Revenir ça fait quoi?

Après deux semaines

Après deux semaines, les choses routinières semblent bientôt reprendre leur place dans nos vies. Le boulot recommence au restaurant dans une semaine, la recherche d’appart est lancée, et nous avons sillonné les routes en voiture afin de rendre visite à l’ensemble des amis-famille au grand complet ou presque. Après deux semaines, on se surprend à râler sur le temps belge, à manger à nouveau de la viande presque tous les jours, à boire de la bière sans être trop saoul après la troisième, et même dans mon cas, à refumer quelques cigarettes… En gros, on sent l’ombre du quotidien qui étend ses ailes au dessus de nos deux petites têtes, qui nous tend les bras en nous draguant, l’oeil aguicheur comme pour nous dire « Vous voyez bien que ça vous a manqué non? Approchez approchez, la routine ne va pas vous manger… »

Sauf que… NON! Après deux semaines, on se secoue aussi et on se rappelle, on regarde en dedans de soi, on ouvre la porte des souvenirs pas encore si lointains et on se souvient déjà… On ressent déjà, on respire déjà… Le manque de l’ailleurs, du monde qui est là, à nos frontières et qui nous tend toujours les bras… Son souffle ravageur dépasse en force tous les quotidiens du monde, aussi confortables soient-ils… Alors…

Et bien non, on ne continuera pas à manger de la viande tous les jours, oui on ira sur les marchés pour se rappeler l’ambiance colorée qui règne partout en Asie, oui on achètera des légumes, des fruits, de toutes les couleurs et de toutes les odeurs pour se remonter le moral quand le temps râle…

Non, je ne refumerai pas, en tout cas pas comme avant, si je craque de temps en temps tant pis mais je tiendrai mon envolée libre sans poison… Je n’en ai plus besoin j’ai trouvé une autre drogue, plus saine, plus belle, plus grande et elle s’appelle le monde et ses habitants… Parfois, eux aussi sont toxiques mais bien plus souvent, ils sont magiques, uniques et il est impossible de s’en passer…

Non, on ne retombera pas dans les soirées systématiques, les soirées d’alcool sans fin car on a décidé de tenir nos envies au bout de nos jambes et d’aller marcher, respirer l’air belge dès qu’on le pourra, dès que le coeur suivra les jambes et nous portera… Parce que la Belgique, c’est petit mais c’est un beau pays. Le retour ici nous a rappelé combien ici tout est vert, tout est irrigué, les villages sont mignons, les abbayes uniques et certaines églises,tout comme les temples d’Asie savent offrir majestuosité et beauté à celui qui sait regarder… Alors oui, on sera des touristes dans notre propre pays, on le regardera avec nos yeux neufs, des yeux qui reviennent de loin et dont on est fier de dire qu’ils sont curieux de tout.

Certes le quotidien doit reprendre certains droits. Il nous faut un appartement et un travail pour au moins un an. L’argent, nous en aurons besoin pour voyager à nouveau, toujours plus loin, toujours plus haut, toujours plus beau sur la planète terre. Oui certes, refaire le plein des amis et de la famille cela fait du bien aussi, on se sent regonflé d’amour, regonflé à bloc mais…

A l’intérieur, il y a une porte en plus, quelque chose de vaste et de secret qui n’appartient qu’à nous. C’est cette première année loin de tout, à la découverte de l’inconnu. C’est cet amour pour ce qui est Autre, ce qui est ailleurs, ce qui s’offre à la vue des gens qui prennent le temps de s’arrêter sur le chemin et d’observer. Déjà, je sens la blessure du manque se former, elle ne fera je pense qu’empirer tout au long de cette année mais nous savons déjà.

Nous allons repartir, dès que les poches sont assez remplies, reprendre d’autres routes, croiser d’autres gens, d’autres cultures, observer, apprendre, écrire encore et encore.

D’ici là, nous comptons sur ce que nous n’avons pas ailleurs, l’amour de ceux qui nous entourent et la curiosité ouverte sur notre propre pays, que nous ne connaissons pas si bien que ça, quand on y réfléchit.

D’ici là, j’écrirai encore, le manque de l’ailleurs et des articles sur ces pays que nous avons tous aimé et traversé.

Les voyageurs au long cours ont ceci de commun qu’ils n’oublieront jamais ce qu’ils ont traversé, ressenti, adoré, haï dans le monde. Parce que cela marque plus profondément que quelques semaines de vacances, quelques jours de liberté sous un autre ciel. Et même si cela ne se voit pas toujours, ne se ressent pas à l’intérieur de soi, on sent que quelque chose a bougé. On ne sait pas toujours quoi, ni qu’est ce, ni comment mais on le sent. Ce n’est plus tout à fait pareil. Et c’est pour le meilleur!

A bientôt sur d’autres routes, avec d’autres sentiments, d’autres rêves!

La Terre, merci! On trottinera encore sur ta carcasse de couleurs et de splendeurs, à la rencontre des habitants parés des attributs de l’humanité…

2 Commentaires

2 réflexions sur “Revenir ça fait quoi?

  1. Voilà un article plein de sagesse et qui reflète encore une fois tout le parcours tant physique que philosophique que vous avez effectué cette dernière année.

  2. Maman d'Elodie

    Ecrire et écrire encore pour partager ses pensées, pour y voir plus clair en soi, pour donner et pour créer des liens. Un beau texte de plus…

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