Etre ou vivre?

Voilà je m’emballe…

J’ai fait la distinction entre vivre et être dans l’article précédent, je vais maintenant tenter d’expliquer comment je suis arrivé à cette nuance.

Comme je le disais « être » est pour moi un verbe d’état. A une certaine époque, il était au centre des discussions et des écrits.

Pour Descartes « être » signifie bien « être vivant ». Le doute implique que quelqu’un doute, pense et donc est.  Sa question était donc bien de savoir si nous existions ou pas. Je ne rentrerai pas plus dans les détails, mes cours de philo sont loin!

Etre ou ne pas être, telle est aussi la question que s’était posé Shakespeare à l’époque. Reste à savoir comment il percevait l’être (je n’ai malheureusement jamais travaillé ce texte).

La question de l’âme, du vivant ou mort n’est plus celle que l’on se pose actuellement. Du moins ce n’est pas ce que je ressens.

Lorsque nous nous présentons à quelqu’un, ce qui nous qualifie est ce que nous sommes dans la vie, c’est à dire notre travail. La réussite et la reconnaissance ne sont plus que sociales, liées directement à la profession exercée et par extension à l’argent gagné. Quelles sont finalement les premières réflexions que l’on se fait sur les métiers des autres?

« Avec tel ou tel job, il doit bien gagner sa vie!! » ou  » C’est pas avec son travail qu’il pourra s’acheter une maison, une voiture, partir en vacances etc etc »

Dès que nous commençons à travailler viennent les questions d’épargne pension (je ne remet pas du tout en cause le système de solidarité mais plus la façon dont il est présenté). Ces discours soigneusement élaborés pour que vous acceptiez un plan épargne sont également destinés à vous faire  peur pour votre avenir, si vous refusez de participer à ce système.

Autant de signes extérieurs de richesse qui ne nous font observer que la surface des personnes.

Cette pression sociale axée sur la réussite, selon des critères établis par nous mêmes et donc par la société qui nous dirige, nous emprisonne dans une évolution type de la société.

Bien sûr nous avons tous besoin d’argent, et il ne faut pas oublier que nos grands parents et arrières grands parents ont sué corps et âmes pour que la génération puisse étudier, vivre confortablement. Mais l’individu en est maintenant réduit à avoir des objectifs purement matériels, à en oublier de vivre pour autre chose.

On pourrait dire que c’est un luxe de vivre autrement, mais sortir des sentiers n’est pas si facile et peut réserver pas mal d’embûches (j’imagine, je ne les connais pas tous encore!). Je pense plutôt que c’est un choix, le choix de prendre une voie légèrement différente.  Et finalement d’être tout simplement, au sens propre.

Finalement c’est prendre un chemin où l’être est au centre des préoccupations  L’épanouissement personnel prend alors le dessus sur la pression sociale. Et au lieu d’être employé par la société, on emploie la société pour soi, pour effectuer ses projets et parvenir à son épanouissement personnel.

* Note d’Elo: Un épanouissement personnel est essentiel pour une osmose avec la société, un partage avec notre famille, nos collègues, nos amis. Or, il devient de plus en plus difficile de s’y attarder, car « on » (le système, la société) nous vend du rêve en papier mâché et en quantité invraisemblable. Tout cela nous fait peu à peu oublier que l’épanouissement personnel ne vient pas de l’extérieur. L’extérieur peut nous fournir les outils, les tremplins, les envies. Mais le véritable épanouissement commence au fond de soi, au fond de l’Être et se travaille avec et par soi.* (Elle dit ça bien non? J’approuve en tout cas :-))

Celui qui travaille pour ses projets plutôt que de se fondre dans le système doit selon moi se sentir beaucoup mieux et épanoui.

Cette vision n’implique pas vivre sans difficultés, mais bien au contraire de les affronter pour parvenir à ses fins (ça ce sera pour un autre chapitre).

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12 Commentaires

12 réflexions sur “Etre ou vivre?

  1. Maman

    Merci Bruno pour tes réflexions. Je trouve qu’il faut du courage pour exprimer tout cela.
    Quant à moi, je ferai surtout la distinction entre ETRE et PARAITRE. L’argent n’empêche pas d’être quelqu’un de respectable tant qu’il ne sert pas à paraître ce qu’on n’est pas.

  2. L’esprit du troupeau… C’est bien mieux de se distinguer et d’être soi-même. Parfois difficile de (devoir, vouloir) résister, aussi. [Alain, aujourd’hui banquier « SDF » … pour s’être exprimé]

  3. Huart

    Tu parles d’argent et de pression sociale, ou encore de la « mauvaise! » société que vous avez choisi de ne pas suivre; mais tu n’expliques pas ta nuance entre vivre et être; ou bien j’ai pas compris.

    • Bruno

      Pour le être-vivre. Vivre c’est selon moi travailler à son épanouissement, ce qui permet d’être vrai.
      Alors que être-paraître ne le permet pas forcément.

  4. Huart

    Comme Dieu à créé l’Homme à son image, l’Homme à crée la Société. Ce n’est ni bon, ni mauvais; c’est ainsi
    Et je pense qu’il n’y a surtout pas de bouc émissaire qui est la « mauvaise » société « qui nous dirige ».
    Par contre il y a des choix, qui ne nous sont dicté par personne. Des choix qui sont les nôtres et dont nous sommes seul responsable, et qui ont fait que nous vivons dans une société tel que celle ci.
    Libérons nous de la société!
    Pas en la rejetant ou en la fuyant.
    Mais en faisant d’elle ce que nous voulons qu’elle soit!

    PS: au fond c’est peut être ça aussi que tu veux dire par « des critères établis par nous mêmes et donc par la société… » dans ta phrase « Cette pression sociale axée sur la réussite, selon des critères établis par nous mêmes et donc par la société qui nous dirige, nous emprisonne dans une évolution type de la société »,
    Mais c’est ce « qui nous dirige »…
    Pour moi c’est comme si tu enlevais à toute une partie de la population leurs capacités à raisonner ou à faire des choix.

    C’est dur de sortir des sentier battu, de suivre ses rêves, ses envies, …
    Les gens qui n’y arrivent pas, qui n’arrivent pas à sortir de l’inertie du quotidien ne sont pas des victimes du système, ce sont les victimes d’eux mêmes, de leurs peurs.
    Et ce n’est ni bon, ni mauvais, c’est ainsi. Chacun son rythme.

    Je pense que nous devons nous responsabiliser par rapport à ça, il est trop facile d’accuser quelqu’un, ou quelque chose, de nos malheurs.

    Bref,
    On aura de grandes discutions animées en Inde, j’en suis sur;
    et continue d »écrire!

    • Bruno

      Bien sur chacun est libre de faire ses choix et c’est à chacun de s’en rendre compte. Nous sommes donc tout à fait d’accord.

      Du fait de responsabiliser, si la société est bien ce qu’elle est par les actes d’humains, elle reste dans ce même schéma du fait d’autres humains; Je dirai « ceux qui à qui profitent le crime ».

      Malgré ça je pense que le changement peut venir de partout, rien qu’en parlant, avec des initiatives locales,… Mais c’est à tout les coups un travail de longue haleine.
      Je pense que c’est en changeant la base que l’on peut changer les sommets.

      « Qui nous englobe » plutôt « qui nous dirige » alors. Je ne pensais pas au verbe diriger comme « donner des ordres » et plutôt « mettre des balises, des routes, des chemins plus ou moins fréquentés ».

      • Huart

        Oui et le changement est en marche.
        Quand je regarde autour de moi c’est ce que je vois en tout cas.

    • elodiestockman

      Je me permets d’exprimer mon avis, qui rejoint Bru bien sûr juste pour clarifier certains points:

      Bru parle de ce que nous connaissons le mieux, c’est-à-dire la société européenne dans laquelle nous sommes nés et dans laquelle nous avons grandi. Il pose ses critiques de manière assez analytique et sensée mais peut-être n’est-il pas assez explicite encore. Je me permet de reprendre le thème familier de la société mauvaise:

      Je ne suis pas d’accord lorsque tu dis qu’il ne faut pas accuser une « société » pour des fautes commises par nous-mêmes. En effet, comme tu le remarques si bien, principe élémentaire de sociologie, la « société »,même si l’on peut lui donner une entité propre, c’est les humains, la société, c’est nous, c’est toi, c’est moi, c’est Bru, le voisin, nos parents bref tout le monde. En Europe, parce que c’est ce que nous connaissons le mieux, nous pouvons observer de nombreux facteurs défaillants qui s’aggravent ces dernières années au niveau économique, au niveau social, au niveau d’un véritable système de solidarité pour les plus démunis par exemple. Nous pouvons en parler et nous DEVONS critiquer ce système, y trouver des solutions parce que c’est nous seuls qui en sommes responsables (nous sommes bien d’accord là dessus). Mais il existe des gens aux commandes, des gens qui dirigent (car il faut bien poser les structures et après chacun est libre d’y adhérer ou non, nous sommes d’accord!) ont le pouvoir de modifier les choses bien plus rapidement que des gens comme nous, et je suis désolée, cela n’est pas une critique usée de vieille révolutionnaire. Les choses PEUVENT changer rapidement, au niveau économique, au niveau social mais certains pans de notre société ne le souhaitent pas. C’est un travail de longue haleine que chacun, dans son coin, peut entreprendre, changer un peu les choses autour de soi. Bien sûr, il y a des choses positives en Europe (et heureusement), bien sûr qu’il y a de très bons systèmes mis en place, des gens qui travaillent dur au maintien de bonnes structures. Des gens qui écrivent, qui enseignent, qui réfléchissent, qui bâtissent. Il y a du bon partout et nous n’avons jamais dit le contraire. Mais il y a encore tellement de déséquilibres qu’il faut encore travailler plus, réfléchir plus, s’exprimer toujours plus.
      Nous ne pensons pas non plus que la société asiatique, dans laquelle nous évoluons depuis plusieurs mois maintenant, ait une supériorité sur celle d’Europe. La société, les gens d’Asie ont leur propre problèmes, leurs propres dirigeants autoritaires, la pauvreté extrême dans certains coins de chaque pays, la lutte pour élever toute une famille qui envoie des enfants dans les coins sombres de la prostitution ou de l’adoption parce que les parents n’ont pas assez de sous pour élever leurs enfants. Oui l’Asie a ses problèmes mais elle a aussi ce sourire chaleureux, ces mains tendues,une entraide spontanée entre les gens que j’ai rarement observé dans notre continent. L’Asie nous a charmé c’est certain mais nous savons d’où nous venons, et nous ne le renions pas.
      Ensuite, nous ne fuyons pas ou plus si tu préfères. Nous respirons ailleurs parce que depuis toujours, nous sommes curieux des autres cultures, des autres langages, des autres façons de vivre. De part nos expériences en voyage, nous participons à la vie en Europe, par nos écrits, nos comparaisons, nos rires et nos déceptions. Nous découvrons, et nous aimons cela. Tu as dit un jour « les tours du monde c’est pour les paumés » et j’ai été d’accord avec toi. Mais ce n’est plus le cas maintenant. Nous ne sommes pas (ou plus)paumés, nous sommes heureux de voyager, de bouger d’endroit et de découvrir à chaque fois plus même si cela implique le manque du pays d’origine parfois, souvent. En voyageant, nous nous sommes retrouvés et nous rentrerons heureux de travailler pour voyager à nouveau. C’est notre drogue, nos envies, plus que l’envie de fonder une famille, d’acheter un appart, de se poser définitivement quelque part. Nous le ferons bien sûr, sûrement, mais pas maintenant. Nous avons décidé de vivre autrement que la plupart des gens parce que c’est réellement cela pour nous, être complet en vivant l’instant à deux cents pour cents. Des anthropologues, des ethnologues, des journalistes globe-trotters ne sont pas des gens qui fuient (je ne nous prétend pas de cette catégorie mais c’est de loin ceux qui nous ressemblent le plus) ce sont juste des gens qui ont fait de leur métier leur façon de vivre, tout en partageant avec l’Europe ou autre continent d’origine, leurs expériences et leur façon de vivre. Cela apporte de la richesse à notre société européenne, c’est en ouvrant ses yeux sur l’extérieur que l’on peut relativiser et envisager certains problèmes internes et qui sait, y trouver des solutions.
      Tout cela pour dire également qu’effectivement il y a des gens prisonniers d’eux-mêmes, et comme je l’ai dit, l’épanouissement vient de soi. Ce n’est pas bon ou mauvais, nous trouvons ça triste, c’est tout. Tristes pour eux. Mais si leurs peurs ont des répercussions sur l’ensemble d’un système donné, alors il faut pouvoir pousser le changement, en parler, oser.
      Voilà, cher Denis, quelques petits points que je tenais vraiment à voir explicité. Et on te remercie, principalement Bru bien sûr de lire attentivement ses pensées et d’y participer! Le but est atteint:-)

      • Huart

        Il y a plein de chose à dire, mais je ne ferai que cette précision:
        Je ne parlais pas de vous quand j’écrivais que ce n’est pas en fuyant la société qu’on s’en libère.
        Vous faites votre chemin et par vos actions vous transformez la société qui vous entoure en ce que vous voudriez qu’elle soit, en tout cas c’est comme ça que je le vois.

        Quand tu écris que j’ai un jour dis « les tours du monde c’est pour les paumés », tu résumes un peu durement ma pensée. Il y a bien sur plein de nuance là dedans.
        Un tour du monde sans projet sans objectif c’est un tour du monde de personne perdue ou d’une grande sagesse, je ne sais pas.
        Ce qui est sur c’est que vous étiez bien perdu quand vous avez décidé de partir, et les premiers mois étaient très contradictoire au niveau du projet, vu de l’extérieur. Auto-stop, pas autostop, marche pas marche, europe pas europe, afrique pas afrique, par là pas par là, pour ça pas pour ça…

        Aujourd’hui il semblerait que vous soyez plus en accord avec ce que vous faites.
        Je le dirai même autrement, votre voyage semble plus en accord avec qui vous êtes.
        Vous avez choisi de le faire comme vous vouliez le faire et il en résulte aujourd’hui une cohérence. Entre le Faire (le Vivre) et l’Être. Et du coup entre le Faire et le Dire.
        C’est ce qui me parait, de l’extérieur en tout cas.

  5. Maman

    J’aime vos réflexions à tous les trois. Je voulais seulement le dire. Quant à vous, continuez de penser et d’écrire… C’est aussi comme cela qu’on avance. Bisous d’une maman pas du tout nomade mais qui essaie de penser aussi.

  6. elodiestockman

    En effet, Dede tu as tout à fait raison (et c’est bien pour cela que j’étais tout à fait d’accord avec l’énoncé « le tour du monde c’est pour les paumés » qui n’est pas si dur, il résume assez bien les sentiments que l’on a lorsqu’on part longtemps en bougeant perpétuellement) nous étions assez errants dans notre projet de base… et c’est bien normal! Lorsqu’on a un grand projet, comme dit si bien Bruno, il faut pouvoir travailler correctement les bases avant de pouvoir voir loin et accomplir les choses comme on le voudrait vraiment. Nos modes de départ étaient un chantier, influencé énormément par l’entourage, les lectures, les envies. Petit à petit nous avons bâti notre véritable chemin, nous avons découvert comment le voyage au long cours nous plaisait. On te remercie de remarquer que nous semblons à présent cohérents avec notre moi, notre vie, notre envie de créer et de partager au maximum tout en continuant à apprendre énormément tous les jours. On continue à travailler sur nos véritables buts que l’on s’est découvert en voyage qui est en fait de partager, d’écrire et de pouvoir discuter un maximum comme nous le faisons avec toi actuellement:-)
    Si tu ne pensais pas à nous en disant que certains fuient le monde, pourtant quand nous sommes partis, il s’agissait un peu de cela. Un besoin pressant de se déconnecter de notre monde européen, où réellement nous ne trouvions pas notre place, où comme tu le dis, notre Etre ne parvenait pas à coincider avec le Vivre (ou le Faire avec le Dire, notion intéressante que Bru va surement soulever avec toi). Et heureusement, le voyage et l’Autre nous ont appris le meilleur, la façon de relativiser le monde, de le voir un peu plus tel qu’il est, une petite planète empli de systèmes construits par des humains pour les humains et qui représente donc l’entité humaine avec ses côtés bons et ses côtés mauvais. Il y a des choses bonnes et mauvaises partout et c’est de cela que nous souhaitons témoigner un maximum en voyageant, afin de rester lucide et comme tu le dis de ne pas oublier que nous sommes chacun responsable sur cette petite planète, à grande ou à petite échelle, mais toujours responsable.
    Bref, merci encore c’est sûr que nous aurons de chouettes discussions en Inde! 🙂

  7. claudinesaillez

    Quels beaux échanges ! Je pense comme Denis que vous avez trouvé cohérence avec votre vue de la vie. Et tant mieux, même si certains peuvent en être choqués. Beaucoup trop de personnes vivent tellement repliées sur elles-mêmes qu’elles ne savent plus porter un regard sur la vie de l’autre. L’autre qui est ou peut être un miroir de soi pour peu que l’on se donne la peine d’aller vers lui.
    Continuez ainsi … et rapportez nous encore vos émotions.

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