Le départ vu neuf mois après…

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Je vous écris ceci presque neuf mois après le début de notre voyage. La distance et le temps me permettent de mieux comprendre les émotions qui nous habitaient ce jour-là.

LE 23 juin, Bruno et moi nous avions décidé de partir pour un tour du monde. Et, chose peu courante, nous partions à pieds. Notre itinéraire n’était pas trop précis, nous pensions marcher et faire du stop jusque Paris et ensuite Montpellier, deux étapes où nous avons retrouvé ma famille et des amis. Pour le reste, nous savions seulement que notre visa russe prenait effet en septembre nous avions donc deux mois en Europe. On avait décidé de se laisser porter au gré de nos envies, de nos coups de coeur, peut-être l’Europe de l’Est, peut-être pas, on verrait! 0n ne savait pas non plus combien de temps on partait, on espérait tenir deux ans et finalement ce sera une année. Nous partions avec 13.000 euros à deux. Ce n’est pas beaucoup mais c’est plus qu’il n’en faut lorsque qu’on est curieux, décidé de vivre à petit budget et amoureux du monde.

Le 23 juin 2012, une date qui restera gravée comme le début d’une nouvelle vie pour nous deux, de nouvelles attentes, de nouveaux espoirs, des rêves plus précis. Mais aussi des peurs, des doutes, des questions et des remises en questions.

Ce jour-là, on s’est réveillé avec tout d’abord une bonne gueule de bois, soirée de départ oblige avec notre famille. On s’est aussi réveillé avec de l’excitation, triste mais heureux, affairé mais un peu perdu aussi. On a bouclé nos sacs et c’est là qu’on s’est rendu compte qu’ils étaient trop lourds. 18 kg pour moi et 23 kg pour Bruno. Mais impossible à ce stade-là d’enlever quoi que ce soit, tout nous semblait indispensable. On partait donc avec ce poids-là. Un dernier repas, où nous n’avons pas pu avaler grand-chose, et nous voilà sur la route de ma maison d’enfance, une route que je connais par coeur et qui nous mènera jusqu’à la France. Des au-revoirs évidemment plein d’émotions, nos soeurs et mon beau-frère nous accompagnent quelques kilomètres encore et puis c’est la vraie déchirure, la grande séparation.

Ceux qui n’ont pas tenté cette expérience ne pourront sans doute pas comprendre (sans vantardise aucune, il s’agit juste d’un fait, basé sur du vécu). Partir à pied, je m’en suis rendu compte dès les premiers instants, c’est très difficile. Bien entendu, cela dépend de votre caractère, votre expérience du voyage et votre débrouillardise en tant que « routard ». Bruno possédait déjà de bonnes expériences en matière de voyage, il est solide et réfléchi, rassurant et lucide, il était donc assez sûr de lui même si bien sûr, il était aussi empli d’émotions et de vertiges quand à ce grand départ. Mais pour moi, c’était tout l’inverse: je ne viens pas d’une famille de voyageurs, je n’avais jamais eu l’occasion de beaucoup bouger par moi-même (l’argent étant le principal problème) et maintenant, je me rends compte que seuls ma volonté d’avancer et ma confiance en Bruno m’ont permis de passer le cap de ces premiers jours. Les deux premiers soirs, nous avons dormi dans notre tente, dans la nature. Mais nous étions si près de chez nous que cela était encore plus dur de réaliser que nous partions pour longtemps et très loin. Le temps était pluvieux, venteux, nos sacs étaient lourds et mon moral avait du mal à suivre. Le troisième jour, nous sommes arrivés à Cambray, dans le nord de la France et de là, nous avons décidé de prendre le train pour arriver jusqu’à nos prochaines destinations. Je pense que j’étais encore trop effrayée, trop abasourdie par l’aventure pour supporter la marche le long de nationales, avec les voitures qui passent à toute vitesse, les odeurs de gasoil et le macadam. Nous aurions pu faire du stop mais nous n’étions pas plus motivés que ça. Maintenant je sais que ce dont nous avions besoin (surtout moi), c’était tout d’abord de se poser tranquillement à Paris, à Montpellier, afin de laisser l’euphorie du voyage nous gagner. Et ce sont les instants, très précieux, passés avec ma famille de France et nos amis du sud, et ensuite de l’Italie, qui m’ont permis de me gonfler à bloc et de me jeter avec tout mon entrain retrouvé dans mon rêve le plus cher: découvrir le monde. Bruno étant le compagnon rêvé pour moi, il a compris tout cela bien avant que je réalise moi-même les sentiments qui m’habitaient ces premiers jours. C’est lui qui a décidé de prendre le train, qui m’a poussé dans les bras de ceux que j’aime afin que je me « regonfle à bloc ». Je pense qu’il a vu avant moi la petite fille perdue au début de son rêve et qui ne sait pas comment faire pour le rendre réel mais beau à la fois. Il a compris que je dépassais mes limites avec ce départ à pied parce que c’était mon premier vrai départ. Il m’a soutenue dans tous mes premiers moments difficiles, et grâce à lui, il n’a m’a pas fallu longtemps pour me sentir à ma place, peu importe ce que les personnes autour de nous en pensaient.

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Cela fait presque neuf mois à présent et il me semble que c’est si loin déjà, presque des années-lumières, de ce que nous sommes aujourd’hui. Le voyage transforme les gens, les confrontent directement à eux-mêmes et la route nous a grandi, nous a appris. Surtout moi, Bruno possédait déjà cette lumière qui habite les voyageurs, ceux qui n’ont pas peur de l’inconnu, qui l’espèrent et qui ont confiance, toujours, en les étoiles sur le chemin. Nous apprenons tous les jours de nous-mêmes, nous avons encore tant à apprendre et à découvrir mais nous pouvons déjà observer le chemin que nous avons arpenté. Et nous en sommes fiers. Je pense qu’aujourd’hui, je repartirai à pied, le coeur plus léger et la tête en accord avec les jambes. Mais il y a quelques erreurs que je ne referais plus. Si vous êtes intéressés par un grand voyage dans le monde à pied, principalement, alors permettez-moi de vous citer ce que je considère comme « nos » erreurs.

Tout d’abord, le sac. Nos sacs étaient (et sont toujours bien que nous ayons renvoyé notre tente, notre réchaud et d’autres bricoles au fil des mois) trop lourds. J’avais lu quantité de livres de marcheurs confirmés qui ont été très loin et longtemps, leur sac ne dépasse jamais 10 kilos. « Qui veut aller loin ménage sa monture » dit l’adage et il est fort sage. Si vous voulez marcher longtemps, alors prenez soin de votre dos et de vos jambes. Ne dépassez pas les 10 kilos. Il existe quantité de « trucs » utilisés par les grands marcheurs de ce monde pour alléger un sac: couper votre brosse à dents, ne prendre qu’un demi-tapis de sol, quelques vêtements essentiels mais rien de plus, etc etc.
Si par contre, vous êtes plutôt comme nous, c’est-à-dire, de la marche mais pas tous les jours, et que vous privilégiez les bus, les trains, le stop pour voyager, alors le poids de notre sac actuel est juste ce qu’il faut: 16 et 18 kilos . Il nous permet de marcher sans trop souffrir mais jamais trop longtemps. Bien sûr, cela dépend aussi de votre poids, de votre taille et de votre volonté. Bruno et moi sommes petits et pas bien gros ( 1m63 et 53 kg pour moi, 1m70 et 63 kg pour Bruno) et le poids de nos sacs est juste à la limite de ce qu’il nous faut pour notre voyage. Nous n’avons pas non plus l’envie de gambader dans les montagnes pendant des jours avec ce poids-là. Quand nous le faisons, notre sac ne dépasse pas les 10 kilos. Sinon, nous ne profitons pas de notre trek. Cela c’est notre point de vue et notre expérience, basée sur notre morphologie et nos ressentis.

Ensuite, et bien, dans les premiers jours de notre voyage, j’ai compris une chose essentielle: c’est NOTRE voyage. Pas celui des autres. J’ai commis l’erreur de trop écouter mon entourage pour ce voyage. Nous ne voulions pas trop l’organiser, ça c’était un fait. J’ai lu quantité de blogs de gens ayant prévu un itinéraire tellement serré à l’avance que je sais maintenant qu’il est de toute façon improbable qu’il se réalise. Le voyage, c’est aussi l’imprévu, les coups de coeur, les changements d’avis, de cap. Et c’est l’inconnu, pourquoi trop prévoir? Mais il fallait quand même que l’on ait un minimum de directives, donc nous savions que nous partions à pieds, et que la Russie nous attendait en septembre 2012. Nous savions que nous allions voir des amis en France et en Italie. Et c’était tout! En fait, c’était très bien comme ça! Ce que je ne ferais plus, c’est assurer à l’entourage que nous allons marcher beaucoup, dormir sous tente tout le temps et leur donner un itinéraire trop précis ( « on passe par là, et ensuite on mettra autant de jours pour arriver là, etc etc) par exemple. En faisant cela, nous ne faisions que combler leurs attentes et leurs espérances pour NOTRE voyage.Nous donnions des assurances alors que nous ne savions même pas si nous allions les tenir, puisque nous avions décidé de nous laisser vivre au gré de nos humeurs et de nos envies. Mais j’ai eu besoin des premiers jours pour pleinement le réaliser. C’est le manque d’expérience qui nous a fait agir de la sorte, par besoin de conseils, d’entendre d’autres voyages vécus, de se rassurer aussi certainement. Aujourd’hui, je sais que, même si, parfois, les amis et la famille ne sont pas malveillants à vouloir conseiller, orienter, diriger même, il ne faut pas les écouter au point de vouloir copier des méthodes. Il faut partir et s’écouter soi sur le chemin, c’est tout. Nous sommes partis à deux, nous avons donc toujours discuté à deux. Encore une fois, sans vantardise aucune, ceux qui n’ont pas fait ce genre de voyage ne peuvent sans doute pas comprendre (tout comme nous ne pouvons pas comprendre d’autres expériences). J’utilise le terme « comprendre » pour signifier une empathie profonde. Et la seule vérité que j’ai retenu, en ce qui nous concerne, c’est que sur la route, on est confronté à soi et à l’autre en permanence.

C’est la plus belle richesse que le voyage puisse vous apporter, en plus des « chocs » culturels, des rencontres avec les populations, des émerveillements devant tant de paysages. C’est la richesse, l’opportunité qu’il vous est donné de vous connaître à fond, de tester vos résistances, vos limites, tous les jours devant tant de situations données et, souvent, inattendues. Bruno a, dès les premiers jours, résumé notre voyage à une seule phrase « Quand il y a un problème, il faut qu’on se dise qu’il y a toujours plusieurs solutions, à nous de choisir celle qui nous correspond afin de voyager dans les meilleures conditions possibles ». Il avait tout à fait raison. C’est pour cela que nous avons pris des trains, des bus au lieu de marcher le long de nationales pendant trop de jours. Pour cela que nous avons pris le temps avec des amis au début de notre voyage. Et, en même temps, nous avons appris à devenir plus fort, à discuter de nos défauts aussi et d’y travailler un peu, tous les jours. Mais par dessus-tout, je le répète, nous avons compris qu’il s’agit de notre rêve, de notre voyage et que c’est à nous de le vivre comme nous le voulons. Une fois que vous êtes en accord avec cela, alors la balade sur la Terre devient la plus belle des lumières.

Enfin, ce n’est pas vraiment une erreur mais je terminerai avec une note sur l’argent, le nerf de la guerre, du voyage. Nous avions prévu 13000 euros, nous pensions pouvoir tenir deux ans en Asie avec cela. En fait, comme nous avons passé les deux premiers mois en France et en Italie, notre budget avait déjà minci quelque peu. Ensuite, nous avons découvert que nous adorions fouiner partout, et que parfois, il fallait payer pour cela. Un trek, un musée, la découverte de la Mongolie, la grande Muraille, les sites historiques… Et si il est tout à fait possible de vivre à moindre coût, de faire du stop sur les routes, de snober les temples, les musées, nous ne faisons cependant pas partie de cette catégorie. Nous aimons payer lorsque c’est pour apprendre, pour aider les locaux, les guides et leur famille à vivre, pour découvrir des grands monuments historiques. Donc, la dernière chose que je ne ferais plus non plus, c’est de nous stresser trop avec l’argent. Nous avons vite arrêté de le faire, du moins de nous en inquiéter à l’extrême. Bien sûr, nous négocions les prix, nous regardons toujours les guesthouses les moins chères, les restaurants des locaux, nous discutons le prix des treks en fonction des participants et nous sélectionnons nos pays pour le coût de la vie également. Mais nous ne rechignons pas de temps en temps à nous offrir une visite plus coûteuse si elle en vaut la peine. Nous avons donc alourdi quelque peu notre budget en rognant sur les économies du futur, nous allons donc dépenser, en un an, près de 16.000 euros. S’ajoute à cela les cadeaux de la famille et des amis pour nos anniversaires, qui nous aident aussi à profiter du voyage, merci à vous, du fond du coeur! Grâce à tout cela, nous profitons d’une année extraordinaire en Asie. Merci.

Du 23 juin 2012 à aujourd’hui. Il y a eu tellement de chemin, de ressentis, de rencontres et d’apprentissages que tout cela ne tiendrait jamais dans une trilogie. Mais j’essaye de mon mieux de vous faire partager notre aventure, dans les bons et les mauvais côtés! Bienvenue dans notre épopée!

En Birmanie!

En Birmanie!

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8 Commentaires

8 réflexions sur “Le départ vu neuf mois après…

  1. claudine (Maman de Bruno)

    Et merci Elo pour cette évocation d’un parcours à deux choisi en toutes connaissances de cause.

  2. Maman (d'Elodie)

    Toutes ces réflexions sont importantes, pour toi, pour vous deux et pour nous aussi… En tout cas, je ne me lasserai jamais de lire tes textes, il faudra un jour en faire quelque chose de plus « visible », je ne sais pas quel mot employé en fait… Pourvu que l’avenir soit à la hauteur de vos rêves d’aujourd’hui!
    Et pourvu que vous restiez toujours aussi complices .

  3. Maman (d'Elodie)

    Il faut lire EMPLOYER et non EMPLOYE…. J’ai envoyé trop vite….

  4. Maman (d'Elodie)

    Je m’en doutais….

  5. Je me dis être rond (de forme physique), mais carré (d’esprit). Cet article « flash back » m’apporte une vue « hélicoptère » bienvenue et bienfaisante. Si « les voyages forment la jeunesse », alors les voyages de la jeunesse portent à (re-)former la vision des points de vue de (certains de) la « vieillesse ». Tous comptes faits : les jeunes ont besoin des vieux … et vice versa. « Bref » (comme aurait pu dire l’ ‘autre’) : si on s’entendait, on ne devrait s’écrire. Pensez aux conséquences pour l’emploi ! (= tous ceux et celles qui vivent parce que certains écrivent pour communiquer à d’autres) ! Skip « skype » ! ? ! Bon, bon, bon. On a préparé une chanson pour le retour de Bruno vers chez nous: http://www.youtube.com/watch?v=ybKIngsvLu8

  6. Cath

    en facebookgeek, je like cet article! VOTRE voyage, c’était ca la clé de tout je pense!

  7. Isabelle Lemaire

    Je découvre…et cela me donne envie de faire découvrir. Je ne sais lire que de temps en temps mais cela fait vraiment penser à une initiation votre périple. Comment ne pas penser à Kerouac? En tous cas ce qui est certain, c’est que je vais transmettre…à certaines personnes qui me semblent habitées du même virus que vous…

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