nous avons choisi New Bagan plutôt que Nyaung Oo (un peu moins cher) car nous souhaitions du calme, retirés des villages principaux. Cette première journée, nous la dédions à Old Bagan car nous démarrons assez tard. Le lendemain, nous pousserons la balade jusqu’au plus grand temple de l’endroit, près de Nyaung Oo, et nous en profiterons pour pédaler dans ses alentours. Ce sont deux journées splendides, ce n’est pas du tout le même sentiment qu’à Angkor. Ici, les temples ne sont pas gigantesques comme au Cambodge, l’endroit fourmille 1000 fois moins de touristes (alléluillaaaaa) et… la chaleur et la route sont 1000 fois pire! Moi qui avais écrit que nous souhaitions encore des routes défoncées, je vais être servie. Je vais pester de bon coeur sur mon vélo, écrasée par la chaleur et les fesses endolories par les chocs. Bruno n’ose rien me dire mais je vois bien qu’il s’éclate LUI. Mais le paysage et la visite des temples nous récompensent largement. Vous souhaitez un brin d’histoire de l’endroit? Je vous retranscris l’introduction du Routard 2010-2011 à ce sujet:

« Depuis le début de notre ère, 55 rois ont régné sur Bagan. Mais ce sont les derniers qui laissèrent vraiment leur nom dans l’histoire. Celle-ci commence dès le 3ème siècle AD. A l’époque, la région connut la civilisation Pyu de l’Irrawady, avec ses influences chinoises, puis la civilisation Môn de Thaton, influencée par Ceylan et l’Inde. La première apporta le bouddhisme Theravada, la seconde l’architecture particulière des sikhara, tours aux formes ogivales qui dominent les édifices. Vinrent ensuite les Birmans, Mongols de l’Himalaya, qui envahirent le territoire Môn au 8ème et 9ème siècle, s’emparèrent de Bagan en 849 puis de Thaton, la capitale des Môn, en 1057. Lors de la prise de cette ville, le roi Anawratha n’a pas hésité à emporter de nombreuses oeuvres d’art, mais surtout les textes sacrés que le roi Môn avait eu l’outrecuidance de lui refuser , tout en capturant les membres de sa cour, soit 30.000 personnes , et en faisant 3000 morts au passage…Une trentaine d’éléphants furent nécessaire pour transporter le butin et les textes sacrés. C’est la prise de Thaton ( où régnait Manuha) par Anawratha qui donna à Bagan son essor véritable. Il faut préciser que la civilisation Môn se fondit progressivement dans celle des Birmans pour donner naissance à une culture originale.
Le roi Anawratha, 42ème monarque de Bagan (1044-1077), fut le véritable unificateur du royaume Birman. Il arrêta l’invesion khmere et rapporta de ses campagnes militaires de nombreuses reliques du Bouddha, à qui il convenait de donner un cadre digne de sa sainteté. C’est ainsi que débuta le prodigieux programme de construction de temples, pagodes et sanctuaires divers que l’on voit encore de nos jours. A la veille du 13ème siècle, on atteignit le nombre étonnant de 12.000 monuments, de toutes tailles et de toutes formes, soit la statistique effarante d’un temple édifié tous les trois mois entre le 11ème et le 13ème siècle! En revanche, la question du choix du site reste encore un mystère. Pourquoi dans cette plaine, trop sèche pour cultiver le riz à grande échelle? Aucune réponse claire. En tout cas, on suppose que les millions de briques cuites pour les besoins de ce chantier pharaonique sont à l’origine de la disparition des forêts…
A l’époque, l’Empire Mongole se trouvait en plein élan expansionniste et, naturellement, les riches terres du royaume birman intéressèrent fortement l’Empereur Qubilai Khan, petit fils de Gengis Khan, fondateur de la dynastie des Yuan. Bagan fut prise en 1287. La plupart des habitants avaient déjà fui et il y eut peu de combats dans la ville. En outre, contrairement à nombres d’envahisseurs, Qubilai Khan préserva la ville. Bien entendu, plus tard, Bagan tomba dans une léthargie totale. Finalement, les seules dégradations et destructions provinrent des intempéries et des catastrophes naturelles: tremblements de terre et, surtout, débordement du fleuve Irrawady, calamités qui ravagèrent et détruisirent près d’un tiers des temples. En 1975, un très violent tremblement de terre secoua la région, sans faire trop de dégâts, heureusement, les principaux monuments furent très bien restaurés, notamment grâce à un programme de l’Unesco. »

Le guide du routard 2010/2011 Birmanie (Myanmar) pps 198-199. Editions Hachette.

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Deux journées dans un ces endroits qui fait l’ histoire d’un peuple et d’un pays, bordé par l’Irrawady qui vaut bien en beauté notre Mékong regretté. Les temples de Bagan sont incroyablement riches en diversités d’architecture et remarquablement conservés, nous avons pu admirer des fresques encore très visibles, sans compter les bouddhas innombrables et qui deviennent au fil du temps nos meilleurs amis car nous les voyons partout où nous passons! Le site est malheureusement payant (malheureusement car dans la popoche du gouvernement), nous nous sommes fait attraper le deuxième jour, hop 10 dollars chacun à payer! Nous avons bien essayé de contourner cette règle mais il y a toujours un temple où les représentants de l’ordre vous demanderont l’argent. Aaaargh. Nous avons aussi procédé à quelques achats (les dames birmanes sont de fameuses femmes d’affaires et ne vous lâchent pas d’une semelle!) dont le livre d’Orwell- Une histoire birmane- que je vais prendre beaucoup de plaisir à lire sur cette terre.

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Bagan

Le 15 mars, nous sommes fin prêts pour notre destination suivante, le lac d’Inle, autre merveille de ce pays.
Nous embarquons dans un bus de jour cette fois (l’hôtel nous ayant assuré qu’il n’y en avait pas de nuit, ce que nous savons maintenant être faux apparemment, renseignez-vous bien si vous voulez gagner une nuit d’hôtel), c’est parti pour une petite dizaine d’heures de bus. En soi, c’est agréable car le paysage qui défile est désertique de modernité. Le seul inconvénient, c’est que devant nous, ce sont deux immenses Canadiens, trop grands pour les places des bus asiatiques et qui ont donc reculé leurs sièges au maximum, autant pour nos genoux qui râpent sur leur siège.(soupir). Mais c’est comme ça. Vers 15h, nos genoux (et le reste) sont libérés, nous voilà arrivés à Nyaungshwe, le village qui borde le canal menant au lac, 20 fois moins cher que les luxueux hôtels donnant directement sur l’eau.

Nous allons établir nos quartiers dans une guesthouse jolie et chaleureuse, remplie de plantes et de demoiselles qui chantonnent et vous sourient en permanence. Il fait bon vivre dans cet endroit, à 900 mètres d’altitude la chaleur y est moins étouffante et le village est petit et charmant: des petits restos, des embarcations, quelques guesthouses, un marché et deux ou trois temples. Nous y resterons jusqu’au 18 mars. Le lendemain de notre arrivée, nous prenons des vélos et partons à l’assaut de la campagne environnante pendant quelques heures. Les routes sont lamentables et ça grimpe la moitié du trajet mais les environs me consolent, c’est vert, c’est bleu, c’est jaune paille suivant les endroits. Nous traverserons le lac pour revenir par l’autre côté. Un avant-goût de ce qui nous attend le lendemain. Déjà, nous sommes amoureux de cet endroit. Les Birmans sont décidément un peuple du sourire et de l’accueil chaleureux. Nous pouvons malheureusement aussi saisir l’envers du décor lorsque nous remarquons le peu d’écoles (les universités sont déportées très loin des grandes villes, la junte craint les étudiants, nous n’osons donc imaginer le niveau qu’on peut leur enseigner…), les femmes et parfois les enfants qui travaillent le long des routes, à les goudronner et les rendre plus lisses sous une chaleur écrasante. A Bagan, un petit monsieur était venu discuter avec nous de son magasin familial, les objets laqués (la grande spécialité de la Birmanie). Il nous racontait que les magasins le long des routes principales appartenaient toutes au gouvernement et causaient du tort à sa famille et d’autres gens du métier, car c’est là que se rendent les touristes, attirés par la facilité. Il nous avait confié sa carte, mais comme nous ne projetions pas d’acheter d’objets laqués, nous n’avons pas été. Si vous vous rendez à Bagan et que vous comptez y faire de beaux achats, pensez à ces artisans et évitez les gros magasins du gouvernement. Prenez la peine de bifurquer dans les petites rues et d’aller parler avec la population, ils vous en seront gré et vous indiqueront de bon coeur les petits magasins locaux.
Oui la Birmanie nous laisse entrevoir son visage triste, via sa population. Mais nous le savions et c’est aussi pour en témoigner que nous y avons été. Entre notre jeune homme de Yangon et ce monsieur de Bagan, nous ne pouvons oublier qu’ici, la population souffre du fonctionnement du pays, tous les jours, à toutes les échelles, au niveau de l’éducation, de l’artisanat, de l’économie. La junte de Birmanie devrait avoir honte mais n’est que gonflée de son argent sali et de son orgueil démesuré.
La journée sur le lac d’Inle nous permet de nous évader quelque peu de ces tristes pensées. Nous embarquons tôt le matin, à deux sur notre pirogue avec un chauffeur. Il nous baladera là où nous le souhaitons, nous allons donc admirer les pêcheurs (grande passion de Bruno qui les mitraille de photos!), les villages sur l’eau, la visite d’un temple très important Phaung Daw-U, dont la stèle centrale est réservée aux hommes. J’admire l’hypocrisie des religions dans ce cas de figure, qui interdit l’accès de certaines sphères aux femmes, car impures, mais admet en son sein- et comme en témoignent les magnifiques photos sur les murs- les membres de la junte militaire. Bravo bravo messieurs, ça c’est de la tolérance et de l’Eveil (mais de toutes façons je suis impure, donc indigne d’être écoutée n’est ce pas!) Je dois cependant préciser qu’en Birmanie, nous avons croisé le chemin de plusieurs nonnes. Elles sont vêtues de rose, les cheveux rasés. Elles n’ont bien entendu pas droit à toutes les étapes du bouddhisme comme les hommes mais elles peuvent adhérer au corps religieux. Nous nous arrêterons dans les magasins d’artisanat, nous assisterons à la confection des vêtements de soie et de coton, de cigares birmans, et la joaillerie « fisher smith », typique de Birmanie, or et argent donnent colliers, bracelets, boucles d’oreilles de toutes formes. Nous irons ensuite manger dans un petit restaurant pas trop cher (notre chauffeur a bien compris que nous ne suons pas l’argent par tous les pores de la peau) et nous reviendrons ensuite tranquillement, avec un dernier arrêt dans un monastère. C’est la première fois qu’on s’y balade (à défaut d’y avoir dormi) et nous aimons bien ces lieux, grands, simples et riches de statues et d’histoires de Bouddha.

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Lac Inle

Nous quitterons ce magnifique lac, à l’horizon découpé par les collines bleutées, le soir du 18 mars. Notre dernière journée, nous la passons dans le jardin de notre guesthouse, endroit splendide et calme. Car le soir, nous attend une virée en bus de nuit birman. Cette fois, on nous annonce l’arrivée pour 4h du matin à Mandalay, notre dernière étape. Vous devinez? Cette fois-ci, re-vlan, c’est à 2h50 du matin que nous échouons sur le bitume. Pan dans les dents du sommeil. Mais les Birmans ne dorment jamais, en tout cas, pas les taxis et les échoppes de nourriture. Nous voilà transportés jusque notre guesthouse en plein milieu de la nuit. Nous terminerons notre nuit sur les canapés de l’entrée, notre chambre n’étant bien évidemment pas prête avant 10h. On ira prendre le pouls de la ville pendant deux petites heures. Ce fut rude, avec un mauvais sommeil, Mandalay ne nous apparaît pas comme la perle de Birmanie. Elle est poussiéreuse, bruyante et polluée. Nous relativiserons après une bonne sieste en nous promenant jusqu’à l’ancien Palais Royal-aujourd’hui occupé par les militaires en majeure partie- entouré d’eau telle la Cité interdite de Pékin. Dans le jour qui décline, c’est vraiment très joli. Le lendemain, pour notre dernière journée en Birmanie, nous partons à vélo dans les environs, afin d’échapper à l’atmosphère polluée de la ville. Nous nous rendrons à Amapura, à 13km de Mandalay. Comme notre carte est plus qu’approximative, nous allons d’abord nous perdre pendant deux petites heures, nous tournons en rond autour d’un lac et prenons tous les petits sentiers possibles mais grâce à l’aide des locaux nous allons finalement aboutir à notre destination: le plus long pont en tek du monde, l’U Bein. Nous le traverserons aux trois quarts avant de faire demi-tour, Bruno ayant oublié le routard dans la nacelle du vélo (les risques de vols sont minimes mais sait-on jamais) et nous craignons que les monastères de l’autre côté soient de nouveau payants, pour la popoche du gouvernement. Nous allons donc nous prélasser sur une terrasse locale, à regarder l’eau du lac (un autre) et la vie qui passe pendant quelques heures. C’est ici, apparemment, que les Birmans aiment venir se balader, en amoureux ou en famille et le coucher de soleil y est apparemment somptueux (comme tous les endroit d’où l’on peut admirer les couchers de soleil sur l’eau). C’est également l’endroit où sont fabriqués des tissus de soie, que nous avons déjà eu le bonheur d’admirer à Inle.

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Mandalay
Le lendemain, c’est la fin de notre épopée birmane, l’avion nous attend à l’aéroport de Mandalay pour nous ramener à Bangkok. Un dernier trajet en taxi nous permet encore d’admirer l’Irrawady, la vie birmane qui s’écoule à son rythme. Nous ne sommes une fois de plus pas restés de marbre face à ce beau pays, ces gens si accueillants mais prisonniers de leurs frontières. Nous ne pouvons qu’en parler et vous encourager à aller les voir, tout en vous demandant d’être responsable. Réfléchissez à ce que vous payez, sélectionnez vos hôtels, vos restaurants, vos visites. N’oubliez jamais que, si c’est un pays magnifique dont la population a le coeur grand ouvert et curieux de vous rencontrer, le gouvernement qui reste tapi dans l’ombre, à l’affût mais silencieux, n’a rien à envier aux grands dictateurs des siècles passés. Ils méprisent leur peuple tout en les craignant et répriment violemment toute tentative de rébellion. Les Birmans sont pauvres mais riches en coeur.
La Birmanie n’est pas la seule bien entendu à avoir une triste réputation. La Chine et le Laos ne valent pas mieux dans cette partie d’Asie que nous visitons. Nous en témoignons comme nous le pouvons, par écrit et en discutant avec qui souhaite ouvrir son esprit aux injustices de ce monde.

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Catégories : Birmanie (Myanmar) | 3 Commentaires

Myanmar-Birmanie, qui es-tu?

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Petite fiche politique d’un pays qui fait couler beaucoup d’encre et de papiers depuis des décennies, sans engendrer de réelles sanctions contre la junte militaire qui gouverne depuis trop longtemps la Birmanie. Merci au Routard 2010-2011 et ses journalistes pour toutes leurs explications claires et détaillées.

La Birmanie prend ce nom au temps des colons anglais, au début du 19 ème siècle quand ces messieurs-dames Britanniques gouvernaient l’Empire des Indes jusqu’au début du 20 ème siècle. Je ne vous conseille que trop le roman de Georges Orwell « Une histoire birmane », afin de vous imprégner de l’ambiance et de la mentalité en Birmanie, comme presque partout dans le monde, sous l’égide des Blancs.

Durant la seconde guerre mondiale, la Birmanie tombe aux mains des Japonais, considérés comme les sauveurs de l’Asie contre la domination occidentale. Cependant, les Anglais seront soutenus par des factions chinoises, anglo-indienne et par une poignée d’Américains afin de rétablir l’ordre. C’est en mars 1945 que la figure de proue de Birmanie va émerger en la personne d’Aung San, qui va conférer l’indépendance au pays. Il mourra assassiné par un rival en 1947, son cabinet subira le même sort. Jusqu’en 1962, l’équilibre est plus qu’instable, la démocratie mise en place est plus que fragile, les communistes et les minorités ethniques se rebellent contre le gouvernement, qui ne contrôle que la moitié du territoire. C’est ainsi que Ne Win, chef d’Etat major de l’armée va prendre le pouvoir en 1962. Voilà la Birmanie tombée aux mains des militaires. L’élite intellectuelle du pays émigre dans d’autres contrées, l’économie s’effondre du fait de son isolement par rapport au reste du monde. Les étudiants, mécontents, seront violemment combattus par l’armée lors de deux révoltes, en 1962 et en 1974. En 1987, la Birmanie est en cessation de payement et ne sait même plus rationner sa propre population. S’ensuivront d’autres révoltes en 1988, réprimées par le général Sein Lwin, qui va succéder à Ne Win. Le 8 août 1988 est une des dates les plus sanglantes de la répression militaire que ce soit à Yangon ou ailleurs. Mais en 1988, Aung San Suu Kyi revient au pays et prend la relève de son père dans le combat pour la démocratie en Birmanie. Le 27 mai 1990, le SLORC (State Law and Order Restoration Council, la branche la plus réactionnaire de l’armée), organise des élections, sûr de gagner. Or, c’est la Ligue Nationale pour la démocratie d’Aung San Suu Kyi qui l’emporte, raflant 392 sièges sur 485. Mais l’armée conserve le pouvoir, au mépris le plus total de la décision populaire. Elle s’appuie, très malheureusement, sur une loi qu’avait fait voter en 1947 Aung San lui-même, précisant qu’un candidat à la République devait vivre depuis au moins 20 ans dans le pays. De plus, Aug San Suu Kyi est mariée à un Anglais, dont elle a deux enfants, ce qui ajoute encore à son « discrédit » aux yeux de la loi de son propre père. Elle sera assignée à résidence, ses partisans arrêtés. En octobre 1991, elle obtient le prix Nobel de la paix, sans pouvoir aller le chercher à Oslo.
Dès 1989 cependant, la junte ouvre le pays aux capitaux et aux investissements étrangers, afin de redonner une dynamique à l’économie. La junte conclut des trêves avec les minorités ethniques (qui fuyaient en masse vers la Thaïlande et le Bangladesh) et « libère » Aung San Suu Kyi le 10 juillet 1995. Elle est interdite de meeting et ne restera pas très longtemps libre de ses mouvements. La junte veut faire bonne figure sur la scène internationale mais la dame de Yangon ne laisse pas le monde oublier à quel point ils sont dangereux et corrompus. De plus, la crise économique ne vient pas rehausser le niveau comme la junte le souhaitait.
En novembre 1997, c’est un nouveau coup d’Etat qui dissout le SLORC, remplacé par le SPDC ( State peace and Development council, remarquez la stratégie des mots…) En mai 2002, Aung San Suu Kyi est libérée à nouveau, après 19 mois supplémentaire de résidence surveillée. La junte tente la diplomatie, montre patte blanche à la communauté internationale en libérant des détenus politiques et en ouvrant le pays aux journalistes. Ce ne durera pas, le 31 mai 2003, la dame est à nouveau enfermée et son parti dissout, les bureaux mis sous scellés. Le Congrès Américain réagit cette fois violemment, interdisant de territoire USA les dirigeants birmans, gelant les avoirs dans les banques et en proposant de soutenir les militants démocratiques. L’UE n’est pas en reste en menaçant de sanctions économiques la junte militaire si Aung San Suu Kyi n’est pas libérée. Un boycott général de la Birmanie est proclamée. Rien n’y fera, au contraire, cela va s’aggraver.
En 2006, Yangon est détrônée de son titre de capitale (trop dangereuse pour les rébellions). La junte va construire une nouvelle ville, Naypyidauw à 400 km au nord de Yangon, au coeur de la jungle pour éviter toute manifestation. Preuve supplémentaire, s’il en est besoin, de la rupture entre la junte et la population.
En 2007, c’est la révolte des bonzes. Durant tout le mois de septembre, suite à une hausse vertigineuse des prix sur l’alimentation et le carburant, la population, acculée, descend dans la rue. Une première répression va conduire les militaires à battre des moines, le 5 septembre à Pakkoku. En signe de représailles, les moines refuseront les offrandes des militaires et des policiers, grave offense lorsque vous êtes bouddhiste, et exigent des excuses du gouvernement. Mais la junte persiste dans son mépris, le 17 septembre, les moines et les religieuses bouddhistes clament leur fureur dans les rues de Yangon. Le 23 septembre, la junte, ulcérée, réprime violemment la révolte, le bilan sera de 30 morts. Le reste du monde pousse de hauts cris d’indignation et durcissent encore leurs sanctions.
En 2008, c’est la nature qui s’en mêle. Dans un pays déjà plus que durement touché au niveau social et politique, le cyclone Nargis va encore aggraver la situation en dévastant la région de Yangon et le delta de l’Irrawady, grenier à riz de la Birmanie. Le bilan est de 140.000 morts, 800.000 déplacés et plus de 2.000.000 de personnes sans abri. L’Inde avait pourtant prévenu le gouvernement 48h auparavant.
L’aide internationale se mobilise, les ONG font le pied de grue dans le Golfe du Bengale mais la junte, paranoïaque à l’extrême, refuse de les laisser entrer, de peur qu’ils ne prennent le pouvoir sur le pays. La communauté bouddhiste du pays remplit le rôle du gouvernement en aidant tant bien que mal la population à survivre. Le tollé mondial est tellement énorme que même la Chine s’en mêle, les généraux finiront par ouvrir leurs portes, au compte-goutte, aux ONG. Un an plus tard, on comptera toujours plus de 300.000 personnes dépendantes de l’aide alimentaire. La FAO, section des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture est présente depuis 30 ans et abat un travail considérable.
Le comble est le maintien du vote pour le référendum de la nouvelle Constitution, une semaine après le drame. Bien évidemment, ce sera un oui, dûment corrompu par la junte, pendant que la population meurt de faim. Voici la teneur de la « feuille de route vers la démocratie »
1) Sera président de la République celui qui a servi dans l’armée pendant au moins 15 ans.
2) Une personne marié à un étranger et ayant une descendance étrangère ne pourra postuler au poste de président.

Exit donc Aung San Suu Kyi, flagellée par la loi de son propre père en 1947.

3) La junte conserve le droit de véto sur toutes les décisions et a le droit d’élire des militaires aux postes-clés du gouvernement. Elle reprendra le pouvoir total en cas d’urgence.

En 2010, avant les élections législatives, le LPD (parti de la Dame) est dissout et elle-même emprisonnée sous un prétexte ridicule, afin de l’empêcher de faire campagne. Elle sera libérée juste après les votes. Depuis février 2011, c’est Thein Sein qui gouverne le pays.

La Birmanie s’appelle le Myanmar depuis, officiellement, 1989, la junte voulant rompre avec la tradition colonialiste anglaise. Mais les minorités ethniques se reconnaissent encore dans le nom Birmanie, une réaction sans doute au gouvernement.
Le Myanmar-Birmanie est un pays riche, plaque tournante de l’opium, du gaz naturel et des pierres précieuses. Son allié principal est la Chine qui a formé la junte et continue à lui fournir des armes. L’Inde, la Thaïlande, la Malaisie et la Corée du Nord profitent également du riche sol birman et ne sont donc pas pressés de renverser le pouvoir en place. La junte militaire est pourrie jusqu’à l’âme et blanchit l’argent des hydrocarbures dans les grands hôtels. Personne ne semble réellement s’attaquer à cela.
La société Total est également moralement responsable de ses investissements en Birmanie mais s’en défend, arguant que les paradis fiscaux existent partout et qu’ils ne peuvent rien contre cela, ajoutant qu’ils possèdent leurs propres équipes et ne frayent pas avec les militaires. Langue de bois toujours.

La religion bouddhiste est très importante en Birmanie, comme dans le reste de l’Asie. Le bouddhisme birman relève de la branche Theravada, tout comme en Thaïlande et au Cambodge. Je rappelle les traits caractéristiques: doctrine la plus ancienne, qui ne reconnaît aucun dieu créateur (à l’opposé du bouddhisme Mahayana). Pas d’intermédiaire donc, entre l’homme et son salut. La voie de l’Eveil s’obtient par la contemplation et l’abstinence. Il n’y a pas de transformation de l’environnement, l’Eveil s’obtient par des actes individuels, la discipline et l’abstinence.

Le bouddhisme en Birmanie, est associée à la culture des nat. C’est une particularité qui vaut la peine que je me replonge dans le Routard pour vous l’expliquer:

« Le culte animiste des nat provient d’Inde. La croyance est fondée sur le principe suivant: tout être, vivant ou non, est animé par un esprit. Le culte des nat consiste à se concilier les esprits par des sacrifices, plutôt qu’à les adorer.
Ce culte de nats, étranger au bouddhisme, a beaucoup choqué les chefs du bouddhisme Theravada, lorsque le roi Anawratha instaura cette religion en Birmanie en 1044. Afin de satisfaire la Shanga- la communauté bouddhique- le souverain ordonna la destruction de tous les sanctuaires dédiés aux nats et interdit leur culte. Mais cette pratique ayant trait au surnaturel, trop ancrée dans les moeurs, continua à exister tout de même et le peuple n’abandonna pas les nats. Anawratha eut alors l’idée géniale de les réintégrer dans l’univers spirituel du peuple, mais en les soumettant à l’autorité d’un roi, Thangya Min qui n’était autre que l’âme d’Indra, disciple de Bouddha. Ce même souverain eut l’idée de déplacer la demeure des esprits. Du mont Popa où elle était installée, il choisit son nouvel emplacement à l’extérieur de la pagode Shwezigon de Bagan. Depuis cette date, ce monument joue un rôle protecteur essentiel dans la pensée des Birmans.
Une fois par an, en avril, Thangya Min descend sur terre pour recenser les bonnes et mauvaises actions des hommes, les bonnes sont inscrites sur un livre aux feuilles d’or, les mauvaises sur un livre relié en peau de chien.
Il existe deux sortes de nat. Les nats supérieurs sont les esprits des êtres humains « supérieurs »: les anciens rois, les nobles, les moines, qui ont fait preuve dans leur vie de courage et de générosité. Ce sont des êtres exemplaires, souvent victime d’une mort injuste et brutale. Ils n’ont pu se préparer à leur renaissance. Dans cette attente, ils sont condamnés à errer sur terre. Pour les sédentariser, les Birmans leur construisent des petits sanctuaires. Ainsi, par leur présence, protègent-ils les lieux. Ces nats supérieurs ont naturellement le droit aux plus beaux sanctuaires.
Les nats inférieurs habitent les terres, les forêts, les montagnes, les sources, les maisons. Chaque esprit a un petit sanctuaire, qui lui sert de refuge. Ils ne sont pas tous gentils, et leurs prouesses dans l’art d’aider ou d’embêter les vivants font partie des légendes retransmises au fil des siècles. »
Le Guide du routard 2010-2011 Birmanie (Myanmar) p. 101 Editions Hachette.

La censure au niveau des médias est au même niveau que la Chine, le Laos ou le Vietnam. Tout est contrôlé, les informations internationales sont triées, fichées avant d’être distribuées.

Voyager en Birmanie implique de savoir tout cela, et que vos yeux voient au-delà de ce que la population peut vous montrer, ce que les militaires vous permettront de visiter. C’est avec une haine farouche du régime et le coeur tout entier tourné vers les locaux et les paysages que nous nous y sommes rendus, pour 12 jours. Bienvenue au Myanmar!

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