Laos

Laos, Laos: présentation politique.


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Bienvenue au Laos chers amis-famille! Je commencerai par une petite présentation du pays, au niveau politique et religieux, afin de vous faire saisir l’essence de ce beau pays.

Le Laos a une histoire politique compliquée, comme beaucoup de ses voisins. Le sud du pays fut tout d’abord, jusqu’au 11ème siècle, la propriété des Chams et ensuite des Khmers. Les deux populations furent indianisées et se convertirent donc au bouddhisme. Ensuite, la population Thaï apparut et parmi eux, les Lao actuels. Apparemment, le premier royaume du Laos émerge au 14 ème siècle, sous le roi Fa Ngum, sous le nom de « Lan Xang » dont la traduction signifie « Royaume des millions d’éléphants ». Lan Xang était plus grand encore que le Laos actuel et pendant des siècles il subit les invasions Vietnamiennes et Birmanes. Au 18 ème siècle, le pays est divisé en trois grandes parties: le Royaume de Luang Prabang, le Royaume de Vientiane et le Royaume de Champasak. Luang Prabang et Vientiane tomberont aux mains des Siamois, après le renversement du roi Fa Ngum, succédé par son fils, connu sous le nom de Samsaentai, qui signifie « chef des 300.000 Thai », représentant le nombre de thai dans l’armée. Il épousera une princesse thaï et règnera pendant 42 ans. Les Siamois assoiront leur autorité en dérobant le bouddha d’Emeraude à Vientiane, il est aujourd’hui encore à Bangkok. Jusqu’à l’arrivée des colonies françaises, au 19 ème siècle, les trois royaumes se disputeront cependant, malgré la domination siamoise, afin de tenter de donner une indépendance au Laos.

Les Français cependant, s’ils n’arriveront pas à conquérir le royaume de Siam, déroberont cependant le Laos au Siamois. Un accord est signé pour assoir un protectorat français sur l’ensemble des territoires du Laos (qui ne constitue toujours pas un pays à part entière).

Jusqu’en 1945, la domination française reste primordiale, bien qu’elle se fasse au fil des années plus administrative que réellement présente, les Français se concentrant essentiellement sur le VietNam, lieu principal du royaume d’Indochine. Si Ho Chi Minh éveille les consciences dès 1930 sur une nationalisation vietnamienne, le Laos reste endormi. Peu de scolarisation, peu de population et une certaine léthargie du peuple en sont les causes.  De plus, l’aristocratie du Laos voyait la présence française d’un bon oeil car elle les protégeait des invasions Siamo-thaïlandaises. Le roi Sisavang Vong, qui règne jusqu’à la fin des années 50 est fidèle au Français. Lors de la deuxième guerre mondiale cependant, les grandes puissances coloniales ont trop à faire par chez nous et relâchent leur protectorat. La Thailande en profite pour tenter de reconquérir le Laos. Les Japonais, qui étaient d’abord liés avec les Français sur le domination laotienne, lorsqu’ils sentiront qu’ils perdent la guerre, vont retourner leur veste et seconder les puissances siamoises dans leur conquête.  Sous la pression, le roi Sisavang, proclame l’indépendance du Laos le 8 juin 1945, qui devient le Lao Issara (Laos libre). Le cousin du roi, le Prince Phetsarat tentera d’unifier le pays en installant un gouvernement intérimaire. Cela ne durera pas, la présence française se renforce et en 1949, la France accorde au Laos l’autonomie au sein des territoires français. Le gouvernement Lao Issara a été contraint de s’enfuir à Bangkok, et les Français récupèrent les territoires de l’Ouest appartenant à la Thailande. Le Laos est aux mains des Français de Luang Prabang jusqu’au sud (le royaume de Champasak). Le Royaume du Laos sous le protectorat (relativement lointain) français est né, reconnu au sein des Nations Unis et du Royaume Britannique (présent en Inde).  Si une partie des indépendantistes du Laos s’en satisfait, dont le Prince Phetsarat (qui était revenu sur sa décision d’un Laos indépendant) et son jeune frère Souvanna Phouma (qui devient premier Ministre à son retour d’exil en Thaïlande). Il n’en sera pas de même pour le prince Souphanouvong, le troisième frère.  Celui-ci est à l’origine de l’alliance entre les Viet Minh (rappel: les communistes du Nord Vietnam)  et le Lao Issara dès 1945. Comme ses frères ne le suivent pas sur le chemin du communisme, Souphanavong se sépare d’eux et devient la figure de proue de la guérilla et du communisme Laotien. Le Lao Issara n’a plus d’unité et Souphanavong crée le Phatet Lao (le pays du Laos) dont les leitmotiv principaux sont l’expulsion des Français et l’instauration du communisme.  En 1953, les Viet-Minhs envahissent le nord du Laos, cherchant à conquérir Luang Prabang. Les Français, surpris par l’invasion, se replient à Dien Bien Phu, près de la frontière du Laos, voulant empêcher une autre attaque de ce genre. La suite, je vous l’ai déjà expliqué, se croyant plus armés que les Vietnamiens, qui vont les encercler dans la jungle, les Français capitulent le 7 mai. Les accords de Genève de 1954 permettent au Phatet Lao de se faire reconnaître en tant que groupe politique. C’est la fin de ce que beaucoup appellent « la première guerre d’Indochine ». Durant les années qui suivirent, les deux partis principaux du Laos, le Phatet Lao, reconverti en Lao People’s party (communiste et allié du Nord Vietnam), et le Royal Lao Governement ( dépendant des Etats-Unis), tentèrent de trouver un accord afin de réunir leurs différentes provinces. Ce fut le cas en 1958, et les Américains, furieux, cessèrent d’approvisionner le Laos, considérant qu’ils trahissaient la politique de neutralité du pays. Il en résulta une crise financière et politique, la coalition échoua. Les années 60 apportèrent le début de la « seconde guerre d’Indochine ». Le président Kennedy signa de nouveaux accords de Genève avec le Laos, faisant du pays un état neutre. Souphanouvong, cependant, ne l’entendait pas de cette oreille bien que son frère Souvanna Phouma accepta la politique de neutralité. Les années qui suivirent, jusqu’en 1975, furent un lent morcellement de cette façade de neutralité. L’endroit stratégique du Laos se nomme la Plaine des Jarres, qui donnait accès au chemin Ho Chi Minh, la hantise des Américains. Contrôler cette zone empêchait toute atteinte des Viet Cong.  Un Laos neutre devait empêcher toute présence militaire, tant Vietnamienne qu’ Américaine mais bien entendu rien ne sera respecté. Les deux factions, pourvues en armes, portèrent leur haine à leur paroxysme en 1964, lorsque les Etats-Unis commencèrent à bombarder le Laos, ciblant la plaine des Jarres, nid des Nord Vietnamiens. Le Laos entra cette année-là dans l’histoire comme étant le pays le plus bombardé de toute l’histoire de l’Indochine. Selon des chiffres officiels, les Etats-Unis larguèrent 2.093.000 tonnes de bombes sur 581 sorties. Le coût total de cette guerre  fut de 7.2 billions de dollars, soit 2 millions par jour pendant les neuf années que dura la seconde guerre d’Indochine. Il n’existe pas de recensement des pertes humaines mais 1/3 des 2.1 millions de Laotiens devinrent des réfugiés.

Mais aucun bombardement n’arrêta les Vietnamiens du gouvernement d’ Ho Chi Minh qui étendirent le pouvoir communiste à son apogée. Les mouvements pacifistes éclatèrent dans le monde entier et en 1974, la guerre prit fin. Le communisme prospéra en Asie. Les Américains quittèrent le Laos et le gouvernement Royaliste de Souvanna Phouma s’allia avec le Phatet Lao afin d’éviter d’autres effusions de sang. En 1975, Souphanouvong et son bras droit Kaysone Phomvihane  prirent le pouvoir et forcèrent le roi Savang Vatthana  à abdiquer le 2 décembre 1975, mettant fin à des siècles de monarchie. Le Lao People’s Democratic Republic est né. Lié étroitement au Nord Vietnam, le parti eut fort à faire sans l’aide américaine pour redresser l’économie. Ils commencèrent, comme tous les communistes, par prôner le travail partout, et bêtement (oui bêtement). Ils enfermèrent les anciens royalistes dans des camps d' »apprentissage », ce qui eut pour effet que 10% de la population partit en exil dans les pays voisins. Les H’Mongs, tribus du nord qui ont collaboré avec les Etats-Unis durant la guerre, sont également persécutés par le gouvernement, jusqu’à très récemment. Ils sont toujours mal considérés par le gouvernement. Kaysone, Secrétaire Général du Parti et qui en devient la figure de proue, finira par comprendre que la politique doit changer et, suivant l’exemple de la Chine, ouvrira l’économie au marché mondial, en acceptant l’aide de l’Ouest pour restructurer le pays. Il meurt en 1992, peu après la création d’une Constitution, 15 ans après la création de l’Etat communiste. Actuellement, le secrétaire général du LPRP est toujours le chef de l’Etat tandis que le premier Ministre est le chef du gouvernement. Il existe de profondes inégalités, toujours de plus en plus vastes au Laos entre les factions riches et pauvres du pays. Le Parti est pourri par la corruption et ne semble guère s’intéresser au manque de scolarisation et du niveau extrêmement bas d’éducation des classes moins favorisées. Il y a de profondes différences entre la vie des campagnes et la vie des citadins. Cependant, le pays s’est ouvert grandement au tourisme et tente de protéger son patrimoine culturel, comme Luang Prabang et naturel, le pays est couvert par 44% environ de jungle. Mais les ressources restent pauvres. Les tribus du Nord vivent à part du reste du pays, chacune ayant son langage et sa culture et se nourrissant d’opium tout au long de la journée. La cohésion sociale manque au pays, du au fossé qui sépare les différentes factions de la population. Les Chinois ne cessent d’investir et malheureusement commencent aussi à procéder à une déforestation au Nord du pays.

Un mot chers amis-famille, sur la religion du Laos, qui est le bouddhisme Theravada. Je vous l’ai déjà brièvement explicité dans mon article sur le Cambodge, pour rappel, cette branche du bouddhisme prône l’élitisme de quelques bodhissatvas, qui atteindront l’Eveil par la Voie intérieure. Le gouvernement n’a jamais tenté, contrairement aux horribles Khmers Rouges, d’éradiquer complètement la religion et ils ont vite réinstauré les fêtes religieuses devant le mécontentement de la population.

De tout cet héritage historique et religieux en découle la mentalité du Laotien moyen qui est… « Ne jamais en faire trop ». Les colons français ont de leur temps été profondément atterrés par la nonchalance des habitants. Ces brillants messieurs dames de nos contrées ont même repeuplé le Laos avec des Vietnamiens, plus travailleurs et plus sérieux. Le Laotien en effet croit profondément au kharma plus qu’au travail et plaint en effet ceux qui doivent travailler dur, cela n’est pas bon pour la santé. Un proverbe colon français disait « Si les Vietnamiens font pousser le riz, les Cambodgiens le regardent grandir et les Laotiens ne font que l’écouter ». Ahahaha. Mais il est vrai que nous avons été marqués par la mentalité plus que tranquille du Laos.

Maintenant que je vous ai présenté le pays chers amis-famille… Place à nos aventures! C’est parti pour un tour du dernier pays de l’ancienne Indochine!
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Catégories : Laos | 3 Commentaires

Laos, Laos, khawp jai lai lai!!

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Nous y voici, nous y voilà, en ce matin du 31 janvier 2013, nous quittons le Cambodge, en mini-van jusqu’à la frontière du Laos.  Nous sommes avec un Israëlien et deux Canadiens pour passer la frontière. Le visa est pris en charge par notre accompagnateur Cambodgien. En plus de sa commission (ce qui est normal) nous sommes sommés de payer deux dollars par coup de tampon sur les passeports (ce qui n’est PAS normal et ce qui s’appelle la corruption du gouvernement aux dépens du touriste). Mais il n’y a rien à faire, c’est ça ou bien vous faites demi-tour et vous ne serez pas plus avancés. Allez savoir sur quels critères également le gouvernement lao décide du prix des visas selon votre pays… Pendant qu’Israël débourse 35 dollars, nous voilà débités de 40 dollars et les Canadiens de 47 dollars! Pff, les alliances politiques et diplomatiques me dépasseront (et m’énerveront) toujours…

Mais nous y voilà, notre accompagnateur, qui est très sympa au demeurant, nous mène en territoire Lao, jusqu’au bateau. Oui, car notre première destination est les 4000 îles, dans le sud du Laos, un endroit réputé pour sa beauté et aussi (mais ça nous l’apprenons dans le van)… pour son côté festif! Damned, nous qui rêvions d’îles tranquilles nous sommes refaits. En fait, l’île la moins chère, Don Dêt, est l’île de prédilection pour jeunes-touristes-en-mal-de-fêtes. L’île d’à côté est beaucoup plus calme… Et beaucoup plus chère car elle vise une clientèle plus âgée et donc (raccourci facile) plus aisée. Nous n’avons donc que peu de choix, c’est parti pour Don Dêt. Nous arrivons assez tard, aux alentours de 16h30 et nous avons beaucoup de mal à dénicher un bungalow, tout est déjà rempli. Mais ce sera chose faite et nous le payons seulement 5 dollars pour deux, c’est parfait! De plus, il est relativement éloigné des bars à débauche et la vue est splendide. Dès le premier soir, nous sommes conquis par les centaines d’îlots des alentours sur lesquels se couche le soleil…

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Nous allons rester deux journées complètes là-bas, histoire de nous reposer, de nous balader aussi tranquillement. C’est d’ailleurs ici que nous allons faire connaissance avec le grand attrait du Laos pour beaucoup de jeunes ou de vieux babacool: la drogue à gogo à tous les coins de bars. Les « happy shake », comprenez les jus de fruit mixés à la marijuana, ou aux champis, ou encore à n’importe quoi, sont célèbres sur l’île. Il y a également les dérives les « happy pizza » « happy banana cake » etc etc etc… je commencerai seulement à me rendre compte pourquoi beaucoup de touristes aiment à ce point le Laos et le Cambodge…

Comme nous ne voyageons pas dans le but de nous défoncer aux drogues du monde entier, nous allons glander sobre et serein, dans notre hamac ou allongés par terre dans les petits restos- bars, qui la journée sont calmes. La nuit c’est autre chose, tous les soirs il semble qu’une rave party ait lieu sur l’île ce qui donne lieu à des situations tragi-comiques comme un zombie qui se plante de bungalow et tente de rentrer chez nous en plein milieu de la nuit (vous dire que j’ai eu peur est un doux euphémisme heureusement le cri de Bruno l’a fait retomber sur terre…plus ou moins…). J’ai aussi eu l’insigne honneur de me rendre à la toilette et de croiser une jeune demoiselle d’une vingtaine d’années au regard complètement hagard et heu… lointain (encore un doux euphémisme) qui m’a demandée d’un ton extra-terrestre si je me rendais aussi « to the party this evening?? ». Le fait que j’étais juste en tee-shirt et petite culotte n’a pas semblé l’étonner outre mesure, devant mon refus elle a semblé déçue et m’a quand même souhaitée « good evening » avant de s’éloigner d’un pas plus qu’incertain, suivie par deux de ses potes qui beuglaient des phrases d’une autre planète. Soit. J’ai fait ça aussi. Plus ou moins. Welcome to the dark side of Laos.

Don Det

Après deux jours sur l’île, nous décidons de nous rendre à Paksé, la plus grosse ville du sud du Laos. C’est sur ce trajet que nous commencerons à saisir la mentalité du Laos qui est « surtout ne pas se presser tout va bien ». Sur un trajet qui est censé durer une grosse heure, nous allons d’abord attendre deux heures le bus (tous les touristes avaient les yeux fixés sur l’annonciateur des bus, les yeux mi-implorants, mi-menaçants est-ce-que-ce-type-va-finir-par-citer-Pakse-bordel-de-merde!!). Ensuite sur une heure et demi de trajet, le chauffeur s’arrête une fois. Ah c’est bizarre me dis-je normalement en Asie, c’est une fois toutes les deux heures et encore. Ce n’était que le début de nos surprises.

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Pakse, c’est une toute petite ville et un point de transit économique important entre le Laos et le Vietnam. D’ailleurs, dans tout le Laos on remarquera beaucoup de stations essences « PetroVietnam ». La Chine et le Vietnam sont les deux investisseurs principaux du pays. Nous resterons à Pakse durant deux journées. Une est consacrée à la découverte de la ville, mignonne, petite et calme avec ses temples, le Mékong qui y passe, les habitants réservés et gentils. Le deuxième jour, nous louons une moto et nous prenons la route pour Champassak, à 40 kilomètres afin de visiter Wat Phou, un ancien temple classé au patrimoine mondial de l’Unesco. La balade est magnifique, les rizières d’un vert éclatant, les collines surplombant le paysage… Nous qui commençons à être en mal de montagne, quel bonheur de les voir! Le site de Wat Phou nous a également conquis. C’est un endroit au charme naturel et empli d’histoire ancienne.

Explication selon notre petit guide donné à l’entrée:

L’ensemble religieux de Vat Phou, d’architecture khmère et de religion hindouiste est situé au pied d’une montagne. Le point culminant, le Phou Kao, identifiée dans l’antiquité à un Linga, symbole phallique de Shiva, d’où son nom ancien de Lingaparvata et sa réputation de montagne sacrée. Une source permanente, au pied d’une des falaises, a incité les anciens rois de la région à installer là un sanctuaire shivaïte. Associée à cet ensemble religieux se trouve dans la plaine, au bord du Mékong, une ville pré-angkorienne dont les vestiges sont actuellement à peine visibles du sol.

Il ne subsiste pas grand chose du temple Phou Kao mais cela ajoute à la beauté de l’endroit, entouré de montagne et de plaine à perte de vue. Nous traversons d’abord une grande terrasse, précédée de deux grands lacs artificiels à fonction religieuse, représentation de l’océan qui entoure la Terre. Ensuite, nous arriverons devant une large esplanade sur laquelle se font face deux palais, du début du 11ème siècle. Leur fonction religieuse n’est pas connue et ils sont faussement appelés « Palais des Hommes » et « Palais des Femmes ». Nous poursuivrons notre ascension de terrasse en terrasse jusqu’à accéder à l’esplanade du sanctuaire principal, et l’endroit où, de la falaise, s’écoulait la source sacrée. Un petit temple en partie encastré sous la falaise (dont il ne reste que les bases) sacralisait l’eau de la source sud et contenait probablement un linga. Les eaux de la source nord étaient recueillies dans des bassins de grès verts et briques et amenées au sanctuaire par un aqueduc de grès verts sur les colonnettes. Par un assemblage de galeries et de trous, l’eau s’écoulait de terrasse en terrasse, inondant le linga en permanence et conférant à l’ensemble du site un caractère sacré et unique dans toute l’architecture khmère. Au nord du sanctuaire (qui est aujourd’hui bouddhiste et est d’ailleurs habité par trois grandes statues de bouddha), on peut trouver des éboulis de rochers, dans lesquels sont sculptés les Nagas, un crocodile et un éléphant. Plus haut, se trouve aussi une empreinte du pied de bouddha. Tout cela est apparemment bien postérieur au sanctuaire, aux alentours du 13 ème siècle.

Bref, une journée belle et saisissante de part la beauté de l’endroit et encore un bout d’histoire khmère à notre actif.

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Pakse

Champasak

Après Pakse, nous décidons de nous arrêter dans une autre ville du sud-centre du Laos: Savannaketh. Si nous traînons ainsi c’est parce que ces régions sont boudées par les touristes et nous en profitons. Mais à Savannaketh, il n’y a pas grand chose à faire. La ville est plus grande que Paksé mais encore plus calme. Nous y ferons un petit tour, une journée nous suffira amplement. De plus, il fait très chaud dans ces régions et nous nous réfugierons bien vite à notre guesthouse pour le restant de l’après-midi, à l’ombre! Nous aurons l’occasion de remarquer les nombreux temples qui ornent la petite ville, sa grande rue principale qui est d’ailleurs le seul endroit où le traffic semble important. Savannaketh est décrite par certains comme étant une ville-fantôme et si ce n’est pas tout à fait exact, lorsque vous vous baladez dans les rues éloignées du centre, il n’y aura effectivement pas foule… Le Mékong y coule aussi, paisible, avec ses habitants en bordure aux échoppes de nourriture…

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Savannakhet

C’était nos derniers instants de calme avant longtemps, le 8 février nous embarquons pour un trajet de 10 heures jusque la capitale, Vientiane. Ainsi que je l’ai déjà signalé, les Laotiens prennent TOUT leur temps. Ce qui implique des pauses toutes les heures, voire toutes les demi-heures. Pour débarquer-embarquer quelqu’un ou quelque chose, pour manger, pour se reposer, pour aller aux toilettes, bref votre patience d’Occidental, même bercée par l’Asie depuis longtemps, est mise à rude épreuve. Car c’est le premier pays où le temps n’a réellement aucune importance. Toujours ça de plus dans nos bagages culturels. Il ne sert à rien non plus de réserver quoi que ce soit au Laos. Pas parce qu’il y aura de la place (non non non, la saison haute de l’Asie du Sud-Est c’est janvier-février), mais parce qu’ils ne consultent pas leurs mails ni ne prennent de réservations au téléphone. Trop fatiguant. De plus, c’est également le premier pays où les habitants négocient peu ou pas! Les touk-touk donnent un prix fixe, correct certes mais individuel. Pas de prix de groupe contrairement aux autres pays traversés. Les stations de bus pour touristes ont été déplacées loin des centres-villes pour favoriser le commerce des touk-touk qui s’en mettent plein des poches avec leur prix fixe par personne. Même si, dans ce pays pauvre, nous pouvons comprendre que les habitants se fassent l’argent avec le tourisme, il y a quand même de l’abus. Nous allons le remarquer dès notre arrivée à Vientiane, où les prix explosent. Certes, cela reste bon marché pour l’Européen moyen, mais pas du tout pour l’Asie du Sud-Est. Nous qui pensions que le Laos serait encore moins cher que le Cambodge, nous en sommes pour nos frais et nous sommes désagréablement surpris.

Ceci étant, Vientiane est une très jolie ville, aux accents résolument colonialistes, bondées de restaurants occidentaux et orientaux, de boulangeries françaises, de magasins français, de temples et du musée national. Nous allons y rester trois jours entiers, afin de l’explorer, à pied ou à vélo (et une crevaison à l’actif de Brubru!). Les temples sont splendides, de plus en plus colorés, bondés d’histoires de Rois et de divinités. Ici, les bouddhas semblent le plus souvent représentés avec les deux mains en avant, en signe d’apaisement. Le Mékong (notre chouchou) est toujours bien présent, splendide et c’est un véritable plaisir de s’y balader un soir, lorsque les Laotiens s’y rendent. Nous serons parmi les rares blancs à nous promener parmi eux, un jeune Lao d’une dizaine d’années viendra nous parler en français, comme toujours je suis bluffée par leur capacité à apprendre une langue si différente de la leur. Ceux qui ont la chance d’avoir une famille plus aisée ont accès à l’école. Peut-être un jour feront-ils quelque chose de leur pays, rongé par la corruption et qui n’a plus de marxiste que le nom. La visite du Musée National est assez édifiante, l’histoire des ossements des premiers hommes, l’histoire des différents royaumes est correctement expliquée mais point de trace de la guerre d’Indochine. Il y a juste des centaines de photos des différents partisans, de quelques prisonniers. Peu ou pas un mot sur les luttes internes du pays, les différentes factions politiques, le combat du communisme et les alliances avec le VietNam. Le Laos est un pays qui construit toujours son identité pour le monde extérieur. Espérons que l’avenir et ses jeunes en fassent un pays ouvert, tourné vers l’écologie et la protection de leur culture, tout en développant l’éducation et le tourisme « raisonnable ». Pour l’heure, on vous vent tout et n’importe quoi comme tour (comme la plupart des pays d’Asie,à vous de vous renseigner). Vientiane est aussi bondée de Français, pas seulement des touristes mais aussi des gens qui se sont établis, amoureux de ce pays. Mais désespérés de travailler avec les habitants qui n’ont cure du travail à plein temps et qui préfèrent de loin manger et faire la sieste (remarque de Bruno : ont ils tort?). En général:-). C’est à Vientiane que nous ferons le plein de nourriture occidentale, nous nous bourrons de pizzas et de pains, puisque tout est cher, autant prendre quelque chose qui vient de loin! Et c’est bon! Les propriétaires étrangers ont bien enseigné notre cuisine et nous sommes enchantés, après des mois de riz et de nouilles, de nous sustenter à la tomate mozza et aux pizzas!

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Vientiane

Le 12 février, nous reprenons la route, direction Vang Vieng, endroit réputé superbe et sur lequel nous avons de très grosses appréhensions. Il s’agit d’une petite ville qui fut sacrifiée aux routards il y a une petite dizaine d’années. Les touristes dépassent en nombre les locaux, lesdits touristes étant en majorité de jeunes imbéciles d’une vingtaine d’années dont le but ultime est de se défoncer toute la journée et toute la nuit dans les bars. Le résultat est édifiant: au fur et à mesure des années, les bars ont proliféré et l’activité principale est de faire du « tubing » sur la rivière (un gros pneu sur lequel vous vous étendez pour descendre le cours d’eau), tout en vous arrêtant tous les 300 mètres pour vous bourrer la gueule et vous défoncer aux bières ridiculement peu chères et aux « happy pizzas » ou autre dans les bars qui bordent la rivière. Vang Vieng est ce que Don Dêt deviendra si les locaux ne prennent pas garde. Les conséquences de ce type de tourisme sont désastreuses et navrantes: en 2010 et 2011, plus d’une vingtaine de jeunes sont morts (par année). Soit ces pauvres idiots sautaient de rochers (où il est stipulé « don’t jump here ») et s’écrasaient la tête en contrebas, soit ils se noyaient sur leur pneu, n’ayant plus de jugeote pour sortir la tête de l’eau. C’est très grave et très inquiétant. Tout aussi honteux est le comportement de ces jeunes imbéciles dans un pays très pudique, où la nudité est gênante et les démonstrations d’affections choquantes. J’ai lu (et vu) de nombreux témoignages de jeunes déambulant en bikini dans la rue pour les filles, torse nu pour les hommes, de jeunes s’embrassant à perdre haleine en plein milieu d’une rue ou courant à moitié nu et le regard défoncé en hurlant. Les autorités locales laissaient les bars ouverts car ils se partageaient les bénéfices avec les tenanciers. C’est donc assez inquiets- et en colère- que nous décidons de nous y rendre, nous promettant de prendre une moto et de nous enfuir dans la superbe nature environnante, sans traîner en ville. Mais oh surprise, le gérant de notre hôtel,un jeune français très sympathique nous apprend avec un sourire en coin que les bars de la rivière sont fermés depuis cette année et ne sont pas prévus de rouvrir, en tout cas pas dans l’immédiat. Ooooooh ben çà c’est dommage dis donc! Jérémy (notre gérant), nous apprend aussi que la fermeture des bars influe sur le moral des locaux, qui ne gagnent plus d’argent comme avant. On ne va certainement pas les plaindre dans ce cas de figure, surtout que ces tenanciers de bars sont pour nous moralement responsable de la mort de vingtaine de jeunes, certes majeurs et idiots (c’est dur mais nous le pensons, au même titre que des amis peuvent prendre la voiture saoul pour rentrer, c’est dangereux et idiot les gars et vous le savez) mais quand même! En tant que barman nous-mêmes, nous sommes bien placés pour savoir qu’on ne laisse pas rentrer en voiture quelqu’un de bourré à l’alcool de l’établissement, quitte à déclencher la colère ivrogne du client. C’est un exemple parallèle mais vous saisissez l’idée.  De plus, les tribus des villages alentours se sont beaucoup plaints du bruit de Vang Vieng et du comportement des blancs. Après cela, il y en a qui se demandent pourquoi certains Asiatiques nous tiennent en basse estime…  Quoi qu’il en soit, la population de Vang Vieng est en passe de se modifier et je le souhaite ardemment car c’est un paysage superbe qui l’entoure.

Bref, nous, nous sommes ravis. Nous restons deux journées complètes à Vang Vieng, louant une moto (les plus mauvaises de toute l’Asie que nous connaissons mais bon!) et roulant dans les alentours, découvrant les innombrables grottes des montagnes environnantes. A chaque fois, c’est payant donc nous sélectionnons. Comme je suis légèrement claustrophobe, nous visiterons une grotte en profondeur, à l’aide d’une guide et de lampes, il fait noir comme dans un four et c’est très impressionnant. Et suffisant:-). Sinon, nous nous baladerons dans la campagne, presque seuls à chaque fois (nous démarrons tôt pour éviter les touristes en masse).  C’est calme, c’est la nature, le Laos est vraiment un pays vert et précieux à nos yeux. Et heureusement, de nombreuses agences d’écotourisme veillent à préserver ses inestimables richesses.

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Vang Vieng

Le 15 février, hop, bye bye l’ex-coin des jeunes, on se dirige vers Phonsavan, la ville qui jouxte la plaine des Jarres. Un haut-lieu historique car bombardé assidûment par les Américains. Nous resterons deux nuits et nous ferons la connaissance de Johanna, une jeune Parisienne qui a débuté son voyage d’un an il y a seulement un mois. Nous resterons ensemble pendant quelques jours, elle est sympathique et prévenante, nous allons réserver notre journée dans la plaine des Jarres ensemble. Nous optons pour le mini-van afin d’avoir un prix de groupe (que notre hôtel-au patron fort peu sympathique nous refusera- nous irons donc voir ailleurs). Nous dénichons d’autres participants, et finalement nous serons deux Belges, deux Suisses, un Allemand, une Française, un Israëlien et un Chinois pour la journée. Un groupe fort dynamique et de bonne humeur, super des touristes comme on les aime! Nous allons sillonner les trois sites durant une bonne partie de la matinée et de l’après-midi, seul le premier site est bondé de touristes (il est plus accessible). Les Jarres présentes dans ces plaines n’ont pas d’origine archéologique connue, certaines ne proviennent même pas du Laos et leur fonction est totalement inconnue. C’est le mystère du Laos, qui donne un cachet particulier- et magique- à toute cette nature parsemée de Jarres immenses… Et aussi de cratères de bombes et de mines encore actives, nous sommes donc priés de ne pas quitter les sentiers… Réalité quand tu nous tires du rêve… Le souvenir le plus atroce de cette journée (et d’une bonne partie de notre voyage) est que j’ai eu le malheur de me trouver dans un restaurant local lorsque lesdits locaux ont décidé de tuer un chien (à coups de bâtons dans le cou après l’avoir étourdi mais il geignait toujours c’était horrible et je voulais vomir) et ensuite de le cuire… J’avais déjà vu des chiens en vente (et bien morts) au Cambodge, mais là c’est trop pour ma sensibilité de petite Belge amoureuse de son Loulou et de tous les animaux pratiquement. Mais c’est ainsi dans ces pays d’Asie, comme les cochons et les poules, les chiens se mangent… A moi d’en faire mon parti… Ou de me boucher les oreilles et les yeux… (ce que j’ai fait). A part ce moment très dur pour moi, nous avons tous beaucoup ri. En effet, notre Chinois, le seul parmi le groupe à ne pas parler anglais, n’arrêtait pas de vouloir nous semer et tenait absolument à se balader partout. Sur le premier site, nous l’avons perdu parmi un autre groupe de Chinois et l’avons attendu pendant une bonne vingtaine de minutes près du van. Après cela, nous ne le lâchons plus du regard (déjà un Chinois qui voyage seul ce n’est pas normal!). Sur le deuxième site, ce sacré Chinois nous a donc entraînés sous un soleil de plomb à travers un chemin menant en haut d’une colline. Ce n’est pas comme si il nous prévenait, non non en Chinois Shmet, pfuiiiiit il disparaissait mais nous étions au taquet « where is the Chinese guy??? » pouvait-on entendre à intervalles réguliers, et hop on lui courrait après pour ne pas le perdre dans cette nature immense qui entoure les Jarres.  Sur le troisième site, ahahaha!!! Il ne pouvait pas s’échapper, le site était barricadé (sûrement à cause des mines) et nous l’avons observé caracolant tout autour des limites, persuadé de sa frustration de ne pouvoir nous échapper. Oui, grâce à lui, nous avons bien ri! Sur le chemin du retour, nous avons pu admirer un vieux tank russe (esseulé au milieu de rien) et nous avons profité d’un petit arrêt culturel sur la confection du whisky local, le Lao-Lao. C’est honteusement peu cher (une bouteille coûte 1 euro) et ainsi que nous l’expliquait la dame baba cool Suisse « The first drink is disgusting, the second too, after the third, you don’t care anymore! »:-) Mais nous n’y goûterons pas, nous sommes sages depuis le Cambodge, cela nous fait du bien au corps et à l’esprit! Nous clôturons Phonsavan par un repas le soir avec Johanna et Itaï (l’Israëlien du groupe) dans un petit restaurant local, bien sympathique et goûtu! La coupure d’électricité qui assombrissait la ville depuis des heures s’est arrêtée juste à temps pour nous permettre de voir ce que nous avions commandé!

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Phonsavan

Le dimanche 16, en compagnie de Johanna, nous prenons la direction de Luang Prabang, ancienne capitale du Laos et ville classée au patrimoine mondial de l’Unesco. Comme à Vientiane, c’est cher, c’est surpeuplé de touristes et c’est très joli. Nous nous y baladerons deux journées, Luang Prabang est un haut-lieu du bouddhisme et recèle en tout une trentaine de temples. Nous n’allons pas tous les dénicher (nous commençons à en avoir vu quelques-uns…) mais nous prendrons beaucoup de plaisir, comme toujours, à en explorer certains, toujours émus par leurs couleurs, leurs histoires des temps passées dessinées sur les murs (et à Luang Prabang remarquablement conservées) et les bouddhas qui siègent, paisibles et souriants, sur leur fleur de lotus ou sur un nagas immortel et bienveillant. C’est ici que nous dirons au revoir au Mékong, désormais nos chemins se séparent… Nous irons également visiter le Musée National qui est en fait l’ancien Palais Royal, là où les souverains ont vécu jusque dans les années 70, avant que le Pathet Lao les fasse abdiquer et les enferment dans des camps, où ils sont probablement morts. C’est un superbe palais, riche en bouddhas, en cadeaux des autres nations. La seule chose à laquelle nous n’assisterons pas à Luang Prabang est la cérémonie d’aumône des moines dans le jour qui se lève. Cette cérémonie est célèbre par sa beauté mais justement, nous perdons confiance en le comportement du touriste. Beaucoup d’avis-bien trop polis selon moi c’est asiatique- sur les portes des temples demandent aux touristes « maladroits » de ne pas trop s’approcher des moines, de ne pas utiliser de flash pour ne pas entraver leur méditation et leur aumône. Semi par paresse et semi par respect pour eux (les moines donc!), nous n’irons pas les voir.

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Luang Prabang

Mais Bruno et moi avons besoin de nature pure et dure et nous décidons, avant la Thaïlande, de nous enfuir encore plus au nord, à Luang NamTha, là où se trouve l’immense jungle appelée « parc naturel de Nam Ha » afin d’y faire un trek. Nous fuyons le tourisme de masse, après une dernière soirée resto avec Johanna, qui se dirige par la suite au Vietnam, et un dernier déambulement dans le marché de nuit de Luang Prabang, qui est magnifique et immense.

Luang Nam Tha est minuscule, peu peuplée et ça fait du bien! Le premier soir, nous mangeons avec Pierre, un jeune français très sociable et détendu rencontré dans notre mini-van. Il confirme mes craintes pour la cérémonie des moines, à laquelle il a assisté à Luang Prabang. Il a été choqué par la grossièreté de certains touristes à la promiscuité et au flash puissant. Il a même discuté avec un jeune moine à ce sujet, ce dernier lui expliquant qu’en effet, ils en avaient assez de se sentir pris pour des attractions de foire dès les premières heures de la matinée… A bon entendeur, messieurs-dames les grossiers personnages…

Le lendemain, suivant le bon feeling d’un couple français, nous nous rendons dans une agence de trek écologique (elles le sont quasiment toutes au Laos c’est un point plus que positif pour ce pays, qui souffre comme les autres pays d’Asie d’une pollution immense). Nous optons, surtout pour le budget, pour un trek de trois jours dans la jungle avec six autres touristes, accompagnés de guides. Nous dormirons dans des camps de jungle et nous ne rencontrerons pas de tribus. On veut de la nature, on va l’avoir! Le lendemain, on est fin prêt, je suis juste un peu inquiète sur le caractère des autres participants mais dès qu’on se rencontre, mes inquiétudes font place à une énergie de bonne humeur: ils sont tous supers sympas: deux ornithologues américains vivant en Chine, Bill et Paul, un couple adorable américano-canadien du Québec en la personne de Jimmy et Mélanie, un autre couple discret et tout gentil qui vient d’Angleterre, Catherine et Stewart. Plus Kong, notre guide, et Francie, une jeune allemande qui a posé ses bagages quelque temps à Luang Nam Tha afin d’aider l’agence de trek à promouvoir ses produits. Nous rejoignent au village de base deux autres Laotiens, un couple je pense bien, qui seront nos porteurs. Comme au Vietnam, je serais bluffée devant le poids qu’ils savent porter pendant des heures et sur des sentiers difficiles et éprouvants. Avant le départ, nous allons faire un tour au marché de jour de Luang Nam Tha, afin d’y prendre le riz, les légumes et la viande nécessaires à nos repas. A notre grand déplaisir, et à la tristesse de Kong qui travaille à la préservation de l’environnement, nous verrons parmi la viande deux petits félins (semi-léopards, semi-guépard me semble-t-il mais je ne suis qu’une profane), morts et à vendre. Il est strictement interdit de chasser certaines espèces, en voie de disparition, mais certains locaux n’en ont cure et les tuent, en tirant un excellent prix. Devant mon regard dégoûté, une femme va prestement recouvrir le félin de carton, on ne sait jamais que je sois une journaliste et que je dégaine mon appareil photo…

C'est parti!!

C’est parti!!

Et puis nous voilà parti, en ce matin du 22 février pour les trois plus belles journées que nous ayons passé au Laos! Que je mette les choses au clair: ce trek était dur, éprouvant, et je ne le conseille pas à tout le monde. Mais la dynamique de notre groupe, l’humour de Kong et le sourire de nos porteurs ont rendu le tout magique et unique. Nous avons dormi les deux nuits dans des grandes cabanes, seuls au milieu de la jungle. Nous avons grimpé et descendu pendant trois jours les montagnes, Kong nous traçant le chemin avec sa machette, la végétation nous avalant. De temps en temps, nous avions un appel de paysage, un trou dans les arbres et nous voyions l’horizon, la jungle à perte de vue. Nous avons observé des dizaines d’insectes, des oiseaux, un écureuil géant,des plantes, appris sur les bienfaits de certains arbres, des bambous qui servent à tout. Nous nous sommes baignés dans la rivière pour certains d’entre nous, nous nous sommes tous fait bouffer les pieds par les sangsues, on a tous glissé sur les feuilles glissantes, on a traversé des rivières plusieurs fois, on a subi une grosse averse alors que normalement il ne pleut jamais en cette saison, mais par dessus tout nous étions heureux d’avancer ensemble dans cette jungle immense. Francie nous faisait rire par ses râleries (elle disait tout haut ce que je pensais en grande partie tout bas): « ça monte trop, Kong porte moi sur ton dos, et je n’ai plus de cigarette ça doit être ça ma perte de moral, putain Kong tu es fou de nous faire marcher autant etc etc » mais elle avançait, veillant sur nous et rigolant autant que nous. Kong lui renvoyait la balle, nous faisait rire dans les moments d’ascension ou de descente difficile, il a fait des pauses exactement quand il fallait, le soir il nous racontait plein de blagues alors que nous étions tous crevés et endormis pour le souper. Ce trek était génial et unique, j’ai bien peur qu’il soit difficile de dépasser en qualité humaine ce que nous avons vécu pendant ces trois jours. Je n’aurai pas autant aimé la jungle si nous n’avions pas été avec eux tous, la dynamique de chacun rendait l’ensemble du trek tout simplement parfait. Grâce à Francie cependant, l’agence s’est améliorée sur la description des différents treks. Comme pour le Vietnam, il faut savoir que la jungle est le jardin de ces Laotiens-là, pour eux, rien ne semble difficile. Francie a modifié certains treks décrits comme « facile » en « difficile » car beaucoup de touristes se plaignaient des sentiers et du confort rustique de l’endroit. Nous, on s’en fiche du rustique, on aime ça mais nous étions tous d’accord pour dire que nous ne nous attendions pas à autant de techniques dans la marche. Il fallait vraiment, vraiment, regarder où l’on posait les pieds, ça glissait, il y avait des fossés, des sentiers très très étroits, des descentes où sans les arbres pour nous aider, on aurait pour la plupart dégringolé des centaines de mètres sans pouvoir s’arrêter. Il y avait différents niveaux parmi nous, mais aucun n’avait jamais fait la jungle ainsi. C’était super.

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Luang Namtha (Jungle Trek!!)

C’est sur cette note de nature, de belle entente et d’humour que nous avons quitté le Laos. Puissent ses habitants et les étrangers bienveillants préserver sa nature immense et unique, qui en fait un pays tout à fait extraordinaire. Puisse tout ce vert, ces arbres, toute cette faune et cette flore vivre loin des investissement chinois qui procèdent lentement à une déforestation. Que les gens intelligents, sensibles et amoureux de notre planète continuent de protéger l’essentiel de la Terre, nos océans, nos montagnes, nos forêts, nos animaux, que nous traitons parfois si mal et si négligemment. Que chacun se réveille, se regarde dans un miroir et agisse. Il suffit de prendre des douches moins longues, il suffit de couper vos lumières quand vous n’êtes pas dans une pièce, de ne pas chauffer partout, tout le temps. Il suffit de recycler vos déchets, de les jeter à la poubelle, pas dans la rue. De prendre moins la voiture, et plus le vélo. Moins l’avion et plus le bus, le train. De consommer plus bio, de valoriser les produits naturels. Et pour les gens riches, donnez votre argent, à des compagnies qui veillent sur les enfants du monde, sur l’environnement, sur l’écologie et la vraie Vie. Nous n’avons pas besoin de tant d’argent pour vivre, encore moins de beaucoup d’argent pour être heureux, bien au contraire. J’en suis persuadée.  Il faut prendre conscience que la véritable richesse n’est pas dans les investissements du business de masse, des rapports commerciaux faussés et truqués, des sourires figés, mais dans les rapports humains simples, parfois rudes car sincères et la protection de l’environnement. Tous les jours, tous, nous pouvons protéger notre planète et nous pouvons l’enseigner à ceux qui nous écoutent (et nous lisent!), à nos enfants, nos voisins, même nos parents parfois. Je suis convaincue que l’espèce humaine n’est pas en majorité mauvaise mais bien égoïste et inconsciente, aveuglée par de faux miroirs, d’espoirs faussés, qui nous projettent un avenir de paillettes et d’éphémères, de faux bonheurs et de confort des cages dorées. Ce qui est important c’est de s’en rendre compte et, pas à pas, de poser les gestes qui changent. Nous comme tant d’autres nous y travaillons tous les jours. Nous comme tant d’autres, nous réalisons notre égoïsme et parfois notre futilité de réaction devant certains problèmes. Il n’est pas tant important d’aller vite (même si dans certains cas c’est préférable) que de faire les choses bien. Et de le faire tous les jours, un peu plus.

Bruno: On pourrait dire qu’il est difficile de faire tous ses efforts, mais ils peuvent vite devenir des habitudes (le tri, la marche, le vélo…). C’est surtout une question de volonté, d’avoir envie d’agir. On pourrait également dire que ça ne sert à rien, que c’est infime en comparaison de l’Etat, des multinationales, etc, mais plutôt que d’attendre que le haut de la pyramide agisse en ce sens (et est ce que c’est dans son intérêt pour le moment?), donnons nous même le ton, en bas de la pyramide, pour créer de nouvelles bases. Et comme ça on ne pourra pas dire qu’on nous l’impose… (suite des pensées de Brubru dans une autre rubrique;-) )

Quand on traverse la planète en s’arrêtant sur ce qui est beau et vrai, alors on comprend toujours un peu plus à quel point on est peu de choses et combien on doit à notre nature. Respectons-là et aimons là à sa juste valeur. C’est notre combat depuis longtemps et ça le restera.

Sur ces paroles je vous laisse chers amis-famille, que mes mots vous atteignent me fera plaisir, que vous n’ayez pas besoin d’eux pour agir sera encore mieux.

On se retrouve ici dans un mois, après la Thaïlande, un autre visage de l’Asie, une autre culture, une autre saveur, un autre bonheur…

On vous aime, vous nous manquez.

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Catégories : Laos | 3 Commentaires

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